Par Salma Labiede

À l’heure où les débats sur l’équité, les droits et les institutions se multiplient, une question revient avec insistance : les jeunes font-ils encore confiance au système de justice ? Entre méfiance grandissante et attentes élevées, le rapport des nouvelles générations à l’institution judiciaire semble plus complexe que jamais.
Selon plusieurs études récentes, la confiance des jeunes envers le système de justice est en baisse, sans pour autant s’effondrer complètement. Une partie d’entre eux reconnaît l’importance des tribunaux et des lois dans le maintien de l’ordre social. Toutefois, cette confiance est souvent nuancée par des critiques sur l’accessibilité, la lenteur des procédures et le sentiment d’inégalités devant la loi.
Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la formation de ces perceptions. Les jeunes y sont exposés à une multitude d’informations, de témoignages et de vidéos mettant en scène des interventions policières ou des décisions judiciaires controversées. Si ces contenus permettent de sensibiliser à certaines injustices, ils contribuent aussi parfois à alimenter une vision partielle ou amplifiée des dysfonctionnements du système.
Par ailleurs, plusieurs jeunes expriment un sentiment de distance face à une institution qu’ils jugent complexe et difficile à comprendre. Le langage juridique, souvent perçu comme inaccessible, renforce cette impression d’exclusion. Pour certains, le système de justice apparaît comme une structure éloignée de leur réalité quotidienne, voire comme incapable de répondre efficacement à leurs préoccupations.
Les enjeux liés aux discriminations influencent également la perception des jeunes, notamment chez ceux issus de communautés minoritaires. Plusieurs affirment douter de l’impartialité du système, évoquant des expériences personnelles ou des cas médiatisés où des biais semblent avoir joué un rôle. Ce scepticisme ne signifie pas nécessairement un rejet total, mais plutôt une demande de réformes et de transparence.
Rapprocher la justice des jeunes
Cependant, tout n’est pas négatif. De nombreux jeunes continuent de croire en l’importance de la justice et souhaitent y participer activement. Certains s’engagent dans des études en droit, dans des associations ou dans des mouvements citoyens pour promouvoir une justice plus équitable. Cette implication démontre qu’au-delà des critiques, il existe une volonté de transformation.
Les initiatives visant à rapprocher la justice des jeunes se multiplient. Programmes éducatifs, simulations de procès, campagnes d’information : autant d’efforts pour rendre le système plus accessible et compréhensible. Ces démarches contribuent à renforcer une confiance fondée sur la connaissance plutôt que sur la perception.
Alors, les jeunes font-ils confiance au système de justice ? La réponse oscille entre prudence et espoir. Si la confiance n’est plus acquise d’emblée, elle n’est pas non plus totalement perdue. Elle se construit désormais sur des attentes plus élevées en matière d’équité, de transparence et d’inclusion.
Dans un contexte de transformation sociale rapide, le défi pour les institutions judiciaires est clair : regagner et maintenir la confiance d’une génération exigeante, informée et désireuse de changement. Car sans cette confiance, c’est l’ensemble du contrat social qui pourrait être fragilisé.
Source : Statistique Canada
