Par Maxim Bonneville

Du 23 mars au 2 avril, plus de 1 800 organismes communautaires du Québec ont fait la grève (complète, ou partielle) pour dénoncer, entre autres, les conditions de travail des personnes employées et le manque de financement. C’est sous le slogan « Communautaire à boutte » et avec des tissus rouges noués aux poignets que les travailleurs et travailleuses se sont mobilisés de différentes manières. Les impacts sont pour le moment difficiles à identifier, mais d’autres mobilisations auront lieu pour tenter d’augmenter le financement alloué au milieu communautaire.
Le mouvement « Communautaire à boutte » est né à Shawinigan et dans Mékinac à la suite d’un constat commun : les organismes communautaires n’y arrivent plus. Selon les porte-paroles du mouvement, Mathieu Gélinas, Caroline Chartier et Sophie Thériault-Martel, les milieux font face à des demandes de services plus fréquentes, mais sont contraints à jongler avec des problèmes au niveau du financement, des conditions de travail des personnes employées et de la reconnaissance de leurs compétences.
La solidarité de la Mauricie a provoqué une onde de choc au Québec. Le 23 mars dernier, 1 622 organismes communautaires ont annoncé une grève partielle ou complète de leur milieu. Puis, le 26 mars, trois jours plus tard, le nombre d’organismes en grève montait à 1 809. Pour la région, cette mobilisation est l’une des plus importantes récemment déployées.
Des mobilisations généralisées
Ce n’est pas par hasard si le mouvement s’est propagé aussi rapidement, car bien que les missions et les régions varient, ces manifestations ont lieu dans pratiquement toutes les villes et MRC. Par exemple, à l’Éveil de Coaticook, une ressource communautaire en santé mentale, l’équipe de direction a dû lancer le 16 mars dernier une campagne de sociofinancement afin de maintenir son service de travail de rue.
Sur sa page Facebook, on peut lire que « chaque jour, ces intervenant.es vont à la rencontre des jeunes, des personnes en situation d’itinérance et de toute personne vivant une période difficile. Leur présence fait une réelle différence : prévention, écoute, accompagnement, référence, création de lien (…) Aujourd’hui, ces postes sont menacés. »
Les difficultés et enjeux que ces organismes vivent au quotidien ont semblé faire naitre une solidarité à travers le Québec. Ensemble, ces organismes dénoncent les conditions de travail des travailleurs et travailleuses, le financement insuffisant à la mission, le manque de reconnaissance des organismes, la fragilité de l’autonomie, le financement précaire et le manque d’investissement dans le modèle communautaire.
Des actions près de chez nous
En Estrie, de nombreuses cellules locales ont créé leurs propres évènements de sensibilisation, en plus de participer aux mobilisations provinciales. À Coaticook, les organismes communautaires de la MRC se sont donné rendez-vous le 23 mars au parc Chartier pour un point de presse et une soupe populaire. Corinne Hamelin, porte-parole de la cellule locale du mouvement à Coaticook et directrice générale de la maison de la famille de Coaticook, a pris la parole avec un message simple : « Si rien ne change, les services seront réduits et des portes vont fermer. »
Différentes personnes du milieu communautaire étaient présentes, mais pas seulement. Francis Riendeau de la Chambre de commerce et d’industrie de la région de Coaticook, et Anick Nadia Gauthier, mairesse d’East Hereford, étaient aussi sur place pour démontrer leur appui. L’élue a pris la parole en signe de solidarité.
« Les organismes communautaires nous soutiennent. Ce milieu travaille avec nous pour qu’on ait une communauté forte. L’entraide est au cœur de notre réalité. Derrière chaque service offert, il y a des gens engagés et proches de leur communauté qui font une différence concrète dans la vie des citoyens. Aujourd’hui, on se rassemble pour reconnaitre cette contribution essentielle », a-t-elle mentionné.
Une importante mobilisation à Sherbrooke
À Sherbrooke, c’est le 27 mars que les organismes se sont donné rendez-vous. C’est donc dans le cadre d’un rassemblement au Marché de la gare que les personnes présentes ont pu assister à des prises de parole et des cris du cœur des représentants et représentantes des différents organismes et milieux. Ensuite, les personnes participantes se sont dirigées vers l’Hôtel de Ville de Sherbrooke à pied, en faisant un arrêt au coin King / Belvédère. Des craies colorées ont été distribuées aux personnes manifestantes qui ont pu écrire des messages dans les rues. Arrivées devant l’Hôtel de Ville, les personnes participantes ont été accueillies par une soupe populaire.
Au cours des deux semaines de grève, les organismes ont été très présents sur les réseaux sociaux. Les milieux ont partagé des statistiques, des revendications et même un poisson d’avril qui annonçait, faussement, leur fermeture définitive. L’impact est non négligeable, car à ce jour, 18 000 personnes suivent la page Facebook officielle du mouvement.
Un mouvement commun
La dernière journée de mobilisation s’est déroulée dans la Capitale-Nationale, le 2 avril. Les organismes de partout au Québec se sont donné rendez-vous devant le parlement pour faire entendre leurs voix et revendications. En Estrie, 14 autobus scolaires ont transporté divers acteurs du communautaire vers la mobilisation. Selon les personnes organisatrices, près de 10 000 personnes, issues des 17 régions administratives, étaient présentes.
Le premier ministre sortant, François Legault, a remercié les organismes communautaires pour leur travail lors de sa dernière période de questions, tout en soulignant que le budget du communautaire a été doublé. Il a conclu en déclarant qu’il souhaite que ceux et celles qui vont le remplacer continuent le travail commencé.
Il est encore trop tôt pour voir les impacts des mobilisations. Cependant, les personnes instigatrices du mouvement comptent continuer sur cette lancée pour le moment. En effet, d’autres actions sont entamées, notamment vers la mi-avril pour contester la nouvelle chefferie caquiste.
Crédit : Maxim Bonneville
