Rédigé par Sara Lou Goddard

Le gouvernement pakistanais a déclaré une « guerre ouverte » contre l’Afghanistan le 27 février dernier. Les combats se déroulent principalement le long de la ligne Durand, frontière contestée entre les deux pays. Des affrontements retentissent toutefois dans plusieurs zones frontalières, combinant frappes aériennes et attaques contre des positions militaires, provoquant d’importants déplacements de population, et a déjà causé la mort de nombreuses personnes civiles.
Depuis la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan en 2021, Islamabad accuse le gouvernement afghan de tolérer, voire d’abriter, des membres du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), responsables de plusieurs attentats meurtriers au Pakistan. À partir de 2024, les incidents se multiplient le long de la ligne Durand, notamment par des échanges de tirs, des attaques contre des postes militaires et des frappes aériennes pakistanaises. En octobre 2025, une frappe visant un chef du TTP à Kaboul déclenche alors une série d’opérations de représailles de la part des talibans afghans.
La montée des tensions
Le conflit a connu une brusque escalade à la fin de février 2026. En réaction à de nombreuses attaques récentes dans le nord-ouest du Pakistan, dont un attentat-suicide ayant entraîné 40 morts le 6 février dans une mosquée chiite, Islamabad a lancé des bombardements en territoire afghan le 22 février. L’armée pakistanaise a alors orchestré plusieurs frappes aériennes dans l’est du pays, notamment dans les provinces de Nagarhar et de Paktika, affirmant viser des camps du TTP.
Les autorités afghanes ont aussitôt dénoncé une violation de leur souveraineté et affirmé que les frappes ont affecté des zones civiles, causant plusieurs morts, dont des femmes et des enfants. En réponse, les forces talibanes afghanes ont entamé, le 26 février, des ripostes offensives contre des postes militaires pakistanais le long de la frontière.
Le 27 février, Islamabad a déclaré la « guerre ouverte » avec l’Afghanistan. « Notre patience a atteint ses limites. C’est désormais la guerre ouverte entre nous et vous », a écrit sur X le ministre de la Défense du Pakistan, Khawaja Asif.
Dans les jours qui ont suivi, les affrontements se sont amplifiés, notamment dans les régions de Kaboul et de Kandahar, où réside le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada. Les tentatives de médiation diplomatique, notamment menées par l’Arabie saoudite et le Qatar, demeurent pour l’heure infructueuses. Les États-Unis, pour leur part, ont déclaré soutenir le Pakistan dans son droit « à se défendre contre les attaques des talibans ».
Les personnes civiles, prises dans l’engrenage du conflit
Les impacts humanitaires sont déjà considérables. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), les affrontements ont entraîné la fuite d’environ 20 000 familles dans plusieurs provinces, tandis que le gouvernement afghan évoque plus de 8 000 personnes déplacées. Par ailleurs, près de 160 000 personnes ont été affectées par la suspension des distributions alimentaires d’urgence, et plus d’une centaine de personnes civiles auraient été tuées.
Les combats, toujours en cours, font craindre une détérioration de la situation régionale et aggravent une crise humanitaire déjà profonde en Afghanistan, où l’insécurité et les déplacements de population fragilisent davantage des communautés déjà éprouvées.
Source : Getty Images
