Attention au soleil ! 

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Chaque coup de soleil fait augmenter le risque d’avoir un mélanome. 

Ça y est! Le printemps est (enfin) arrivé, la promenade du lac des Nations est bondée de personnes qui font de la course à pied, du vélo ou de la marche, et le soleil se pointe de plus en plus le bout du nez. Cependant, ce soleil, il faut s’en méfier.  

Dans le documentaire La face cachée du soleil, sorti la semaine dernière sur ICI Tou.tv, Sophie Thibault et Marie-Ève Richard-Tougas unissent leurs voix pour réveiller les consciences face aux dangers du soleil et veulent comprendre la montée inquiétante des cancers de la peau. Elles-mêmes atteintes de ce cancer, elles tentent, à travers des entrevues, des témoignages et des réflexions, de comprendre et de transmettre qu’il n’existe aucune forme de bronzage « saine ». Que les gens appliquent en moyenne de deux à quatre fois moins de crème solaire qu’ils le devraient. Que la crème solaire ne doit surtout pas servir de « permission » pour bronzer — on doit chercher l’ombre en milieu de journée et se couvrir de vêtements. Et il faut protéger les enfants. Les cancers de la peau qu’on développe à 50, 60 ans sont généralement la conséquence de coups de soleil survenus en bas âge.  

De plus en plus de personnes passent du temps au soleil sans protection. Depuis l’année dernière, une tendance est à la hausse sur les réseaux sociaux : les « tan lines », « burn lines » ou « sun tattoos ». Le principe ? Ne pas mettre de crème solaire ou de protection et se faire bronzer intensément afin d’obtenir une démarcation nette entre les coups de soleil/le bronzage et la peau couverte par le maillot de bain, par exemple.  

Selon les dermatologues, ce mouvement est dangereux, puisqu’il existe bel et bien un lien direct entre les coups de soleil et le cancer de la peau qui est en constante augmentation. De plus, la désinformation en ligne encourage les jeunes à rejeter l’usage de la lotion solaire. 

Des statistiques inquiétantes 

Une étude menée auprès de 77 000 personnes au Canada entre 2011 et 2018, publiée l’année dernière par le Dr Ivan Litvinov, scientifique à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill et professeur agrégé de dermatologie, a démontré qu’environ 75 % des personnes sondées passent au moins 30 minutes au soleil entre 10 h et 16 h lors de leurs journées de congé, dont près de la moitié le font pendant plus de deux heures. Près de 60 % des jeunes de 18 à 29 ans disent passer plus de deux heures au soleil d’affilée, comparativement à 27 % pour les personnes de plus de 70 ans.  

Environ 64 % utilisent rarement ou jamais un écran solaire pour le corps et 58 % en utilisent rarement ou jamais pour le visage. La majorité des personnes qui utilisent de la lotion solaire optent pour un produit avec un FPS de 30 ou plus. L’usage de protection solaire augmente avec l’âge. 

Près de 70 % portent rarement ou jamais un chapeau ou des vêtements longs. Cependant, 65 % des personnes sondées disent qu’elles portent régulièrement des lunettes de soleil. Cette enquête révèle également qu’un Canadien ou une Canadienne sur trois a eu un coup de soleil au cours de la dernière année. « Nous ne mettons pas suffisamment la société en garde contre les dangers du cancer de la peau », souligne le Dr Ivan Litvinov. 

Un documentaire qui fait réfléchir 

L’envie de faire attention nous habite après avoir visionné le documentaire La face cachée du soleil. Il nous montre les ravages de cet astre pourtant si attrayant. En 2023, Sophie Thibault s’était absentée de son travail de cheffe d’antenne pour traiter les carcinomes qui parsemaient son visage, conséquence d’une trop grande exposition au soleil. À l’écran, on voit défiler des photos de son visage criblé de brûlures au troisième degré. Le documentaire montre aussi la reconstruction du visage d’Audrey, une femme chez qui le chirurgien a prélevé un lambeau de peau pour reconstruire son nez attaqué par le cancer.  

Marie-Ève Richard-Tougas — l’instigatrice du documentaire — a reçu un diagnostic de mélanome à 24 ans. Un grain de beauté lui démangeait, et la dame du salon de bronzage qu’elle fréquentait lui avait conseillé de consulter un médecin. Les mélanomes représentent 5 % des cancers de la peau diagnostiqués, mais ils sont responsables de la vaste majorité des décès, parce qu’ils peuvent s’infiltrer en profondeur. 

En 2021, soit 16 ans plus tard, Marie-Ève Richard-Tougas a remarqué une petite bosse à l’aine. Une récidive au ganglion. Des taches ont par la suite été détectées sur ses poumons. La mère de famille a pu bénéficier de l’immunothérapie, un traitement qui a beaucoup amélioré le pronostic des mélanomes avancés. 

Sans vouloir alarmer toute la population, ce que les acteurs et actrices du documentaire espèrent, c’est que les décideurs puissent promouvoir certaines pratiques afin de mettre en place des solutions envisageables, comme lancer des campagnes de sensibilisation comme en Australie ; accorder une exemption de taxes sur les écrans solaires et en offrir dans les banques alimentaires ; penser à l’ombre dans l’aménagement des villes ; adopter des lois pour protéger les travailleuses et travailleurs extérieurs (beaucoup plus à risque) et s’attaquer aux salons de bronzage.  


Source : iStock

Sarah Gendreau Simoneau
Rédactrice en chef et directrice du volet production, auparavant cheffe de pupitre SPORTS ET BIEN-ÊTRE at Journal Le Collectif  redaction.lecollectif@USherbrooke.ca  Web   More Posts

Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.

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