Par Elizabeth Gagné

La Galerie d’art Antoine-Sirois prépare sa rentrée avec une nouvelle exposition qui prendra vie du 17 septembre au 19 décembre. Présences troubles promet d’être l’une des expositions les plus intéressantes et surprenantes de la galerie à ce jour.
Roxanne Labrèche P., commissaire de l’exposition, est tout particulièrement excitée par cette rentrée culturelle. L’exposition interroge les métamorphoses du corps et de l’esprit à travers des œuvres réalisées avec minutie par trois artistes au talent peu commun, reconnues sur la scène canadienne contemporaine.
Sarah Cloutier : peindre le quotidien à l’ère numérique
Sarah Cloutier est une jeune artiste originaire de Sherbrooke et basée à Montréal. Diplômée d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQAM en 2025 et d’un baccalauréat en arts visuels de l’Université Concordia en 2022, avec une mineure en sociologie, Sarah Cloutier s’est déjà illustrée dans deux expositions solos. Artiste prolifique, elle compte également plusieurs œuvres acquises par des collectionneurs privés et certaines collections. L’une d’entre elles a même trôné à la station Berri-UQAM à la suite du concours Prochaine station, qu’elle a remporté en 2025.
Sa démarche artistique s’intéresse au rôle de la peinture comme moyen de prendre une distance critique face à un quotidien devenu parfois absurde et banal. Inspirée par la tradition du réalisme du XIXe siècle, qui accorde à la peinture un rôle dans la prise de conscience, sa recherche tend ainsi à représenter la réalité humaine à l’ère du numérique. Son travail propose un mélange entre la technique du cubisme de Picasso et la critique sociétale contemporaine des murales de Diego Rivera.
Les œuvres de Sarah Cloutier se distinguent par leur esthétique fascinante, à la fois captivante et dérangeante.
Elisabeth Perrault : le textile comme seconde peau
Elisabeth Perrault travaille avec le textile depuis déjà plusieurs années. Artiste bien établie à Montréal, Perrault s’exprime à travers des installations sculpturales en textile et en céramique dans lesquelles se mêlent formes humaines, objets du quotidien et matières organiques, créant ainsi des allégories surréalistes.
Ce qu’on qualifie communément d’artisanat, notamment les techniques de transformation manuelle, constitue le fondement de son processus créatif. Le fait main découle chez elle d’un besoin d’expression et d’existence. Le textile étant traditionnellement associé aux femmes et aux espaces domestiques, Elisabeth Perrault a appris à coudre durant son enfance en observant les femmes de son entourage. Aujourd’hui, elle célèbre la femme à travers l’art du textile.

Comme une seconde peau, les trois sculptures qui seront exposées à la galerie représentent des autoportraits du corps de l’artiste à différents moments de sa vie. Tel un moule, elle coud des tissus directement sur ses membres afin d’en épouser les formes. Le résultat est médusant, presque fantomatique.
Winnie Truong : entre le corps et la nature
La dernière artiste exposée à la galerie est Winnie Truong, une artiste torontoise qui utilise le dessin et l’animation afin d’explorer les idées d’identité, de féminisme et de fantaisie, ainsi que leurs liens et leurs transgressions dans le monde naturel.
Abordant la végétation dans un amalgame presque génital, avec ici et là des rappels du corps humain, ses œuvres explorent la relation entre le corps et la nature. Ayant acquis une renommée internationale, elle a notamment été artiste en résidence à Gotland, en Suède.
Son animation Seed Vault sera projetée lors de l’exposition. Ses dessins au crayon représentent un écosystème en perpétuelle régénération, inspiré de la Réserve mondiale de semences du Svalbard. À travers cette métaphore de la conservation et de la survie, l’artiste ouvre une réflexion plus large sur ce qui mérite d’être protégé : si l’humanité juge essentiel de préserver les semences pour assurer l’avenir du vivant, le corps des femmes ne constitue-t-il pas lui aussi un précieux réservoir de mémoire, de création et de continuité qu’il convient de protéger?
Trois artistes, une réflexion sur le corps
Présences troubles réunit donc trois artistes aux techniques diverses, qui entretiennent toutes un rapport particulier au corps et aux transformations qui le traversent. Selon Roxanne, l’exposition « propose une réflexion sur le corps et l’esprit comme des entités mouvantes, transformées par les avancées technologiques, les bouleversements environnementaux et le passage du temps. L’esprit y est envisagé comme un espace tout aussi modulable que le corps, influencé, altéré et reconfiguré par ces mêmes forces. En s’inscrivant dans une perspective contemporaine, mais teintée d’un imaginaire spéculatif, l’exposition transporte le public dans un monde où le corps devient les vecteurs sensibles de mutations imposées, révélant les tensions entre adaptation, altération et résilience, et les répercussions de ces transformations sur l’esprit ».
Chaque œuvre s’impose ainsi par une présence trouble, entre familiarité et étrangeté, réalité et transformation.
Le vernissage, dont la date sera dévoilée sous peu, sera l’occasion de rencontrer quelques artistes de l’exposition dans une atmosphère conviviale. L’accès à la galerie est gratuit pour les personnes étudiantes de l’Université de Sherbrooke. Plusieurs activités organisées par la galerie feront également leur retour cette année, dont le fameux Pinceau et goulot. En primeur, Roxanne Labrèche P. organisera une discussion entre l’une des artistes de l’exposition Présences troubles et un professeur ou une professeure de l’Université, dans le cadre d’un échange qui s’annonce intéressant. Plus de détails viendront.
Crédits : Sarah Cloutier et Elisabeth Perrault.

Elizabeth Gagné
Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Depuis 2022, elle travaille de pair avec ses collègues à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la Faculté d’éducation.
