Faire semblant de bien aller : la normalisation du masque social 

Par Salma Labiede 

La persona, le masque qui nous définit dans le monde extérieur. 

Dans les couloirs des cégeps et des universités, tout semble souvent bien aller. Les personnes étudiantes avancent d’un cours à l’autre, échangent quelques mots, rient parfois. À première vue, rien ne dépasse. Pourtant, derrière ces gestes ordinaires, une réalité plus silencieuse prend de la place : celle du masque social, cette habitude de cacher ce qui ne va pas pour continuer à fonctionner. 

Dire « ça va » devient un automatisme. On répond sans trop y penser, même quand la fatigue s’accumule ou que quelque chose pèse. Dans les milieux d’études, où l’on valorise la performance, l’autonomie et la capacité à gérer plusieurs choses à la fois, montrer ses fragilités peut sembler difficile. Alors, on compose avec. On avance, en espérant que ça passe. 

Les réseaux sociaux accentuent ce sentiment. Les images partagées donnent l’impression que les autres réussissent, s’adaptent, profitent pleinement de leur parcours. En comparaison, les moments plus lourds deviennent invisibles, presque illégitimes. Cela renforce l’idée qu’il faut, soi aussi, donner l’impression que tout va bien. 

Mais ce masque a un coût. À force de retenir ce qui ne va pas, un décalage peut s’installer entre ce que l’on montre et ce que l’on vit réellement. Certaines personnes finissent par se sentir seules, même entourées. D’autres hésitent à demander de l’aide, par peur de déranger ou de ne pas être comprises. 

Un cas qui fait avancer 

Au Québec, le décès de la pédiatre Karina Poliquin a profondément marqué. Pédiatre, elle consacrait sa vie à prendre soin des autres. Son départ a suscité beaucoup d’émotions et de questionnements, notamment parce qu’il rappelle avec une grande douceur et une grande tristesse que la souffrance ne se voit pas toujours. Son histoire a ouvert un espace de réflexion plus large sur la santé mentale et sur cette tendance, très répandue, à porter un masque pour continuer à avancer. 

Dans les cégeps et les universités, cette réalité touche de nombreuses personnes étudiantes. Pas toujours de façon visible, pas toujours de manière constante, mais assez pour que la question mérite d’être posée. Comment créer des espaces où il est possible d’être honnête, sans pression ? Comment apprendre à reconnaître ses propres limites, sans culpabilité ? 

Les ressources existent, mais elles restent parfois difficiles d’accès émotionnellement. Demander de l’aide, c’est déjà accepter de ne plus faire semblant. Et cela peut être un pas important. 

Faire semblant d’aller bien est devenu une forme de normalité. Pourtant, derrière ce réflexe, il y a souvent un besoin simple être écouté, compris, reconnu. Peut-être que la première étape n’est pas de tout dire, mais simplement d’oser ne pas toujours dire que tout va bien. 


Source : Psychologue.net

Salma Labiede
Journaliste at Journal Le Collectif   More Posts
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