Pour une refonte du système sportif canadien 

Par Sarah Gendreau Simoneau 

: Le système désuet du sport au pays doit être réformé comme mentionné dans le dernier rapport de la Commission sur l’avenir du sport au Canada. 

Le système sportif canadien est «brisé», fragmenté et profondément inadapté aux réalités actuelles, conclut sans détour la Commission sur l’avenir du sport au Canada dans son rapport final dévoilé à Ottawa en mars dernier.  

Fruit de près de deux années de consultations et d’analyses, ce document dresse un portrait préoccupant d’un réseau miné par des lacunes structurelles, un sous-financement chronique et une culture organisationnelle qui favorise, dans certains cas, la maltraitance. 

Mise sur pied en 2024 par le gouvernement de Justin Trudeau à la suite du scandale impliquant Hockey Canada, la commission avait pour mandat d’examiner en profondeur la sécurité et le fonctionnement du système sportif au pays. Plus de 1000 personnes ont contribué aux travaux, dont 175 victimes ou survivantes de mauvais traitements, ainsi que des représentants de 270 organismes. Au total, 591 rencontres ont été tenues, permettant de recueillir une diversité de témoignages jugés, selon la commissaire Lise Maisonneuve, « bouleversants ». 

Un système désuet 

Le constat principal est sans équivoque : le système actuel n’est pas viable. Selon la commission, la maltraitance demeure généralisée, touchant tous les niveaux du sport, des ligues amateurs aux structures d’élite. Les formes de violence recensées sont multiples : psychologique, physique et sexuelle, mais aussi liées à la négligence, à l’intimidation, au racisme et à la discrimination. Ces abus s’inscrivent dans un contexte marqué par d’importants déséquilibres de pouvoir et une culture du silence persistante, qui empêche les victimes de dénoncer les situations problématiques et contribue à leur reproduction. 

Cette culture est alimentée, en partie, par un sous-financement chronique du système sportif. Selon le rapport, les organisations sont appelées à accomplir davantage avec des ressources limitées, ce qui fragilise leur capacité à assurer un encadrement sécuritaire et adéquat. Les lacunes observées ne relèvent pas uniquement du passé : elles persistent aujourd’hui et continuent d’affecter de nombreux athlètes. 

Au-delà des enjeux de sécurité, la commission pointe du doigt un système globalement inefficace et mal gouverné. Bien que plusieurs leaders soient reconnus pour leur engagement, l’ensemble du réseau est décrit comme fragmenté, caractérisé par une multiplication d’organismes, une duplication des services et un manque de coordination. L’absence de leadership clair et de mécanismes robustes de reddition de comptes contribue à maintenir ces dysfonctionnements. 

Un autre enjeu majeur concerne l’accessibilité au sport. Les coûts de participation ne cessent d’augmenter, rendant la pratique sportive de plus en plus difficile pour une part importante de la population. Cette réalité touche particulièrement les femmes et les groupes marginalisés, accentuant les inégalités déjà présentes. Le sport, qui devrait être un vecteur d’inclusion, tend ainsi à devenir plus exclusif. 

Des recommandations urgentes 

Pour répondre à ces constats, la commission propose une feuille de route ambitieuse comprenant 98 recommandations. Parmi les mesures phares figure l’augmentation urgente du financement de base accordé aux organismes nationaux de sport, afin de compenser l’érosion causée par l’inflation depuis 2005. La création d’une entité sportive centralisée est également recommandée. Celle-ci aurait pour mandat d’assurer un leadership national, de superviser le financement fédéral, d’établir et de faire respecter des normes en matière de gouvernance et de sécurité, ainsi que de coordonner les politiques et les initiatives à l’échelle du pays. 

Le rapport remet aussi en question le rôle de À nous le podium, une agence créée en 2005 pour améliorer les performances des athlètes canadiens aux Jeux olympiques et paralympiques. Plusieurs intervenants critiquent son influence, estimant qu’elle a contribué à instaurer une culture axée sur la performance à tout prix, au détriment du bien-être des athlètes. 

Les mécanismes de plainte en matière de sport sécuritaire font également l’objet de critiques sévères. Jugés incohérents d’une région à l’autre, ils présentent des variations importantes dans le traitement des signalements. Les processus sont souvent perçus comme complexes, lents et opaques, ce qui peut décourager les victimes de porter plainte et miner la confiance envers les institutions. 

Un vecteur de changements 

Malgré la sévérité du diagnostic, plusieurs acteurs du milieu sportif accueillent favorablement les conclusions du rapport. Le Comité olympique canadien souligne la rigueur et la transparence du processus. Les problèmes identifiés relèvent davantage de failles systémiques que d’un manque d’intégrité individuelle. Les recommandations offrent alors des pistes de solution concrètes pour améliorer la gouvernance et la sécurité. 

Du côté des athlètes, le ton d’urgence adopté par la commission est également salué. Le président de la Commission des athlètes du Comité olympique canadien, Philippe Marquis, considère que le rapport constitue une base solide pour une transformation en profondeur. Il souligne que les témoignages ont été entendus et que les recommandations représentent une occasion tangible d’agir. 

Le gouvernement fédéral, par la voix du secrétaire d’État aux Sports Adam van Koeverden, affirme accueillir favorablement le rapport. L’ancien champion olympique reconnaît la nécessité d’intervenir pour corriger des lacunes de longue date en matière de sécurité, de gouvernance et de reddition de comptes. Ottawa s’engage à étudier attentivement les recommandations et à mettre en œuvre les mesures nécessaires. 

Pour la commissaire Lise Maisonneuve, le moment est critique. Elle voit dans ce rapport une occasion unique de repenser en profondeur le système sportif canadien et d’en faire un modèle plus sécuritaire, inclusif et durable. L’enjeu dépasse la seule performance sportive : il s’agit de garantir un environnement sain pour tous les participants, du sport communautaire jusqu’à l’élite internationale. 

En somme, la Commission sur l’avenir du sport au Canada lance un appel pressant à l’action. Face à un système jugé défaillant et porteur de risques, elle invite le gouvernement et l’ensemble des acteurs concernés à entreprendre une réforme structurante. Sans intervention rapide, prévient-elle, les mêmes problèmes risquent de perdurer, au détriment des athlètes et de la confiance du public envers les institutions sportives. 


Source : Équipe Canada

Sarah Gendreau Simoneau
Rédactrice en chef et directrice du volet production, auparavant cheffe de pupitre SPORTS ET BIEN-ÊTRE at Journal Le Collectif  redaction.lecollectif@USherbrooke.ca  Web   More Posts

Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.

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