Par Frédérique Maysenhoelder

*Cet article s’inscrit dans une série de textes dédiés à l’information retenue lors du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer, où Le Collectif était présent.
Le Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer (FIJC) a accueilli, le 15 mai dernier, la conférence « Profession photoreporter » animée par les photographes Renaud Philippe et Charles-Frédérick Ouellet. Devant le public, les deux intervenants ont partagé leur vision d’un métier guidé par le temps, la proximité humaine et la sensibilité plutôt que par la rapidité de l’actualité.
Les conférenciers ont expliqué que leur pratique s’approche davantage du documentaire que du photojournalisme traditionnel axé sur l’immédiateté. Certains projets peuvent s’étendre sur plusieurs années afin de développer une véritable compréhension des réalités photographiées. Selon eux, le temps est essentiel au travail du photoreporter. Revenir plusieurs fois dans un même milieu permet également de voir les choses autrement et d’approfondir les histoires racontées. Les photographes ont aussi insisté sur la capacité d’adaptation nécessaire dans ce métier, où chaque environnement exige une nouvelle approche et une grande ouverture envers les autres.
Développer un regard personnel
Au cours de la conférence, Renaud Philippe et Charles-Frédérick Ouellet ont abordé la question du style photographique. Pour eux, la caméra demeure avant tout un outil : le regard se construit progressivement à travers les sujets qui attirent naturellement l’œil du photographe. C’est un travail constant d’analyse et d’observation.
Ils ont expliqué qu’il faut parfois apprendre à « lâcher prise » pour laisser l’instinct guider certaines images. Le photographe doit éviter de trop réfléchir au moment de capturer une scène afin de préserver l’authenticité du moment.
Les deux intervenants ont également évoqué leur intérêt pour le noir et blanc, estimant que la couleur peut parfois ajouter une information visuelle qui éloigne le regard de l’essentiel. Le noir et blanc permettrait ainsi de créer un aspect plus universel et centré sur l’humain.
Les enjeux éthiques du métier
La discussion a aussi porté sur les limites éthiques du photojournalisme. Les intervenants ont notamment abordé leur expérience liée au séisme en Haïti afin d’illustrer les responsabilités du photographe face à la souffrance humaine.
« La photo repose sur le lien qu’on crée », ont-ils affirmé, en soulignant l’importance du contact humain et de la confiance avec les personnes rencontrées sur le terrain. Ils ont rappelé qu’il est essentiel d’agir avec sensibilité et respect envers les personnes photographiées. Selon eux, le photojournalisme ne doit pas chercher à transformer la détresse en spectacle. La relation humaine derrière l’image demeure plus importante que la photographie elle-même.
Les conférenciers ont également dénoncé certaines pratiques sensationnalistes et ont insisté sur la nécessité de raconter des histoires à travers des séries d’images plutôt qu’une seule photo isolée, jugée souvent réductrice.
L’avenir du photojournalisme
Malgré les difficultés financières et le peu de financement dans le milieu, les deux photoreporters demeurent optimistes face à l’avenir de la profession. Ils croient que le photojournalisme peut continuer d’évoluer grâce à de nouvelles approches et à différents espaces de diffusion, notamment les expositions.
Les photographes ont souligné le manque d’éducation au langage visuel dans la société actuelle. Selon eux, plusieurs personnes interprètent les images sans réellement savoir les analyser ou les décrire. Ils estiment qu’une meilleure formation à la photographie et aux médias devrait être intégrée au parcours scolaire afin de développer un regard critique sur les images qui circulent quotidiennement.
Source : Instagram de Charles-Frédérick Ouellet
Frédérique Maysenhoelder
Frédérique occupe le pupitre de la section Culture pendant son baccalauréat en communication appliquée. Passionnée par les médias écrits bien avant son entrée à l’université, elle a d’abord complété un DEC en journalisme au Cégep de Jonquière, où elle a aiguisé sa plume et son regard critique.
