Médéric Dens

Sans grande surprise, le Parti démocrate s’empare de la Chambre des représentants, et même du Sénat grâce à James Talarico. Les deux prochaines années s’annoncent plus compliquées pour le président américain, alors que les enquêtes et blocages législatifs risquent d’être lancés dès l’arrivée en poste des nouvelles personnes élues démocrates.
Le président américain avait, la journée du 3 novembre, fortement encouragé la population américaine à sortir voter, en particulier les jeunes. « À la belle et jeune génération, je me trouve face au bureau ovale et je veux vous rappeler l’importance de sortir et voter dans cet âge d’or des États-Unis […] On doit continuer et on doit rester forts ». Cet appel à voter n’a pourtant pas suffi à conserver les majorités dans les deux chambres.
Échec à la chambre basse
Certains États, souvent où peu de sièges étaient en jeu à la Chambre des représentants, ont été complètement raflés par le Parti républicain. Pour ne nommer que ceux-là, les États comme la Floride, le Dakota du Nord et du Sud, le Montana, l’Arkansas et le Texas héritent d’une majorité républicaine.
De son côté, le Parti démocrate s’est emparé de 25 sièges, qui étaient auparavant détenus par des personnes élues républicaines. Cela amène le nombre de représentants démocrates à 228, soit 10 sièges au-dessus de la barre majoritaire, contre seulement 139 pour le Parti républicain.
Des États près de chez nous, comme le Maine, le Vermont et New York ont été largement remportés par les démocrates, comme prévu. La Californie a également été raflée par le Parti démocrate, là aussi sans surprise, en ne perdant que trois sièges sur un total de 47.
Majorité inattendue au Sénat
Si les sondages prédisaient une soirée difficile à la Chambre des représentants pour les républicains, personne n’aurait pu penser que le cauchemar s’étendrait jusqu’au Sénat. Le parti de Donald Trump perd donc sept sièges, tous au profit des démocrates à l’exception de deux élus indépendants, élus qui votent généralement du côté démocrate.
Le Texas est le laboratoire d’analyse le plus intéressant pour expliquer cette défaite républicaine. James Talarico, figure extrêmement populaire qui s’opposait au républicain Ken Paxton, devient le premier sénateur du Texas à porter les couleurs bleues depuis 1988. Abdul El-Sayed, également popularisé lors de l’actuelle campagne, remporte quant à lui le siège de l’État du Michigan avec près de 53 % des voix.
À notre frontière, les États comme le Maine, le New Hampshire et le Minnesota sont maintenant bleus, alors que d’autres, comme l’Idaho et le Montana passent au rouge. C’est aussi le cas de la Floride, de l’Alabama, de la Louisiane et d’Oklahoma, qui sont généralement des châteaux forts républicains.
Autre victoire aux postes de gouverneur
Les gains démocrates ne s’étendent pas seulement à la Chambre des représentants et au Sénat. Le Parti démocrate remporte en effet cinq sièges au total contre le Parti républicain.
D’abord, l’ensemble des États situés au nord-est du pays sont maintenant bleus : Maine, Connecticut, Massachusetts, Pennsylvanie, Ohio, Michigan, Wisconsin. De leur côté, les républicains ont raflé le Vermont et le New Hampshire, puis la Floride, la Caroline du Sud, l’Alabama et le Tennessee, victoires peu surprenantes dans des bastions historiquement républicains.
La portion sud-est du pays est de son côté remportée entièrement par les démocrates : Oregon, Californie, Nevada, Arizona, Nouveau-Mexique et Colorado sont maintenant des États bleus sur le plan des gouverneurs.
Trump se blanchit
Dans un appel téléphonique diffusé par CBS News dans la soirée des élections, Donald Trump a affirmé ne pas vouloir prendre le blâme pour cette défaite, lui qui avait pourtant demandé aux personnes américaines de voter comme si son nom figurait sur les ballots. « Mon message est le suivant : félicitations aux démocrates, et je me réjouis de travailler avec vous pour le bien de notre pays », a-t-il dit d’emblée, tout en affirmant avoir plusieurs amis au sein des troupes démocrates.
Le président américain ne s’est par ailleurs pas gêné pour mettre la faute sur ses personnes candidates. « Dans certains cas, les candidats ne leur plaisaient pas ; dans d’autres, ces candidats n’étaient pas mes alliés — et la base le sait mieux que quiconque. Alors, ils sont restés en retrait. C’est triste, dans la mesure où nous aurions gagné facilement si j’avais figuré sur le bulletin de vote », dit-il tout en se vantant d’avoir rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans ses rassemblements.
Il a d’ailleurs publié, sur son réseau Truth Social, une casquette rouge avec l’indication « Veto » qui y figurait, signe d’un contexte tendu à venir au pays.
Quels risques pour le Parti républicain ?
Si Donald Trump se permettait d’intervenir à l’étranger et de procéder à certaines transactions économiques pour le moins douteuses, c’est parce qu’il bénéficiait d’une majorité dite tripartite. Mais le paysage politique américain modifié impactera nécessairement ses décisions.
Ce dernier pourrait désormais être ce qu’on appelle un « canard boiteux », c’est-à-dire un président dont les décisions sont contestées ou du moins freinées par le Congrès (pensons simplement aux droits de douane). Ce pourrait, entre autres, être le cas pour le conflit en Iran, dont certains membres du Parti républicain se désolent et même s’opposent à l’administration Trump sur ce plan. Certains politologues vont jusqu’à soulever une possible destitution (impeachment), dans un scénario où les démocrates pourraient rallier quelques élus (surtout sénateurs) républicains contre Donald Trump. Cette stratégie est toutefois risquée : lancer une procédure de destitution pourrait en réalité se retourner contre le Parti démocrate, advenant une possible victoire aux élections présidentielles de 2028.
Source image : Pixabay
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
