Par Médéric Dens

Partis politiques satiriques, personnalités publiques colorées et utilisation de l’intelligence artificielle, la satire et l’humour s’invitent dans la politique, et ce, partout à travers le globe. Récemment, les montages partagés par Donald Trump, un Britannique avec une poubelle sur la tête et un parti politique indien de la Gen Z en font la démonstration.
Le Québec des années 1960-70 a connu le Parti Rhino. Grandement médiatisé, notamment par ses personnes candidates, mais surtout en raison des promesses électorales satiriques, le parti se démarquait des partis traditionnels de l’époque, soit le PLQ et l’Union nationale.
Le Parti Rhino avait pour promesses d’abolir la gravité, légaliser les spatules et casseroles (et le cannabis, encore illégal à l’époque), déplacer Montréal de 50 kilomètres vers l’ouest, abolir l’environnement, etc. Sans se rapprocher du pouvoir, il a su instrumentaliser l’humour pour critiquer les partis actuels.
Or, aujourd’hui, la satire et l’humour, bien qu’encore tabous, semblent se glisser directement dans les murs des parlements.
L’IA et Trump : nouvelle stratégie politique ?
Impossible de parler d’humour et de créativité politique sans parler des publications du président américain, Donald Trump. Depuis le début de son second mandat, il publie, souvent par l’entremise des comptes officiels de la Maison-Blanche, des dizaines de vidéos modifiées ou créées entièrement par l’intelligence artificielle générative.
Sur Truth Social, il a modifié son apparence pour ressembler à Jésus, en un guerrier et même en un personnage de Star Wars. Et il semble que d’autres personnalités politiques, Américaines et autres, utilisent une stratégie similaire.
Abelardo de la Espriella, nouvellement président de la Colombie, a copié en partie les techniques employées par Donald Trump, en se présentant aux côtés d’animaux, étant lui-même caricaturé en tigre, dû à son surnom « El Tigre ».
En France, la manipulation d’IA a été largement partagée, notamment en raison du cas de Virginie Joron, eurodéputée et candidate du Rassemblement national. Cette dernière a publié une vidéo des rues, visiblement sales et pleines de déchets de Strasbourg. Seul problème : ces rues ont été 100% générées par IA, et c’est plutôt flagrant.
Ainsi, que ce soit pour faire rire ou pour générer du capital politique, l’IA semble être à la fois un outil et un mécanisme de communication efficace, même si polarisant.
Un candidat poubelle ?
Nigel Farage, chef du Reform UK au Royaume-Uni et possible successeur à Andy Burnham à titre de premier ministre, a été accusé d’avoir accepté un don de 5 millions de livre sterling (environ 9,5 millions de dollars canadiens). Farage annonce ensuite se présenter comme candidat aux élections partielles de la circonscription de Clacton, circonscription qu’il représentait lui-même depuis 2024.
Son opposant principal, nommé Binface en référence aux bacs de poubelle, se présente en vue de diminuer les votes de Nigel Farage, actuellement favoris. Jonathan David Harvey de son vrai nom, est un humoriste populaire au pays. Il s’est présenté, depuis 2019, dans plus de sept élections (générales, municipales et partielles), notamment face à l’ex-premier ministre Boris Johnson et l’actuel premier ministre, Andy Burnham.
Tout en admettant n’avoir « jamais mis les pieds dans la circonscription de Clacton », il se démarque par un argument bien simple et transcendant. Lorsque questionné sur son principal argument, il répond avec conviction que son avantage est qu’il n’est « pas Nigel Farage ». Il promet aussi de bâtir « une maison au minimum », nationaliser la chanteuse Adèle, imposer un service militaire obligatoire aux anciens premiers ministres, nationaliser les chemins de fer miniatures, etc.
Bien qu’inusité, le comte Binface risque toutefois de perdre cette élection, malgré un récent sondage Ipsos qui illustrent que 33 % des Britanniques préfèreraient voir Binface comme premier ministre, contre 21 % pour Farage. En l’absence de personnes candidates chez les principaux partis, cette circonscription, traditionnellement conservatrice, tend à voter en opposition à l’« establishment », valeurs partagées par Farage.
Les cafards dans la politique
En Inde, le Parti du Peuple Cafard, ou Cockroach Janta Party (CJP), fait énormément parler depuis sa création en mai dernier. Son créateur, Abhijeet Dipke, désirait, à ce moment, porter la voix de la jeunesse, principalement la Génération Z.
Le parti, dès le départ, réclame la démission de Dharmendra Pradhan, ministre de l’Éducation. Ce dernier est accusé d’avoir annulé un examen en raison de cas potentiels de fraude, empêchant la passation de plus de deux millions de personnes. Viendront ensuite plusieurs suicides d’Indiens et d’Indiennes, n’ayant pu obtenir leur diplôme.
Même si le Parti du Peuple Cafard représente un réel mouvement de colère chez les personnes étudiantes, il utilise l’humour, les memes, et une mascotte bien différente pour faire circuler leurs idées : un cafard géant.
L’existence même de son nom représente une parodie du parti du premier ministre indien, le Parti du Peuple Indien. Ensuite, pour y adhérer, il faut cocher au moins l’une de ces cases : être sans emploi, paresseux, chroniquement en ligne (« minimum 11 heures par jour, pauses toilettes comprises ») ou encore être en mesure de « s’emporter de manière professionnelle ».
Sans nécessairement viser à accéder au pouvoir, le Parti, tout comme le comte Binface ou encore Donald Trump, maitrise l’art des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, un prérequis dans l’ère actuelle.
Source : Getty Images
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
