La solitude aux études supérieures : un malaise discret mais bien réel 

Par Salma Labiede 

La solitude durant les études supérieures, un passage presque obligé. 

Sur papier, les études à l’université ou au cégep ont tout pour séduire. Nouveau départ, autonomie, rencontres, découvertes. Pourtant, pour bien des personnes étudiantes, la réalité est moins lumineuse. Une fois l’effervescence du début de session passée, un sentiment plus diffus s’installe : celui d’être seul, même entouré. 

Dans les corridors achalandés ou les classes pleines, il est facile de passer inaperçu. Personne ne remarque vraiment la personne étudiante qui mange seule entre deux cours ou qui quitte rapidement après un laboratoire. La solitude ne fait pas de bruit. Elle est discrète, souvent invisible, et c’est peut-être pour cela qu’on en parle si peu dans les milieux universitaires et collégiaux. 

Pour plusieurs, tout commence par un changement de milieu de vie. Quitter sa région, ses repères, parfois son réseau social, pour s’installer dans une nouvelle ville. Recréer des liens prend du temps, demande de l’énergie et une certaine aisance sociale que tout le monde ne possède pas. Contrairement au secondaire, les interactions aux études supérieures sont souvent plus ponctuelles. On partage un cours, on collabore à un travail d’équipe, mais les occasions de créer des liens durables restent limitées. 

Même les personnes étudiantes qui semblent bien entourées peuvent ressentir ce vide. La solitude ne se mesure pas au nombre de contacts, mais à la qualité des relations. Certains parlent d’un sentiment de décalage, comme si elles ou ils occupaient une place sans vraiment s’y sentir à leur place. Les réseaux sociaux viennent parfois amplifier ce malaise : en voyant défiler des images de vies étudiantes idéalisées, plusieurs ont l’impression d’être en marge de l’expérience attendue. 

Des conséquences à ne pas négliger 

Les conséquences sont bien réelles. Baisse de motivation, fatigue mentale, anxiété. Dans certains cas, ce sentiment d’isolement peut même nuire à la persévérance scolaire. Pourtant, il demeure difficile d’en parler. Il existe encore une pression implicite voulant que les études supérieures soient une période enrichissante, stimulante, voire épanouissante. Reconnaître qu’on s’y sent seul peut alors être perçu comme un échec personnel. 

Des ressources existent pourtant dans les universités et les cégeps : services psychosociaux, associations étudiantes, activités d’intégration. Mais ces mesures reposent souvent sur une démarche individuelle. Or, lorsque la solitude s’installe, faire le premier pas devient justement plus difficile. 

Mieux reconnaître cette réalité serait déjà un pas important. Créer des espaces plus accessibles, favoriser des échanges simples et sans pression, encourager des initiatives à plus petite échelle pourraient contribuer à briser l’isolement. La solitude aux études supérieures n’est ni rare ni marginale. Elle fait partie du vécu de nombreuses personnes étudiantes, même si elle reste souvent dans l’ombre. En en parlant davantage, il devient possible, au moins, de ne plus la vivre seul. 


Source : CTREQ

Salma Labiede
Journaliste at Journal Le Collectif   More Posts
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