Par Grégoire Bouley

Les personnes danoises étaient appelées aux urnes dans un contexte politique rarement aussi chargé. Le 26 février, la première ministre Mette Frederiksen avait annoncé la tenue d’élections législatives anticipées, sept mois avant la fin prévue de la législature. Le déclencheur ? Les ambitions répétées du président américain Donald Trump sur le Groenland, territoire autonome du royaume danois.
Ce scrutin est le premier organisé sous le règne du roi Frederik X, monté sur le trône en 2024 après l’abdication de Margrethe II. Le rôle affiché de Trump et la crise groenlandaise ont offert aux sociaux-démocrates un regain de popularité lié à l’effet d’union nationale, les questions de sécurité et de politique étrangère s’imposant aux côtés des enjeux économiques et environnementaux habituels.
Les 179 sièges du Folketing étaient en jeu, dont 175 pour le Danemark continental, deux pour le Groenland et deux pour les îles Féroé. Le système électoral danois est un scrutin proportionnel à deux étapes, combinant des mandats de circonscription et des sièges compensatoires, avec un seuil d’entrée fixé à 2 % des suffrages exprimés, l’un des plus bas d’Europe. La majorité est obtenue à 90 sièges.
Une gauche en tête, mais sans majorité
Le résultat est paradoxal. Mette Frederiksen s’est dite « prête à assumer » à nouveau le rôle de première ministre, malgré le fort recul de son parti, qui tombe à 21,9 % des voix et 38 sièges, son niveau le plus bas depuis 1903, loin des 27,5 % obtenus en 2022. Le bloc de gauche est arrivé en tête sans atteindre la majorité absolue, décrochant 84 sièges au total, contre 77 pour la droite.
Le Parti populaire socialiste (Green Left) confirme sa place de deuxième force du bloc de gauche avec 11,6 % des suffrages et 20 sièges au Folketing. Les Modérés, conduits par le ministre des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen, décrochent 14 sièges et joueront un rôle décisif dans les négociations pour la composition du prochain gouvernement.
Les douze partis engagés dans ces élections obtiennent tous un score supérieur à 2 %, franchissant ainsi le seuil d’entrée au Parlement danois. Un fait rarissime, reflet d’une offre politique fragmentée mais vivante.
L’autre signal fort de cette soirée électorale vient de la droite radicale. Le Parti populaire danois, formation d’extrême droite anti-immigration qui avait fortement chuté en 2022, a triplé son score pour atteindre environ 9,1 % des voix. Son chef, Morten Messerschmidt, n’a pas caché sa satisfaction, se félicitant de ce rebond dans un contexte européen qu’il juge favorable à sa famille politique.
Le Groenland, acteur inattendu du scrutin
Le Groenland a tenu un rôle symbolique et politique inédit dans ce scrutin. Le parti social-démocrate « Inuit Ataqatigiit » est arrivé en tête avec 29,3 % des voix et devra cohabiter à Copenhague avec Qarsoq Høegh-Dam, candidat du parti nationaliste Naleraq et défenseur d’une indépendance rapide, qui a recueilli 25,1 %.
Source : Getty Images
