Par Salma Labiede

Jouer est une action normale durant l’enfance qui contribue même au bon développement de l’enfant. Durant l’adolescence, les personnes jouent aux jeux vidéo ou à des jeux auxquels elles jouaient enfants, comme les jeux de société, les Lego et autres. Puis, l’âge adulte laisse place à un type de jeu que seules les personnes majeures ont le droit d’expérimenter en vertu des dispositions légales en vigueur : les jeux de hasard.
Les jeux de hasard ont plusieurs ramifications : la loterie, les paris sportifs, le casino, le bingo, etc. Il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les âges. De temps en temps, ces jeux peuvent être amusants et anodins, mais lorsqu’une dépendance débute, une spirale infernale se crée et il peut être difficile, voire sembler impossible pour les personnes dépendantes des jeux de hasard d’arrêter.
Pourquoi les jeux de hasard peuvent-ils créer une dépendance chez certaines personnes?
Le Centre québécois d’excellence pour la prévention et le traitement du jeu (CQEPTJ) de l’Université Laval, qui effectue plusieurs recherches fondamentales et cliniques depuis plusieurs années, s’est penché sur cette question.
Sa première hypothèse est que les jeux de hasard offrent une illusion de contrôle aux joueurs qui s’y adonnent. Un des pièges est de considérer ces jeux comme des « jeux d’adresse » ou des jeux qu’il est possible de gagner sans égard au hasard et seulement avec les compétences et la maîtrise des gestes. Ainsi, les joueurs ont la conviction qu’il est possible de gagner beaucoup avec ces jeux, car ils ont une conception erronée de leur nature véritable, de prime abord. Ainsi, les joueurs « surestiment leurs chances de gagner ».
Une question pourrait vous venir à l’esprit : pourquoi continuer de jouer après plusieurs échecs? Les joueurs croient qu’ils vont s’améliorer au fur et à mesure de leurs essais, un peu comme une stratégie d’essai-erreur où, à force de se pratiquer, ils deviendront meilleurs. Par exemple, à force de pratiquer le soccer, peu importe leur niveau à la base, les personnes finissent par devenir meilleures. Et c’est ça le piège, car un jeu de hasard ne se « pratique » pas de la même façon qu’une activité qui dépend principalement de l’apprentissage et de l’entraînement. Or, les personnes joueuses peuvent être obnubilées par cette opinion et jouer à maintes reprises et miser de grosses sommes d’argent, convaincues qu’elles finiront par gagner un jour ou l’autre. Par exemple, la recherche rapporte que certaines personnes changent de machine de jeu pour avoir une chance de gagner ou choisissent des numéros particuliers pour le jeu du 6/49 (jeu où il faut choisir six numéros entre 1 et 49 et avoir la combinaison gagnante).
Il y a aussi les motivations qui entrent en jeu, la plus importante étant la « motivation monétaire ». La première raison expliquant l’engouement pour les jeux de hasard est le désir de gagner beaucoup plus d’argent avec un investissement moindre et en peu de temps. Les joueurs assoiffés d’argent considèrent le jeu comme une « potentielle source de revenus », ce qui fait en sorte qu’ils y croient encore plus et y mettent plus d’efforts pour gagner le « gros lot ». Il peut arriver que les joueurs dépendants aient gagné des sommes qu’ils ont considérées comme « importantes », ce qui nourrit leur conviction qu’il est possible de gagner de l’argent. Aussi, ils peuvent chercher à gagner une seconde fois de l’argent ou une plus grande somme, et perdre à maintes reprises. Ainsi, une nouvelle motivation se forme, celle de gagner suffisamment d’argent pour payer les pertes survenues. C’est donc un cycle sans fin. En gagnant, les personnes veulent gagner une seconde fois et, en perdant, elles veulent gagner pour compenser leurs pertes et se prouver qu’il est possible de gagner.
Ce ne sont pas tous les jeux de hasard qui sont 100 % basés sur le hasard
Eh oui, certains jeux font exception à la règle du « 100 % hasard » : c’est notamment le cas du poker et de certains jeux de casino. Dans ces cas, il est possible d’acquérir de l’expérience et de devenir meilleur, voire très habile, jusqu’à devenir joueur professionnel. Cependant, même dans ces jeux, le hasard demeure présent et l’habileté ne garantit pas de gagner. Certes, ce cheminement vers la professionnalisation et vers l’excellence est rare et, malgré les aspirations des personnes joueuses, peu suivront cette lancée. Pour vous donner le même exemple de la personne fictive qui se pratique à jouer au soccer, celle-ci peut se pratiquer tous les jours, mais il y a peu de chances qu’elle devienne aussi bonne ou gagne autant d’argent qu’une personne professionnelle en compétition, car ce niveau d’expertise n’est pas à la portée de tous.
Il y a aussi le phénomène de surévaluation de ses propres capacités et habiletés qui entre en jeu et qui fait en sorte que les personnes joueuses pensent, de manière erronée, qu’elles ont plus de chances de gagner que leur adversaire.
Le portefeuille et les jeux de hasard
Les jeux de hasard, n’étant généralement pas gratuits, peuvent entrainer des coûts importants pour les personnes qui s’y adonnent. Cette phrase tirée du CQEPTJ résume bien la situation : « Jouer n’est pas une activité rentable. » En effet, beaucoup d’argent peut être dépensé à force de jouer continuellement ou même en seulement quelques minutes au cours d’une même journée. Parce que oui, le temps passe vite lors des jeux, mais le portefeuille diminue aussi drastiquement.
Chez les personnes au sommet de la dépendance, le jeu prend une place si importante qu’elles peuvent ne pas se nourrir ou acquitter leurs dépenses importantes, comme le logement et leurs factures, pour pouvoir jouer. Les personnes en couple, avec ou sans enfants, peuvent vivre des difficultés si leur partenaire ou elles-mêmes dilapident l’argent familial pour jouer. Les jeux de hasard peuvent mettre en danger le portefeuille, mais aussi les relations interpersonnelles en raison des choix qui résultent de l’utilisation de cet argent pour jouer. Les jeux de hasard peuvent causer la faillite, nuire à la cote de crédit et engendrer des dettes importantes lorsque les personnes jouent avec de l’argent qu’elles n’ont pas ou font des dépenses liées aux jeux de hasard qu’elles ne peuvent pas se permettre, compte tenu des autres frais qu’elles doivent assumer.
Mieux comprendre les jeux de hasard pour jouer intelligemment
En somme, les jeux de hasard peuvent sembler amusants et anodins lorsqu’ils sont pratiqués de façon occasionnelle. Cependant, lorsqu’ils deviennent une habitude difficile à contrôler, leurs conséquences peuvent être importantes, autant sur le plan financier que personnel et familial. L’illusion de contrôle, la volonté de récupérer ses pertes et l’espoir de gagner beaucoup d’argent peuvent pousser certaines personnes à continuer de jouer malgré les conséquences négatives.
Il est donc important de comprendre que les jeux de hasard ne constituent pas une source de revenus fiable. Même lorsque certains jeux comportent une part d’habileté, comme le poker, le hasard et les risques financiers demeurent présents. Reconnaitre les signes d’une dépendance et demander de l’aide peuvent permettre d’éviter que le jeu prenne une place trop importante dans la vie d’une personne. De l’aide téléphonique est également disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, grâce à l’organisme Jeu : il est possible d’appeler au 514-527-0140 dans la région de Montréal et des environs, ou au 1-800-461-0140 partout au Québec.
Source : Université de Montréal
