La coupe budgétaire fragilise les services alimentaires des hôpitaux québécois 

Par Salma Labiede 

Les plateaux-repas des hôpitaux sont de plus en plus coûteux. 

Les services alimentaires des hôpitaux ne sont pas les premiers auxquels on pense lorsqu’il est question de compressions budgétaires. Pourtant, ils se retrouvent aujourd’hui en première ligne d’une crise silencieuse.  

Plusieurs établissements du Québec peinent désormais à offrir des repas sains et équilibrés aux patients, faute de ressources suffisantes. Chaque plateau, dont le coût doit être multiplié par le nombre d’usagers, représente une pression financière grandissante. 

Une flambée des coûts difficile à absorber 

L’inflation n’épargne pas le réseau de la santé. Selon des données rapportées par Le Journal de Montréal, « le coût d’un plateau de repas pour les patients au Québec a explosé jusqu’à 60 % depuis cinq ans, ce qui force les hôpitaux et les CHSLD à revoir leurs menus ». Cette hausse force les établissements à faire des choix difficiles. 

Dans certains centres hospitaliers, des stratégies ont été mises en place pour contenir les dépenses : réduction des portions, augmentation des options végétariennes et diminution des quantités de viande. Toutefois, ces solutions demeurent temporaires. « Elles ne permettront pas de contrer l’inflation à long terme », reconnaissent des gestionnaires du réseau. 

Les chiffres illustrent bien cette réalité. Au CIUSSS de l’Estrie, par exemple, le coût d’un repas est passé de 6,65 $ en 2018-2019 à 9,23 $ en 2024-2025, selon les rapports financiers des établissements de santé. 

Des initiatives écologiques pour réduire la facture 

Face à cette pression, certains hôpitaux innovent. L’abandon de la vaisselle jetable au profit de vaisselle réutilisable permet de réduire à la fois les coûts et l’empreinte écologique. La végétalisation des menus s’inscrit dans cette même logique, en diminuant la consommation de viande, plus coûteuse, tout en réduisant les émissions de carbone. 

D’autres initiatives visent la gestion des déchets. L’Hôpital Notre-Dame, par exemple, a recours à un biodigesteur pour traiter les restes alimentaires, réduisant ainsi les frais liés aux conteneurs à déchets. 

Moins de personnel, plus de contraintes 

Les compressions budgétaires ont également un impact sur les ressources humaines. Dans certains établissements, des chefs ont été congédiés afin de préserver le budget consacré aux aliments eux-mêmes. Les employés en place doivent désormais suivre des procédures strictes pour éviter le gaspillage, notamment en respectant rigoureusement les quantités prévues. 

Un gaspillage alimentaire préoccupant 

Malgré ces efforts, le gaspillage demeure un enjeu majeur. Selon les données rapportées, près de la moitié des plateaux servis reviennent avec des restes non consommés. Au total, les hôpitaux et les CHSLD jetteraient environ 5 millions de dollars de nourriture chaque année. 

Certaines analyses permettent de mieux comprendre ce phénomène. Les soupes, par exemple, figurent parmi les aliments les moins populaires : « environ 37 % des soupes servies ne sont pas consommées ». 

Un équilibre difficile à atteindre 

Entre inflation, compressions budgétaires et gaspillage, les services alimentaires des hôpitaux québécois sont confrontés à un défi de taille : offrir des repas de qualité tout en respectant des contraintes financières de plus en plus serrées. Une équation complexe, dont les solutions restent, pour l’instant, partielles. 


Crédit : Linkedin

Salma Labiede
Journaliste at Journal Le Collectif   More Posts
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