Raid marocain en Espagne 

Par Médéric Dens 

Les images ont choqué à l’international alors que l’on peut voir des centaines de personnes tomber en tentant d’escalader les murs qui séparent l’Espagne du Maroc.  

Des dizaines de milliers de personnes marocaines se sont emparées de Ceuta, une ville autonome espagnole partageant ses frontières avec le Maroc. Des images qui choquent alors que l’instabilité règne, mais que la raison derrière ce raid reste ambigüe.  

Ceuta est une ville espagnole de 18,5km2 située sur la pointe nord-est du Maroc, et à peine plus de 80 000 personnes y habitent. Séparée par le détroit de Gibraltar, cette ville a pourtant été la victime d’une arrivée massive d’entre 50 à 60 000 personnes marocaines, et ce, en seulement quelques heures.  

Un peu d’histoire 

Depuis le 15e siècle, l’Espagne et le Portugal se partageaient cette petite partielle africaine, qui restera finalement sous emprise espagnole et intégrera même l’Union européenne en 1986, au même moment que l’Espagne. Or, seulement 55% des personnes ceutiennes sont en réalité espagnoles et parlent le castillan, contre 45% de personnes d’origine marocaine qui, elles, parlent l’arabe ceutien. 

Qu’est-ce qui explique cette situation ? 

Ce n’est pas la première fois qu’un tel événement se produit. En 2024, une situation similaire s’est produite à Ceuta, où plusieurs centaines de personnes sont entrées à la nage, dont au moins 50 enfants. En 2021, elles étaient 8 000 à s’introduire dans la ville.  

Dans les deux cas, les réseaux sociaux ont largement contribué à organiser ces mouvements migratoires, notamment par le biais d’appels à contester les liens Espagne-Algérie, qui créent énormément de tension avec le Maroc. En effet, depuis plusieurs années, le premier ministre espagnol Pedro Sanchez répète ses tentatives de réconciliation avec l’Algérie. Le Maroc a critiqué la rencontre entre Pedro Sanchez et Abdelmadjid Tebboune, président algérien, le 20 juillet dernier, qui avait pour but de « dégeler les relations ». L’Algérie conteste, quant à elle, la possession marocaine du Sahara occidental, provoquant l’ire du Maroc.  

Parallèlement, la Cour suprême espagnole a annoncé, le 29 juin dernier, que la procédure visant à expulser de forces les personnes migrantes espagnoles, principe s’appliquant à l’Espagne continentale, ne s’applique pourtant pas aux personnes entrant à Ceuta ou à Melilla, laissant sous-entendre que quiconque pourrait possiblement s’introduire dans l’Espagne dite « non-continentale ».  

Enfin, le décompte des décès liés à l’invasion marocaine s’élève à 67 personnes. Au moment où ces lignes sont rédigées, l’ensemble des personnes qui se sont emparées de Ceuta ont également été renvoyées de façon pacifique au Maroc, après avoir participé à ce que le premier ministre d’Espagne qualifie de « violation de l’intégralité territoriale de l’Espagne ». 

Malgré l’invasion rapide et massive, les autorités espagnoles, dont le ministre des Affaires étrangères espagnoles, José Manuel Albares, rassurent que « pas une seule personne n’a franchi la frontière pour se rendre sur le territoire de l’UE continentale », peut-on lire dans un communiqué. Cette situation reste toutefois surprenante et plonge l’Espagne et le Maroc dans une incompréhension totale. 


Source : Getty Images 

Médéric Dens
Chef de pupitre SOCIÉTÉ at Journal Le Collectif  societe.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts

Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.

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