Par Salma Labiede

*Cet article s’inscrit dans une série de textes dédiés à l’information retenue lors du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer, où Le Collectif était présent.
Au Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer 2026, une conférence portant sur les déserts médiatiques et le journalisme citoyen a mis en lumière une initiative inspirée d’un modèle américain : Documenters. Le panel réunissait notamment Magda Konieczna et Yara El Murr, qui ont expliqué comment ce programme tente de rapprocher les citoyens de l’information locale.
Le projet né aux États-Unis, le modèle des Documenters, est déjà implanté dans plusieurs dizaines de salles de rédaction à travers le pays. Des citoyens sont formés pour assister à des réunions publiques, prendre des notes et documenter des enjeux locaux souvent ignorés par les médias traditionnels. Magda Konieczna a découvert l’initiative alors qu’elle enseignait le journalisme aux États-Unis. En arrivant au Canada, elle a voulu adapter ce modèle au contexte canadien.
Une solution au désintérêt envers les médias
Selon elle, l’idée provenait d’un constat : plusieurs citoyens se désintéressent de l’information locale, mais ce désengagement vient aussi du fait qu’ils ne se sentent pas concernés ou représentés dans les lieux où les décisions sont prises. Avec ses étudiants, elle a commencé à réfléchir à une manière d’impliquer davantage les habitants dans la couverture de leur quartier.
« Au lieu de demander pourquoi les citoyens ne s’informent pas, on essayait surtout de trouver des solutions pour les engager », explique-t-elle. L’objectif n’était pas de transformer les citoyens en journalistes professionnels, mais plutôt de leur donner des outils pour comprendre les enjeux municipaux qui influencent directement leur quotidien.
Après plusieurs années de développement, le projet a finalement vu le jour grâce à un partenariat financé par le gouvernement fédéral entre l’Université Concordia et The Green Line, une publication torontoise axée sur les enjeux locaux et destinée principalement aux générations Z et milléniale.
Yara El Murr explique que The Green Line cherche avant tout à produire du contenu utile pour les citoyens. Le média publie des articles, des vidéos et des guides pratiques sur des sujets concrets : comment réagir à une hausse de loyer, où trouver des espaces communautaires ou encore comment comprendre certaines politiques municipales.
« On ne veut pas seulement informer les gens, on veut aussi les aider à agir », résume-t-elle. Cette approche passe notamment par des projets appelés Action Journey, des séries publiées sur plusieurs semaines qui présentent un problème, donnent la parole aux citoyens concernés, proposent des ressources et accompagnent ensuite le public dans la recherche de solutions.
Pour The Green Line, participer au programme Documenters représentait une manière naturelle d’encourager la participation citoyenne. Les documentalistes assistent à des réunions municipales souvent désertées par les médias et le public, prennent des notes et rendent accessibles des discussions parfois techniques.
Une ressource importante en temps de crise médiatique
Durant la conférence, les intervenantes ont rappelé que plusieurs médias locaux ont fermé au cours des dernières années, laissant certains quartiers pratiquement sans couverture journalistique. Les réunions d’arrondissement ou de conseils municipaux se déroulent parfois devant quelques personnes seulement, à des heures variées et avec un langage administratif complexe.
Dans ce contexte, les notes prises par les documentalistes deviennent une ressource importante. Elles sont publiées en accès libre et peuvent ensuite être utilisées par différentes salles de rédaction comme point de départ pour des articles plus approfondis. Magda Konieczna insiste toutefois sur un point : les documentalistes ne remplacent pas les journalistes.
« On ne leur demande pas de faire des choix journalistiques professionnels ou de produire des enquêtes », précise-t-elle. Leur rôle consiste plutôt à documenter ce qui se passe sur le terrain et à mettre en lumière des enjeux locaux qui passeraient autrement inaperçus par manque de ressources dans les médias traditionnels.
Le projet continue actuellement de se développer au Canada avec différentes collaborations médiatiques. Pour les participants, l’objectif reste le même : redonner aux citoyens une place dans les discussions locales et recréer un lien entre les communautés et l’information de proximité.
Source : Global voices
