Médéric Dens

À travers les sociétés occidentales, nous entendons souvent parler de polarisation, qu’elle soit politique, sociale ou culturelle. Qu’en est-il du Québec, à quelques semaines d’une élection qui s’annonce serrée ?
Les polarisations sociales sont définies par la « séparation marquée des groupes ethnoculturels, linguistiques, religieux, idéologiques ou politiques d’une société » par le gouvernement du Québec, et peuvent être notamment liées aux marqueurs de diversité, aux allégeances politiques et aux rôles sociaux.
En politique, la polarisation représente l’effritement des valeurs et des idées dites centristes, au profit des de deux pôles bien distincts : les États-Unis illustrent parfaitement cette situation, avec un électorat peu mobile. Le rapport à l’information se modifie d’ailleurs peu à peu, notamment en raison des médias sociaux et des algorithmes qui ne montrent que du contenu susceptible de plaire à chacun et chacune.
Des niveaux de confiance faibles
Dans l’étude L’environnement d’information à l’aube de l’élection québécoise de 2026, les chercheurs Mathieu Lavigne, Mika Desblancs-Patel, Jérémie Drouin et Manon Paquet se concentrent principalement sur le niveau de confiance au Québec en lien avec les outils technologiques. Cette dernière illustre notamment que l’actuelle campagne se déroule majoritairement sur les médias sociaux Meta (Instagram et Facebook), même si seulement 53 % des personnes québécoises disent avoir confiance envers les médias sociaux, et que seulement 43 % ont confiance envers les personnes élues.
Or, se renseigner en ligne vient aussi avec certains risques, visibles ou non, dont la polarisation des opinions et des idées, qui elle mène principalement à un biais dans la sélection et dans l’interprétation de l’information, selon l’étude. Les individus tendent alors à consulter les informations qui leur plait, puis remettent en question les informations qui viennent à l’encontre de leurs valeurs.
Que disent les sondages au Québec
Selon le sondage Léger publié le 7 septembre dernier, 41 % des personnes québécoises affirment que leur intention de vote n’est pas encore définitive. Il semble donc que plusieurs personnes ne s’identifient pas à un parti spécifique. Autre signe positif : les intentions de vote sont relativement bien divisées au sein des partis, et non pas orientées autour de seulement deux partis. On voit au contraire une belle séparation des votes : 29 % (PQ), 23 % (PLQ), 21 % (CAQ), 17 % (PCQ) et 10 % (QS).
Toutefois, le Québec fait actuellement face à ce que certains experts qualifient de « polarisation structurelle », c’est-à-dire deux camps facilement identifiables qui votent systématiquement pour le même parti. Au Québec, le vote francophone/non-francophone illustre, à tout le moins, un début de polarisation, alors que le vote francophone est souvent attribué au Parti québécois et que le vote non-francophone, lui, est généralement remporté par le Parti libéral.
En somme, le Québec est polarisé, mais sa polarisation prend plus de temps à apparaitre que d’autres sociétés occidentales, privilégiant souvent le bipartisme.
Source : Getty Images
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
