Médéric Dens

La couleur orange est à l’honneur le 30 septembre, comme c’est le cas depuis maintenant 13 ans. Cette journée est une occasion de se souvenir des atrocités vécues par les Premières Nations. Que représente cette journée commémorative, et où en est le processus de réconciliation entre les différents gouvernements et les membres des Premières Nations ?
Créée à Williams Lake, en Colombie-Britannique, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est soulignée le 30 septembre de chaque année.
Mise en place pour « honorer les survivants des pensionnats, leurs familles et les enfants qui ne sont jamais rentrés chez eux », cette journée nous rappelle combien il est important d’entretenir des liens de proximité avec les différentes nations autochtones.
Au Québec, ce sont 11 nations autochtones qui sont célébrées lors de cette journée : Abénaquis (Abénakis), Algonquins (Anichinabés), Attikameks (Atikamekw), Cris (Eeyou), Wendat, Naskapis, Innus, Micmacs (Mi’gmaq), Mohawks, Wolastoqiyik (Malécites) et Inuit.
Ce sont plus de 180 000 personnes qui, au Québec, s’identifient comme étant autochtones, soit un peu plus de 2 % de la population totale québécoise. Les réserves autochtones, elles, ne couvrent que 5 % du territoire.
Ce que représente cette journée
Pour Pierre-Simon Cleary, avocat, professeur à l’Université de Sherbrooke et innu originaire de Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean, cette journée peut être interprétée de différentes façons, mais l’essentiel est de se souvenir des actions commises à l’encontre des peuples concernés.
« Il faut se rappeler que les Premières Nations, les Inuit et les Métis ont été victimes de ce que la Cour suprême du Canada avait appelé un génocide culturel […] On est venus prendre les enfants et on a tenté de les assimiler dans un système qui n’était pas autochtone, un système colonial », dit-il.
Ce dernier tient aussi à rappeler l’importance de revenir à l’essentiel, soit les principes de vérité et de réconciliation : « La vérité signifie la nécessité de se rappeler ce qui s’est produit et le mot réconciliation, lui, permet de se demander ce qu’on peut faire pour guérir cette histoire-là. »
Cette même réconciliation peut apparaitre dans l’ensemble des sphères affectant les communautés autochtones : réconciliation sur la protection de la jeunesse, réconciliation économique et même la réconciliation législative. Cependant, dans tous les cas, « il y a moyen de travailler sur cette réconciliation-là », selon Pierre-Simon Cleary.
Quelle progression depuis les excuses de Justin Trudeau ?
En 2008, Stephen Harper formulait des excuses publiques pour les atrocités qu’ont vécues les peuples autochtones au sein des pensionnats de Terre-Neuve-et-Labrador. Trudeau fils a lui aussi présenté à plusieurs reprises des excuses publiques au cours de ses mandats.
Pourtant, le même constat apparait sous ces deux administrations : « les autochtones sont complètement oubliés », affirme l’avocat de formation et ancien enquêteur au sein de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Sous Mark Carney et Christine Fréchette, cet enjeu demeure écarté des discussions, pour laisser toute la place à l’économie et aux attaques provenant de notre voisin du sud. « Dans l’état actuel, les relations sont bonnes entre la première ministre du Québec et Mark Carney, mais c’est uniquement à cause du climat politique provoqué par les tarifs de Trump. En dehors de ces tarifs, j’ai remarqué que les relations des peuples autochtones avec la CAQ étaient très difficiles », affirme Pierre-Simon Cleary.
Depuis le lancement de la campagne politique québécoise, cette situation est encore plus évidente. Les partis politiques misent principalement sur l’économie et sur la santé, enjeux prioritaires des personnes québécoises, et délaissent les enjeux liés aux peuples autochtones.
Manque de volonté d’agir de nos gouvernements ?
Il semble difficile, pour les décideurs publics, d’identifier avec justesse les difficultés qui subsistent chez les communautés autochtones, alors que d’autres personnalités publiques, dont des personnes politiciennes, remettent fondamentalement en question la nécessité de soutenir ces peuples.
À la base, quel est l’enjeu prioritaire chez les différentes communautés ? Pour Pierre-Simon Cleary, nul doute que les lacunes en infrastructures sont alarmantes. « On a des infrastructures qui ont été créées durant la vague des années 1970 et celle des années 1990. Dans la première vague, on a construit énormément de maisons et d’édifices résidentiels, alors que dans la seconde, on s’est concentrés sur les infrastructures publiques comme les écoles, les complexes sportifs et les infrastructures routières. »
En effet, selon un rapport réalisé en 2023 par l’Assemblée des Premières Nations, intitulé Closing the Infrastructure Gap by 2030, ce sont plus de 349,2 milliards de dollars qui doivent être investis pour réduire l’écart infrastructurel entre les communautés autochtones et le reste du Canada.
Changer les perceptions négatives
En 2026, certains clichés existent encore en ce qui concerne les membres des Premières Nations et, comme c’est le cas dans la majorité des préjugés, tout cela est lié à l’éducation, selon Pierre-Simon Cleary, lui-même professeur.
« Un des premiers éléments qu’il faut se rappeler, c’est qu’au Québec, il y a dix Premières Nations et une nation Inuk. Inuit, c’est au pluriel et Inuk, c’est au singulier. Dans les deux cas, on n’ajoute pas de ‘‘s’’ à la fin. Juste cette base-là, c’est un effort. »
Et dans les endroits qui desservent ces différentes communautés, Pierre-Simon Cleary, bien présent sur le terrain, observe ce manque de connaissance, tant dans les établissements publics qu’auprès des personnes élues.
« J’ai croisé une infirmière qui travaillait dans un hôpital qui dessert principalement des peuples Attikameks – le même hôpital qui est connu en raison de l’événement de Joyce Echaquan – qui m’a mentionné que les Premières Nations et les Inuit représentaient le même peuple […] et c’est la même chose pour certains fonctionnaires et même des sous-ministres. »
Source : Gouvernement du Canada
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
