La quête du bonheur 

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Les personnes plus heureuses ont tendance à passer plus de temps avec d’autres personnes, ont déjà montré des études.

Le bonheur est une obsession vieille comme le monde, mais qui prend aujourd’hui une forme particulière. Il est devenu un objectif à atteindre, presque un projet de gestion. Avec la conscience de vouloir ralentir, protéger sa santé mentale, vivre des expériences, le bonheur semble toujours un peu là, mais pas assez. Puis, les médias sociaux sont constamment là pour nous ramener sur terre, même s’il s’agit bien souvent d’une façade : pourquoi tellement de gens semblent heureux? 

Le bonheur est un état durable de plénitude et de satisfaction, état agréable et équilibré de l’esprit et du corps, d’où la souffrance, l’inquiétude et le trouble sont absents.  

Cette quête du bonheur peut en devenir maladive chez certaines personnes, au point de prendre des moyens drastiques pour y arriver, ce qui, en fin de compte, les rend malheureuses. Puis, il y a les gens qui sont capables de voir du bonheur partout, d’être spontanément heureux, et d’autres pour qui trouver le bonheur est plus difficile.  

Des gens plus heureux que d’autres  

La génétique joue indéniablement un rôle dans notre propension au bonheur. Des études suggèrent qu’environ 40 à 50 % de notre capacité au bonheur est déterminée par nos gènes. Certaines personnes naissent avec une disposition génétique qui favorise une vision plus positive de la vie, grâce à des variations dans les gènes influençant les neurotransmetteurs, comme la sérotonine, souvent surnommée l’hormone du bonheur.  

Si une part de notre bonheur est alors inscrite dans notre ADN, une autre dimension se façonne à travers nos expériences de vie. Les relations enrichissantes, les accomplissements personnels et la résilience face aux défis contribuent à notre bien-être émotionnel. Les pratiques, telles que la gratitude, la méditation, et les activités tournées vers les autres, ont démontré leur efficacité pour améliorer notre état de bonheur, en remodelant les connexions neuronales grâce à la neuroplasticité. N’oublions pas que notre cerveau se modifie tout au long de notre vie du fait de nos activités. 

Notre environnement et notre contexte socioculturel ont également un impact sur notre bonheur. Des facteurs comme la stabilité financière, l’accès à l’éducation et aux soins de santé, la proximité avec la nature, l’espace dont nous disposons, la beauté de ce qui nous entoure impactent fortement notre bien-être. Des sociétés qui valorisent le bien-être commun et le soutien social tendent à avoir des citoyens plus heureux, alors que les inégalités impactent négativement le bonheur des citoyens. 

Les neurosciences et la biochimie nous révèlent comment les hormones du bonheur, comme la sérotonine, la dopamine, l’ocytocine, et les endorphines influencent nos humeurs et sensations de plaisir. L’activité physique, le rire, les câlins, et même l’exposition au soleil peuvent stimuler la production de ces hormones, favorisant ainsi des sentiments de joie et de satisfaction. Le lien aux autres est aussi un facteur important.  

Quand on cherche trop le bonheur 

Comme mentionné plus haut, chercher le bonheur à tout prix peut effectivement provoquer l’effet inverse. Après plusieurs années d’efforts à tenter de trouver ce qui nous rendra heureux sans y parvenir, un certain découragement risque de se faire sentir. Pour certains ce sera de trouver un nouveau travail, pour d’autres, ce sera de partir en affaires dans l’espoir de faire fortune, et encore pour d’autres, c’est d’espérer rencontrer quelqu’un avec souvent des critères et des exigences surréalistes. « Cela contribue à intensifier l’anxiété et la dépression », explique Russ Harris, qui, en plus d’être médecin et psychothérapeute, est aussi coach de vie, auteur et conférencier. 

Un des pièges, c’est de se comparer aux autres. « On se compare constamment au reste de la société, ce qui est néfaste », fait remarquer l’auteur. Il faut préciser que ce qui convient à quelqu’un n’est pas forcément indiqué pour une autre personne. Il arrive bien souvent qu’on atteigne ce qu’on avait comme objectif et qu’on ne se sente pas plus heureux. « Une vie consacrée à la quête de ces émotions est, à long terme, profondément insatisfaisante et on s’expose à souffrir d’anxiété et de dépression. »  

On souhaite trouver un sens à sa vie, éprouver du contentement, de la satisfaction, avoir du plaisir. La démarche en tant que telle, par rapport au bonheur, peut être une expérience agréable en y mettant des émotions positives tout au long du processus. « La souffrance fait partie intégrante de la vie, c’est une réalité et on ne peut y échapper. Tôt ou tard, nous ferons face à des crises, à des déceptions et à des échecs », rappelle l’auteur. « Heureusement, on peut apprendre à mieux composer avec la douleur. » 

Une tendance psychologique humaine 

Des dizaines d’années de recherche en psychologie tendent à prouver que la comparaison sociale est une tendance humaine fondamentale. Si nous nous comparons aux autres, c’est pour évaluer et comprendre nos compétences, notre position sociale et même nos propres émotions. Une étude d’Alex Jordan de l’École médicale de Harvard démontre que les gens sous-estiment la fréquence des émotions négatives de leurs semblables (stress, dépression) et surestiment la fréquence de leurs expériences d’émotions positives (bonheur, fierté, espoir).  

Avec les médias sociaux, il est presque impossible d’éviter de comparer son degré de « connexion » aux autres à celui de nos amis. La plupart des gens passent leur temps sur les médias sociaux à collecter des informations sur la vie des autres, en voyant des publications qui visent en grande partie à offrir l’image la plus positive possible. Cependant, selon une étude menée par le magazine Psychologies, les perceptions peuvent évoluer au fil du temps. La tendance à voir les autres comme plus compétents, ou plus heureux évolue à mesure que les gens apprennent à mieux connaître leurs pairs.  

« Vous pouvez vivre des moments très heureux avec des sources de plaisir, comme la beauté, l’argent, le pouvoir, la célébrité et le sexe, mais il faut bien pouvoir faire la différence entre sources de plaisir et ce qui relève de notre base de bien-être : le sens de la vie, les relations, l’amour, notre relation à nous-même », explique Malene Rydahl, autrice du livre Le bonheur sans illusions. Selon l’écrivaine danoise, le bonheur passe avant tout par la fidélité envers soi-même et « l’alignement entre ce que l’on est à l’intérieur, ce que l’on pense et ce que l’on fait dans la vie ». 


Source : iStock

Sarah Gendreau Simoneau
Rédactrice en chef et directrice du volet production, auparavant cheffe de pupitre SPORTS ET BIEN-ÊTRE at Journal Le Collectif  redaction.lecollectif@USherbrooke.ca  Web   More Posts

Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.

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