Daniel Renaud dévoile les coulisses du journalisme criminel 

Par Frédérique Maysenhoelder 

Protection des sources, menaces, crime organisé et rigueur journalistique : le journaliste Daniel Renaud a plongé le public du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer dans les réalités du journalisme criminel. 

*Cet article s’inscrit dans une série de textes dédiés à l’information retenue lors du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer, où Le Collectif était présent. 

Dans le cadre du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer (FIJC), le journaliste aux affaires criminelles Daniel Renaud a offert un grand entretien le 15 mai dernier devant un public prêt à réfléchir aux réalités du métier et aux enjeux du journalisme policier. 

Reconnu pour ses enquêtes sur le crime organisé, Daniel Renaud a partagé son expérience de terrain, mais aussi les défis humains et éthiques ainsi que les enjeux de sécurité liés à la couverture des affaires criminelles. Avec cet entretien, le Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer poursuit sa mission de créer un espace de réflexion sur les enjeux actuels de l’information et de la liberté de presse. 

Un métier de terrain en déclin 

Dès le début de la rencontre, il a insisté sur l’importance d’aller sur le terrain à la rencontre des gens. Le temps et l’écoute sont deux éléments nécessaires pour construire une enquête. Il a rappelé qu’une enquête commence toujours par les questions de base : qui, quand, comment et pourquoi. 

Au cours de l’entretien, le journaliste a défendu l’importance du journalisme de faits divers, qu’il considère comme la base du journalisme criminel. Il a souligné que cette branche du métier attire moins les jeunes journalistes, plusieurs hésitant à y faire le saut en raison des risques et de la pression qu’elle implique. Ce n’est pas un manque d’intérêt de la part du public. Daniel Renaud a rappelé que le public demeure fasciné par ces histoires, à condition qu’elles soient traitées avec rigueur et dans l’intérêt public. 

Entre information et danger 

Durant l’entretien, il a aussi abordé la frontière parfois mince entre sensationnalisme et intérêt public. Dans le milieu du crime organisé, a-t-il expliqué, les journalistes possèdent souvent beaucoup plus d’informations qu’ils ne peuvent en publier. Il a donné l’exemple des rumeurs ou des informations non confirmées, comme un prétendu contrat sur la tête d’une personne, qui ne peuvent être diffusées sans validation officielle. Pour lui, une nouvelle doit toujours être confirmée avant publication. 

Le reporter a également évoqué les dangers du métier. Il a rappelé qu’il avait lui-même été visé par un contrat sur sa tête en raison de sa couverture du crime organisé. Il affirme que ces menaces n’ont pas changé sa manière de travailler. Daniel Renaud a aussi mentionné avoir été espionné par le passé, notamment dans le contexte de l’affaire entourant la surveillance des relevés téléphoniques de journalistes. Cette situation l’a poussé à modifier certaines de ses méthodes de travail à compter de 2010. 

La protection des sources 

La question des sources a occupé une place centrale dans la discussion. Daniel Renaud a affirmé que la protection des sources demeure plus importante que n’importe quel scoop. Pour protéger ses renseignements, il utilise des surnoms et différentes méthodes de communication afin d’éviter que ses contacts ne soient identifiés.  

Au fil de la conférence, le journaliste a aussi abordé ses relations avec les policiers, les criminels et les différentes sources qu’il côtoie dans le cadre de son travail. Il a expliqué qu’il est possible de développer des liens de confiance, voire des relations amicales, avec certaines sources policières, mais qu’il demeure essentiel de conserver une certaine distance professionnelle. 

Daniel Renaud a raconté plusieurs anecdotes marquantes liées à ses enquêtes. Il a notamment expliqué qu’après la publication d’un article sur Frédérick Silva, celui-ci aurait finalement trouvé un avocat, alors qu’il affirmait auparavant que plus de 200 avocats avaient refusé son dossier. 


Crédit : Frédérique Maysenhoelder

Frédérique Maysenhoelder
Cheffe de pupitre CAMPUS at Journal Le Collectif  campus.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts

Frédérique occupe le pupitre de la section Culture pendant son baccalauréat en communication appliquée. Passionnée par les médias écrits bien avant son entrée à l’université, elle a d’abord complété un DEC en journalisme au Cégep de Jonquière, où elle a aiguisé sa plume et son regard critique.

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