La mission de l’Usine-école  

Par Elizabeth Gagné  

L’Usine-école permet à des membres de la communauté étudiante de toutes les facultés de s’impliquer dans des projets étudiants, de recherche ou encore des stages.   

Depuis près de quatre ans, le Studio de création abrite un colocataire singulier, visible par ses immenses cuves derrière la façade vitrée du bâtiment en face de l’École de gestion, sur le Campus principal. L’Usine-école est bien plus qu’un simple complexe brassicole. C’est un OBNL aux multiples facettes, géré par des personnes étudiantes pour la communauté étudiante.  

L’Usine-école a entamé en 2026 sa quatrième année d’existence à l’Université de Sherbrooke. Pourtant, ce projet a nécessité huit ans de conception et de préparation avant de lancer officiellement ses activités en 2023. Si l’Usine-école demeure encore méconnue, c’est parce qu’il s’agit d’un organisme à but non lucratif qui agit comme un véritable pôle d’apprentissage au-delà de la simple fabrication de bière. Les témoignages de personnes aux parcours et aux rôles différents ont permis de mieux saisir son fonctionnement, mais aussi ses enjeux et ses possibilités. 

La fabrication de bière n’est pas une activité récente à l’Université de Sherbrooke. Depuis le début des années 2000, un regroupement étudiant appelé SherBroue brassait de la bière dans les locaux de la Faculté de génie. D’ailleurs, ce regroupement existe toujours.  

Le plus important partenaire de l’Usine-école est la microbrasserie Le Siboire, institution bien connue à Sherbrooke. Ses copropriétaires, Jonathan Gaudreault et Pierre-Olivier Boily, ont fait un don philanthropique de plus d’un million de dollars sous forme d’équipements, de matières premières et d’argent afin de concrétiser le projet. Selon Jonathan Gaudreault, son passage au sein de SherBroue a joué un rôle déterminant dans la création de la microbrasserie à réputation grandissante, qui compte aujourd’hui plusieurs succursales au Québec ainsi qu’un établissement en France, dans les Pyrénées.  

Avec un conseil d’administration majoritairement composé de personnes externes cumulant une diversité d’expériences, de personnes étudiantes et de membres du corps professoral, cet OBNL a pour mission d’offrir des activités pédagogiques et de recherche ainsi qu’un soutien à la communauté, tout en atteignant des objectifs de rentabilité comme doit le faire une véritable entreprise. Une double réalité qui cohabite parfois difficilement.  

La place des personnes étudiantes et de la pédagogie  

Trois principales équipes composent l’Usine-école. D’abord, le conseil d’administration, composé de professeurs, d’experts et des copropriétaires du Siboire, agit à titre de mentor en supervisant les opérations et en veillant au respect de la mission de l’organisme.  

Ensuite, l’équipe de gestion divisée en quatre départements — ressources humaines, marketing, finances et ventes —, assure la gestion quotidienne de l’Usine-école. Cette équipe est entièrement composée de personnes bénévoles de la communauté étudiante.  

Enfin, l’équipe responsable du développement de produits, soit les brasseurs et brasseuses, également composée d’étudiants et d’étudiantes bénévoles, parfois membres de SherBroue, a pour mandat de faire avancer la recherche, de développer de nouveaux produits et d’accompagner les projets étudiants visant à créer une bière.  

Loin d’être laissées à elles-mêmes, les personnes étudiantes qui composent l’équipe de l’Usine-école ont l’occasion d’acquérir des compétences complémentaires à leur programme d’études. Pour plusieurs, il s’agit de leur seule occasion de développer une véritable expérience entrepreneuriale. C’est notamment le cas de Thomas Morin, étudiant au baccalauréat en génie biotechnologique et directeur financier depuis trois ans, ainsi que de Samuel Deschênes, directeur général de l’Usine-école et étudiant au baccalauréat en génie mécanique.  

Leur témoignage permet de mesurer l’importance des occasions offertes par l’Usine-école. Thomas se dit particulièrement fier de son parcours. Ayant toujours eu un intérêt pour la finance, il explique que l’Usine-école lui a permis d’acquérir de véritables compétences en gestion, un aspect peu abordé dans son programme. « Au fil des années, j’ai commencé à prendre de l’initiative et à développer mon leadership. Je suis maintenant vraiment à l’aise avec le logiciel de comptabilité. J’ai appris énormément de choses en gestion que le génie ne nous enseigne pas. »  

Pour Samuel, qui occupait auparavant le poste de directeur adjoint, l’Usine-école représentait d’abord une occasion de développer des compétences complémentaires à sa formation. Il y a appris à rédiger des contrats, à communiquer avec des partenaires, à coordonner des équipes, à animer des rencontres et à assurer le suivi auprès du conseil d’administration.  

Pour Steve Dussault, coordonnateur de l’Usine-école, mentor et maître brasseur responsable de la production, les possibilités d’apprentissage sont immenses. « L’Usine-école devrait être vue comme une plateforme de projets. En ce moment, elle est sous-estimée et sous-utilisée. Le domaine brassicole devrait être considéré comme un prétexte pour créer des occasions d’apprentissage. »  

Selon lui, les étudiants et étudiantes, les professeurs et les différents programmes devraient davantage utiliser l’Usine-école comme laboratoire d’apprentissage expérientiel. Avec un peu d’imagination, les possibilités deviennent presque infinies. « Pourquoi ne pas utiliser l’Usine-école en sciences humaines pour réfléchir à la place de l’alcool dans nos sociétés ? propose-t-il. Nous avons déjà eu deux groupes d’étudiants en environnement qui ont réalisé des rapports sur l’impact environnemental de l’Usine-école.  

L’avenir de l’Usine-école  

L’Usine-école doit composer avec deux réalités qui entrent parfois en conflit. D’un côté, il y a sa mission pédagogique ; de l’autre, les impératifs d’une entreprise.  

Steve, Samuel et Thomas soulignent tous ce défi : trouver un équilibre entre ces deux vocations. Pour continuer d’exister et d’offrir des occasions d’apprentissage uniques au pays, l’Usine-école doit vendre ses produits. Or, en raison de sa mission éducative, la place accordée à l’alcool et à sa commercialisation suscite certaines réserves au sein de la direction de l’Université. Une chose demeure toutefois certaine : afin d’assurer sa pérennité et de continuer à redonner à la communauté étudiante, l’Usine-école devra consolider ses sources de financement.  

Le 4 août dernier, l’équipe de direction a d’ailleurs mis en place un point de vente ouvert les mardis et jeudis sur l’heure du dîner, où il est désormais possible d’acheter directement les produits de l’Usine-école. 

Également, un important projet de conception a été lancé en génie afin de développer, avec des personnes étudiantes, un prototype d’encanneuse mobile et portative destiné à l’Usine-école. Il est toujours possible de solliciter l’aide de l’organisation pour divers événements, qu’ils aient lieu sur le campus, comme les soirées 5@8 ou des conférences, ou en dehors de l’Université. L’organisme est constamment à la recherche de personnes pour assurer le service lors de ces événements. Il s’agit d’une occasion de découvrir l’Usine-école tout en gagnant un peu d’argent, puisqu’une partie des revenus générés est redistribuée aux étudiants et aux étudiantes qui participent aux activités.  

N’hésite pas à consulter le catalogue de produits de l’Usine-école et à t’abonner à ses réseaux sociaux afin de suivre ses événements et de rester informé des dernières nouveautés.  


Crédit : Fabienne Théis

Elizabeth Gagné
Cheffe de pupitre CULTURE  culture.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts

Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Depuis 2022, elle travaille de pair avec ses collègues à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la Faculté d’éducation.

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