L’extrême droite l’emporte en Allemagne 

Par Florence Milot  

Ulrich Siegmund a étudié en psychologie du droit, et est membre de l’AfD depuis 2014. 

C’est un séisme politique qui a frappé l’Allemagne le 6 septembre dernier. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un parti d’extrême droite a remporté des élections régionales dans le pays.  

L’Alternative für Deutschland (AfD) a touché près de 44 % des voix en Saxe-Anhalt. Le parti de droite sortant, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), tombe de 37 % à 17 %. Le parti social-démocrate, de centre-gauche, n’a récolté que 9 % des suffrages.  

Selon les projections de l’audiovisuel public allemand, il ne manque à l’AfD que trois sièges pour atteindre la majorité absolue de 42 sièges requis au parlement régional. 

Cette victoire a été marquée par un taux de participation record de 77,8 %, alors qu’une forte mobilisation électorale a traditionnellement constitué, en Europe, un rempart contre la montée des extrêmes. En Saxe-Anhalt, l’inverse s’est produit. 

Une formation bruyante  

Né en 2013 de positions néolibérales et anti-européennes, l’AfD s’est radicalement transformé à partir de la crise migratoire de 2015 pour devenir un parti national-populiste, centré sur le rejet de l’immigration.  

À sa tête locale, le charismatique Ulrich Siegmund, ancien membre de la CDU, y siège. Plusieurs de ses proches et collaborateurs ont d’ailleurs participé à la Jeunesse patriote allemande, regroupement qualifié de « jeunesse néohitlérienne », et dissoute par le ministère de l’Intérieur allemand en 2009.  

Longtemps tenu à l’écart du pouvoir par le « cordon sanitaire » des autres partis, l’AfD voit sa progression s’accélérer, en particulier dans l’ex-Allemagne de l’Est. Ses idées percolent particulièrement dans une région comme la Saxe-Anhalt, où habitent deux millions de personnes et qui est marquée par la pauvreté, la dénatalité et le manque d’emplois.  

« Aujourd’hui, c’est l’un des partis d’extrême droite les plus radicaux d’Europe, très hostile à l’islam et à l’immigration », résume Jeanette Süß, chercheuse au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa).  

Officiellement prorusse, l’AfD contraste avec la position officielle de l’Allemagne, principal allié européen de l’Ukraine. Par ailleurs, ses fédérations de Thuringe et de Saxe-Anhalt sont classées « extrémistes de droite confirmées » par l’Office de protection de la Constitution, ce que le parti conteste. 

Cette percée fragilise aussi le chancelier Friedrich Merz, qui a promis lors de son élection de « diviser par deux » les votes de l’AfD.  

Un tremblement pour toute l’Europe 

Cette victoire de l’AfD inquiète au-delà des frontières allemandes : à Paris, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, y voit un « signal très préoccupant » à l’approche de la présidentielle française de 2027.  

À l’inverse, Elon Musk a salué cette victoire, renouant avec les sympathies affichées lors du salut controversé qu’il avait effectué en janvier 2025 pour célébrer le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. 

Dans les capitales européennes, la crainte d’un effet de contagion plane, même si les partis d’extrême droite du continent gardent, pour l’instant, leurs distances avec la formation jugée trop radicale. 


Source Getty Images

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