Voyager sans arrêt : passion ou obsession ? 

Par Nicolas Mathieu 

Le voyage occupe une place de plus en plus importante dans notre quotidien, allant même jusqu’à se transformer en véritable mode de vie. 

Chacun a dans son entourage une personne pour qui l’idée de faire sa valise la rend particulièrement heureuse. Une personne qui, à peine rentrée de voyage, pense déjà au prochain départ. Pour certaines personnes, le voyage prend une place centrale dans la vie, au point de ressembler à une forme d’obsession. Ce phénomène est parfois associé au « syndrome de wanderlust », une grande passion pour le fait de partir, de découvrir ailleurs et de vivre souvent des expériences loin de chez soi. 

Les occasions de penser au voyage sont nombreuses. Les médias et les réseaux sociaux montrent sans cesse des images de destinations dans le monde. Les promotions de dernière minute et les offres limitées donnent l’impression que l’on peut partir souvent, parfois sur un simple coup de tête. Le voyage, qui était autrefois un luxe rare pour plusieurs familles, est devenu une possibilité plus fréquente pour une partie de la population. 

Le terme « wanderlust », souvent traduit par « passion des voyages », vient de l’allemand « wandern » et « lust », qui signifient « excursion, voyage » et « désir, aspiration ». Les personnes qui se reconnaissent dans ce profil parlent parfois d’un « besoin » de partir, d’une valise toujours prête et d’un passeport facilement accessible. On trouve souvent une curiosité pour ce qui est nouveau, une attirance pour ce qui est différent de son quotidien et l’envie de faire une pause avec sa routine. Le sentiment que la vie est courte et que la planète est vaste peut aussi encourager à multiplier les départs. 

Une évolution du rapport aux vacances 

Stéphan Mathieu, directeur général de ClasseTrotteur, possède plus de trente ans d’expérience dans le monde du tourisme. Il constate que la façon de partir en vacances a beaucoup changé. Il rappelle qu’autrefois, « quand les familles partaient en vacances, c’était souvent dans des endroits plus proches. On ne voyageait pas pour explorer ou découvrir de nouveaux endroits. On ne cherchait pas à découvrir la gastronomie ou la culture des autres pays. Les familles cherchaient un endroit pour sortir de leur routine, sortir de leurs lieux connus et communs. C’était la Floride, Ogunquit, le camping, etc. ». 

Selon lui, la situation n’est plus la même aujourd’hui. L’accès à l’information a « ouvert les yeux aux voyageurs » et a « chatouillé leur curiosité ». Il remarque que « les gens reviennent et sont heureux de parler du plat incroyable qu’ils ont mangé dans telle ville, du paysage qu’ils ont découvert, des routes et des chemins empruntés ». Pour une autre partie du public, « aujourd’hui, partir en vacances, c’est surtout de passer une semaine dans un tout inclus ». Différentes façons de voyager coexistent donc, entre recherche d’exploration et besoin de repos. 

Stéphan Mathieu souligne aussi la montée des offres vers des pays qui étaient moins visités auparavant. À ses yeux, « juste à voir toutes les agences qui offrent des voyages dans des pays moins explorés pour comprendre que les gens cherchent le dépaysement. Ils cherchent à être déstabilisés parce ce qu’ils font ou ce qu’ils voient ». Le voyage devient alors un moyen volontaire de sortir de ses repères, de bousculer ses habitudes et de découvrir d’autres façons de vivre. 

Pour décrire cette intensité, il résume ainsi ce qu’il observe. « On est dans une société qui s’est habituée à assouvir ses envies et ses rêves. Alors, les voyageurs veulent tout voir, tout faire. Et comme on a une seule vie, on voyage souvent. On coche notre “bucket list”. On est poussé par le besoin de s’accomplir, de réaliser ses rêves. Une combinaison de curiosité personnelle, de recherche d’émotion et de course contre la montre. » Le voyage s’inscrit dans un ensemble plus large de projets personnels et de souhaits que l’on cherche à réaliser au fil des années. 

Entre passion et limites à ne pas dépasser 

Cette passion amène aussi des questions sur les limites possibles de ce rapport au voyage. Sur ce point, Stéphan Mathieu insiste sur l’importance de garder un équilibre. Il considère qu’« à partir du moment qu’on s’endette pour voyager, on a peut-être une réflexion à faire sur ses ambitions… Sinon, il n’y a rien de négatif à voyager ». Pour lui, le voyage reste une expérience positive tant qu’il ne crée pas de problèmes financiers ou de déséquilibre dans la vie des personnes concernées. 

Pour beaucoup, voyager souvent est vu comme une forme de chance ou même de réussite. Les commentaires du genre « tu es bien chanceux d’être en France » ou « tu es chanceux de faire ce beau voyage » sont fréquents. Stéphan Mathieu invite toutefois à prendre du recul sur cette idée. Il rappelle que « souvent, la perception de réussite sociale est dans les yeux de la personne qui fait ces commentaires. Il y a plusieurs façons de juger de la “réussite sociale”. Pour certains, c’est d’avoir une BMW dans sa cour, d’autres d’avoir un bureau de coin au travail… À chacun sa façon de juger de ses réalisations. Le voyage peut être une façon parmi mille autres… » 

L’obsession du voyage, lorsqu’elle se manifeste, mélange donc plusieurs éléments. On y retrouve une vraie curiosité pour le monde, des envies personnelles fortes et un contexte où les possibilités de partir sont plus visibles et plus nombreuses qu’avant. Sans être une maladie, elle peut devenir pour certains un élément central de leur mode de vie. Entre envie de découvrir, contraintes concrètes et différentes façons de se réaliser, chacun et chacune trouve sa propre manière de gérer cette place que le voyage prend dans sa vie. 


Source : Pixabay

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