La longue histoire de la désinformation : d’hier à aujourd’hui 

Par Salma Labiede 

Les fausses nouvelles, une histoire vieille de plusieurs siècles. 

*Cet article s’inscrit dans une série de textes dédiés à l’information retenue lors du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer, où Le Collectif était présent. 

Plusieurs spécialistes des médias et de l’histoire de la propagande se sont réunis dans le cadre du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer pour une conférence sur la désinformation. Parmi eux se trouvaient Lucie Laumonier, historienne du Moyen Âge et professeure de journalisme à Concordia, ainsi que David Colon, professeur à Sciences Po Paris spécialisé dans l’histoire de la propagande et de la persuasion. 

Dès le début de la discussion, les deux experts ont tenu à distinguer la mésinformation de la désinformation, deux termes souvent utilisés comme des synonymes. La mésinformation correspond à une information fausse diffusée sans intention de nuire. Une erreur dans un article ou un chiffre inexact peut entrer dans cette catégorie. La désinformation, au contraire, est intentionnelle : la personne qui la diffuse sait que l’information est fausse. Derrière cette pratique se cachent différentes motivations, comme le profit, l’idéologie ou la recherche de popularité sur les réseaux sociaux. 

Les origines 

Lucie Laumonier a donné plusieurs exemples liés au Web actuel, notamment les contenus publiés uniquement pour provoquer des réactions et accumuler des commentaires, ce qu’on appelle le rage baiting. Selon elle, plusieurs théories du complot qui circulent aujourd’hui reprennent en réalité des récits anciens. Elle a évoqué les accusations selon lesquelles certains groupes enlèveraient des enfants pour des rituels secrets ou des abus, une idée présente depuis l’Antiquité. Les premiers chrétiens avaient été accusés de telles pratiques par les Romains, avant que ces récits soient repris contre les communautés juives au Moyen Âge puis à différentes périodes de l’histoire moderne. 

Pour l’historienne, des théories plus récentes comme Pizzagate reprennent exactement les mêmes mécanismes narratifs. Les groupes accusés changent avec le temps, mais les peurs exploitées restent semblables. Elle explique que les émotions les plus utilisées dans la désinformation sont surtout la peur et la colère parce qu’elles se propagent rapidement sur les réseaux sociaux. 

Une menace grandissante 

David Colon a élargi la discussion en parlant de « manipulation de l’information », un concept qui inclut la désinformation, la mésinformation et aussi la mal information, c’est-à-dire une information réelle sortie de son contexte dans le but de nuire. Selon lui, les conséquences de la désinformation sont aujourd’hui bien documentées. Il a notamment mentionné l’impact des fausses informations entourant les vaccins contre la COVID-19 ainsi que le rôle joué par la désinformation dans l’assaut du Capitole américain le 6 janvier 2021. 

L’historien estime que la désinformation représente désormais une menace importante pour les démocraties. Il identifie deux grands facteurs qui aggravent la situation actuelle : les tensions géopolitiques, avec certains régimes autoritaires qui utilisent la désinformation pour fragiliser les sociétés démocratiques, et l’évolution technologique liée aux médias sociaux et à l’intelligence artificielle générative. 

Selon lui, les techniques utilisées aujourd’hui ne sont pas nouvelles. La propagande fonctionne depuis longtemps grâce à certains mécanismes psychologiques bien connus. Une des méthodes les plus efficaces consiste à répéter continuellement un même message jusqu’à ce qu’il paraisse crédible. David Colon a expliqué que les spécialistes de la propagande du XXe siècle utilisaient déjà des approches près de celles qu’on retrouve aujourd’hui dans la publicité numérique : tests de différentes versions d’un message, ciblage psychologique et analyse des réactions du public. 

Ce qui change avec les plateformes numériques, dit-il, c’est surtout la vitesse et la précision. Les réseaux sociaux permettent de récolter énormément de données sur les utilisateurs et d’adapter les messages en fonction de leurs émotions, de leurs habitudes ou de leurs opinions. « Nos cerveaux n’ont pas changé, mais nos outils d’information ont changé », a-t-il résumé pendant la conférence. 

Les deux spécialistes ont finalement rappelé que les campagnes de propagande les plus efficaces ne reposent pas toujours sur des mensonges complets. Souvent, elles utilisent des faits réels présentés de manière stratégique afin d’influencer les comportements, les croyances ou les émotions du public. 


Source : The Conversation

Salma Labiede
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