Par Camille Guindon

À l’Université de Sherbrooke, une chaire de recherche unique au Québec redéfinit ce que signifie être un athlète accompli. On parle souvent de records à battre, de médailles à décrocher, de kilomètres à parcourir. Mais dans les coulisses du sport de haut niveau, il y a une réalité qu’on évoque encore trop peu : la santé mentale des athlètes.
À l’Université de Sherbrooke, la Chaire de recherche Aléo, dirigée par la professeure Véronique Boudreault, s’attaque de front à ce sujet longtemps relégué dans l’ombre des vestiaires.
Quand le silence coûte cher
Pendant des décennies, les doutes, l’anxiété et la détresse psychologique ont été perçus comme des signes de faiblesse dans le milieu sportif. On serrait les dents, on continuait, on n’en parlait pas. Pourtant, les chiffres issus des travaux de l’équipe d’Aléo brossent un portrait alarmant : entre 20 % et 38 % des athlètes d’élite et des étudiants-athlètes composent avec de l’anxiété ou de la dépression, et 8 % vivent avec un trouble alimentaire. Des statistiques qui montrent à quel point le vieux réflexe du « endure et tais-toi » a un coût humain bien réel.
Ce changement de perspective, c’est exactement ce que la Chaire cherche à provoquer. Ce qui était autrefois perçu comme une faiblesse devient peu à peu une démarche assumée, intégrée naturellement au quotidien de l’entraînement. Consulter un professionnel en santé mentale n’est plus un aveu d’échec, mais bien un geste de performance.
Un entraînement pour le cerveau
L’idée centrale de la Chaire Aléo, c’est de faire du renforcement mental un réflexe aussi naturel que l’échauffement avant une compétition. Visualisation, respiration contrôlée, gestion du stress de performance : ces outils, longtemps perçus comme secondaires, gagnent maintenant leur place dans les programmes d’entraînement, au même rang que la préparation physique et nutritionnelle.
Pour la professeure Boudreault, spécialiste en psychologie du sport au Département de kinanthropologie de la Faculté des sciences de l’activité physique, l’enjeu est clair : il ne s’agit pas seulement d’aider les athlètes à performer, mais de les accompagner en tant que personnes à part entière. La médaille ne peut pas être l’unique boussole.
Suivre la relève de près
Sur le terrain, l’équipe de recherche mène une étude longitudinale auprès de jeunes athlètes âgés de 12 à 18 ans, en partenariat avec Excellence Sportive Sherbrooke, l’Institut national du sport du Québec et l’Alliance sport-études. Son objectif est de documenter l’évolution de la santé mentale et de comprendre ce qui pousse certains jeunes à abandonner leur discipline. Des entrevues sont également conduites auprès d’athlètes ayant mis fin à leur parcours compétitif, afin de mieux soutenir la prochaine génération.
Ces recherches doivent mener à des outils concrets et adaptés à chaque réalité, peu importe le genre, le milieu social ou le niveau de compétition. Une approche qui place résolument l’humain avant la médaille.
Être prêt, vraiment prêt
Dans le monde du sport de haut niveau, on mesure tout : les temps, les distances, les charges soulevées. La Chaire Aléo propose d’ajouter une nouvelle mesure à cette liste, celle du bien-être psychologique. Parce qu’un athlète vraiment prêt à entrer dans l’arène, c’est un athlète fort dans sa tête autant que dans ses jambes.
Source : Université de Sherbrooke
