Rémi Brosseau-Fortier

Le rapport annuel de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) confirmait récemment que le Canada a atteint, en 2025, la cible de 2 % de son PIB annuel affecté aux dépenses en défense. C’est la première fois depuis la fin des années 1980 que le Canada atteint cette cible.
Depuis 2014, les États membres de l’OTAN s’étaient engagés à atteindre ce seuil de dépenses afin de faire leur « juste part » dans la défense collective.
Un simple jeu de comptabilité ?
L’atteinte de la cible des 2 % en 2025, soit sept ans plus tôt que les prévisions sous le gouvernement Trudeau, s’explique par l’injection de neuf milliards de dollars dans le budget de la défense. Au total, le Canada a dépensé 63 milliards de dollars en 2025. Selon le rapport de l’OTAN, le pourcentage de dépenses en défense est donc passé de 1,43 % en 2024 à 2,00 % en 2025.
Du côté des partis d’opposition, le Parti conservateur et le Bloc québécois ont exprimé du scepticisme face aux effets concrets des politiques de défense du gouvernement libéral. En entrevue avec Le Devoir, Pierre Paul-Hus a qualifié les 2 % « d’une illusion, de comptabilité créative ». Selon le député conservateur, la croissance des dépenses est le résultat de la redirection d’enveloppes budgétaires, telles que celles de la Garde côtière et des pensions pour les anciens combattants vers la défense nationale.
Pour la députée bloquiste Christine Normandin, porte-parole du Bloc québécois en matière de défense, l’augmentation des salaires des militaires augmente effectivement la part du PIB associé à la défense. Toutefois, elle juge que cela ne se traduit pas nécessairement en de meilleures capacités opérationnelles sur le terrain pour défendre concrètement le Canada.
Un virage coûteux pour la défense
Le 5 février 2026, le Bureau du Directeur parlementaire du budget tirait la sonnette d’alarme dans un rapport : investir 5 % du PIB canadien annuel dans la défense pourrait avoir des « répercussions financières ».
Pour atteindre ce résultat, le Canada devrait investir en moyenne 33,5 milliards de dollars chaque année dans la défense d’ici 2035. L’incidence de ses dépenses militaires sur le déficit budgétaire serait non négligeable. Celui-ci passerait de 0,1 point de pourcentage du PIB en 2026-2027, soit trois milliards de dollars, à 1,4 point de pourcentage du PIB en 2035-2036, c’est-à-dire 63 milliards de dollars.
Ainsi, les investissements accrus en défense font craindre l’austérité budgétaire et des coupures dans les programmes jugés non essentiels à la sécurité nationale. Par exemple, en novembre 2025, le gouvernement Carney a prévu des coupes de 2,7 milliards de dollars sur quatre ans dans l’aide internationale octroyée pour des projets de santé mondiale.
En janvier 2026, ce sont 3 701 fonctionnaires d’Affaires mondiales Canada qui ont été touchés par des compressions d’effectifs. Le lancement en février 2026 de la Stratégie industrielle de défense du Canada confirme l’orientation résolument « réaliste » dans un contexte de réarmement mondial.
Source : Getty Images
