Par Nicolas Mathieu

Le Québec vient de perdre l’un de ses visages les plus familiers. Marc Messier, né à Granby en 1947, s’est imposé pendant près de cinq décennies comme l’un des acteurs les plus présents et les plus aimés du paysage culturel québécois, autant sur scène qu’à l’écran. Son décès laisse un vide dans un univers où il a contribué à rendre le théâtre et la télévision populaires, accessibles et ancrés dans la vie de tous les jours.
Après des études en interprétation au Cégep de Saint‑Hyacinthe, Marc Messier fait ses premiers pas au théâtre et participe à plusieurs créations, notamment Les voisins, Appelez‑moi Stéphane et Les noces de tôle. En 1979, avec Michel Côté et Marcel Gauthier, il crée Broue, une comédie située dans une taverne, présentée d’abord devant une petite salle à Montréal.
Ce spectacle va rapidement dépasser le cadre d’une production ponctuelle. Jouée partout à travers la province, Broue devient l’œuvre théâtrale la plus applaudie du Québec, avec plus de 3300 représentations. En 2006, la pièce entre au livre des records Guinness pour son impressionnante longévité avec la même distribution. Le trio reçoit également la Croix du service méritoire en 2017, pour souligner son apport au théâtre québécois.
Avec Broue, Marc Messier participe directement à la popularisation du théâtre. La pièce, portée par des personnages attachants et un humour qui parle du quotidien, attire un public vaste, bien au‑delà des habitués des salles de spectacle. Pendant près de 40 ans, elle accompagne des générations de spectatrices et spectateurs et devient un repère culturel. Cette œuvre illustre la capacité du théâtre québécois à raconter des histoires proches des gens, dans leur langue et avec leurs références.
Des personnages marquants à la télé et au cinéma
Parallèlement au théâtre, Marc Messier construit une carrière solide à la télévision. Dès les années 1980, il apparaît dans des émissions comme Chez Denise, D’amour et d’amitié ou Le monde merveilleux de Ding et Dong. Son véritable tournant survient en 1986, lorsque la série Lance et compte lui offre le rôle de Marc Gagnon, capitaine du National de Québec.
Ce personnage de joueur de hockey fougueux devient rapidement emblématique. La série, tournée de manière cinématographique, connaît un succès important et contribue à installer le hockey comme décor dramatique à la télévision québécoise. Pour ce rôle, Marc Messier reçoit notamment deux prix Gémeaux à la fin des années 1980 et un prix Artis plus tard dans sa carrière.
En 1993, un autre personnage vient renforcer son lien avec le public : Réjean Pinard, mari de Thérèse dans La petite vie, série humoristique devenue incontournable. Réjean, avec ses maladresses, son infidélité et ses répliques mémorables, s’inscrit durablement dans la mémoire collective. À travers lui, Marc Messier participe à une comédie qui, encore aujourd’hui, occupe une place particulière dans l’histoire de la télévision québécoise.
Au cinéma, il se fait remarquer notamment dans Jésus de Montréal de Denys Arcand, puis dans la série de films Les Boys, où il incarne Bob Chicoine, vétéran attaché à son équipe de hockey amicale. Ce rôle prolonge le lien entre l’acteur, le hockey et la culture populaire, en racontant une histoire de camaraderie et de passion sportive qui parle à beaucoup de Québécois et Québécoises.
Des reconnaissances qui confirment son impact culturel
Au fil de sa carrière, Marc Messier joue aussi dans des productions plus dramatiques, comme Omertà, Grande Ourse ou La mort d’un commis voyageur, montrant qu’il maîtrise autant le registre sérieux que la comédie. Cette polyvalence contribue à faire de lui une figure respectée autant des milieux artistiques que du grand public.
Les reconnaissances officielles sont venues confirmer ce rôle de bâtisseur. En 2023, il est nommé membre de l’Ordre du Canada. Dans le texte accompagnant cette distinction, on souligne que l’honneur lui est décerné « pour ses contributions remarquables au paysage artistique et culturel du Québec, sur scène et à l’écran ». Il est également désigné « bâtisseur culturel » par la Ville de Granby, sa ville natale, pour l’ensemble de son parcours.
Ces hommages reflètent l’ampleur de son travail. En créant des œuvres comme Broue, en incarnant des personnages forts à la télévision et en participant à des films qui ont marqué le box‑office, Marc Messier a contribué à construire un théâtre et une télé populaires, où le Québec se voit et se raconte. Son décès laisse derrière lui une œuvre qui continue de circuler dans les souvenirs, les rediffusions et les citations que l’on entend encore dans les conversations.
Au‑delà des prix et des distinctions, l’héritage de Marc Messier se mesure à la place qu’il occupe dans la mémoire de plusieurs générations. Beaucoup l’ont découvert dans une salle de spectacle, devant Broue, ou autour d’un téléviseur, en suivant La petite vie, Lance et compte ou Les Boys. En ce sens, il a aidé à tisser un lien entre les arts de la scène, les écrans et le quotidien. C’est ce qui fait de lui aujourd’hui une figure majeure de la culture québécoise.
Source : Facebook
