Par Océane Sarrazin

Le 26 avril dernier, le marathon de Londres a marqué l’histoire en voyant trois athlètes franchir la barre mythique des deux heures : Sabastian Sawe en 1 h 59 min 30 s, suivi de Yomif Kejelcha et de Jacob Kiplimo. Alors que la saison des marathons s’ouvre avec ces performances exceptionnelles, la popularité de la course de fond continue de croître chez les jeunes adultes de la génération Z.
Mais d’où vient cette distance exigeante de 42,2 km, et pourquoi avril semble-t-il être le mois le plus rapide de l’année ?
Une distance née d’un mythe
Tout commence par une légende, raconte Richard Billows dans Marathon : The Battle That Changed Western Civilization. En 490 avant notre ère, un messager aurait parcouru près de 40 km entre Marathon et Athènes pour annoncer la victoire des Grecs sur les Perses. Cette victoire serait, selon l’historien Billows, un moment décisif qui a profondément influencé l’évolution de la civilisation occidentale. Bien que les historiens débattent encore du nom exact du coureur et de son trajet, la légende a traversé les siècles. Les historiens débattent de l’exactitude de cette histoire, mais le mythe est devenu emblématique.

Plan de l’Attique montrant la distance entre Marathon et Athènes.
Plus de deux millénaires plus tard, cette histoire inspire la création du marathon moderne. En 1897, Boston organise la première édition de sa course emblématique, directement inspirée du marathon des Jeux olympiques d’Athènes de 1896. La distance officielle, elle, se fixe en 1908 lors des Jeux de Londres : le départ est donné devant Buckingham Palace et l’arrivée au White City Stadium. Ce tracé particulier, légèrement modifié par la suite, établit la distance de 42,2 km encore utilisée aujourd’hui.
Avril : le mois le plus rapide de l’année
Si le mois d’avril semble particulièrement propice aux records, ce n’est pas un hasard. Une étude menée en 2013 par Adrien Sedeaud, chercheur au pôle performance à l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP), et ses collègues a montré que les meilleures performances mondiales se concentrent autour de deux périodes : la fin avril (semaines 14 à 17) et la fin octobre (semaines 41 à 44). Ces moments correspondraient aux conditions météorologiques idéales pour la course de fond.
Les auteurs soulignent que les meilleures performances en course ont eu lieu durant les mois où le temps était plus frais (avril et octobre), car les coureurs d’endurance donnent leur maximum autour de 10 °C, une valeur fréquemment observée dans les grandes villes hôtes au printemps. Ce n’est donc pas surprenant que les marathons tels que ceux de Londres, Boston, Chicago, Rotterdam, ou Paris, tous organisés en avril ou octobre, soient régulièrement le théâtre de performances historiques (voir graphique ci-dessous).

Nombre de courses organisées en 2026 et pics de performances maximales chez les hommes et les femmes.
Une discipline qui séduit de plus en plus la Génération Z
Au‑delà des records battus et des distances parfois éprouvantes, la course à moyenne et longue distance attire un nombre croissant de jeunes adultes. Ce phénomène ne se limite plus aux passionnés de performance : il touche désormais une génération pour qui la course devient à la fois un mode de vie, un outil de bien‑être et un espace d’expression sociale.
Selon L’état de l’industrie : Rapport sur les tendances des courses 2025, les 18‑29 ans représentaient 17,9 % de l’ensemble des participants en 2025, soit leur niveau le plus élevé depuis une décennie. Cette progression marque un véritable retour en force de cette tranche d’âge, longtemps considérée comme moins engagée dans les sports d’endurance.
Plusieurs facteurs nourrissent cet engouement. Les plateformes numériques comme Strava ou Garmin Connect ont transformé la pratique en une expérience plus interactive et motivante. Elles permettent de suivre ses progrès, de documenter son parcours sportif et de s’inscrire dans une dynamique collective, même lorsque l’on court seul. Le partage d’accomplissements sur les réseaux sociaux, qu’il s’agisse d’un premier 5 km, d’un record personnel ou d’une simple sortie matinale, contribue également à créer un sentiment d’appartenance et à renforcer l’importance accordée au bien‑être personnel
Pour beaucoup de jeunes adultes, la course devient ainsi un moyen de se dépasser, de se sentir bien et de s’exprimer au sein de communautés actives et bienveillantes. Une pratique individuelle qui, paradoxalement, n’a jamais été aussi connectée.
Sources et crédit : Courons MTL, La classe numérique, Océane Sarrazin
