Entre Sherbrooke et Montreux, deux façons de vivre la musique en ville 

Par Nicolas Mathieu 

Vue du bord du lac Léman lors du Montreux Jazz Festival. 

Le Sherblues à Sherbrooke et le Montreux Jazz Festival en Suisse se déroulent presque en même temps au début de juillet. Les deux événements transforment leur ville en lieu de rencontre autour de la musique. L’un se déploie au centre‑ville de Sherbrooke, l’autre sur les rives du lac Léman. L’un attire des dizaines de milliers de personnes, l’autre plus de 250 000 festivaliers pour sa 60e édition. Malgré leurs différences de taille, ils ont plusieurs points en commun. 

Le Sherblues prend place au centre‑ville de Sherbrooke, dans les Cantons‑de‑l’Est. Pendant trois jours, du 2 au 4 juillet en 2026, les rues et les commerces deviennent des scènes. Plus de soixante à soixante‑dix spectacles sont présentés sur une vingtaine de scènes intérieures et extérieures, dont la scène principale au coin des rues Frontenac et Wellington Nord. Des lieux comme le Théâtre Granada, la Petite Boîte Noire, le King Hall, le Siboire ou le balcon de l’hôtel de ville accueillent aussi des concerts. Le festival est décrit comme « urbain et accessible », et se veut une immersion dans l’âme créative de Sherbrooke. 

Le Montreux Jazz Festival est lui aussi étroitement lié à son environnement. Pour sa 60e édition, du 3 au 18 juillet, il s’est tenu dans un centre de congrès rénové, avec ses deux salles emblématiques : l’Auditorium Stravinski et le Montreux Jazz Lab. La programmation s’étend le long des quais de Montreux, avec un parcours repensé pour fluidifier la circulation des festivaliers. En 2026, le festival a accueilli plus de 250 000 personnes et affiche un taux de remplissage moyen de 91 % dans ses salles payantes. Comme le Sherblues, il s’inscrit dans la vie quotidienne de sa ville, mais à une échelle plus vaste. 

Une programmation qui dépasse un seul genre 

Le nom Sherblues fait référence au blues, mais la programmation dépasse largement ce registre. L’édition 2026 met de l’avant un mélange de musique indépendante, de rock, de hip‑hop et de chansons francophones. Des artistes comme P’tit Belliveau, Les Louanges, Dead Obies, Ariane Moffatt, Ariane Roy ou Michel Pagliaro figuraient parmi les têtes d’affiche cette année. Le festival propose aussi des « spectacles cachés », annoncés au dernier moment par infolettre, et une présence forte d’artisanat local et de cuisine de rue, ce qui en fait une expérience culturelle complète. 

À Montreux, le festival est historiquement lié au jazz, mais sa programmation intègre depuis plusieurs années une grande diversité de styles. Pour la 60e édition, des noms comme Sting, Nick Cave and the Bad Seeds, Deep Purple, John Legend ou Moby s’ajoutent à des artistes plus directement associés au jazz. Des articles de presse soulignent que le jazz recule dans la proportion globale de la programmation, sans disparaître, tandis que le festival se positionne comme un lieu de rencontre entre générations et genres, du jazz au rock en passant par la pop et le hip‑hop. 

Dans les deux cas, la musique sert de point de départ à une expérience plus large. Le Sherblues se définit comme une « mosaïque sonore éclectique » et un prétexte pour rassembler. Montreux met en avant la diversité des styles et la mise en valeur de nouvelles voix aux côtés d’artistes de renommée. 

Accessibilité et dispositifs pour le public 

Sur le plan de l’accès, le Sherblues misait cette année sur une billetterie solidaire. Les festivaliers choisissaient le montant qu’ils souhaitaient payer pour leurs billets, à partir de 0 $, à l’exception des spectacles au Théâtre Granada qui restaient payants. Cette formule permet à un public large de participer, quels que soient ses moyens. Le festival signale aussi la présence de différents services, comme des espaces de restauration, des bars et des zones de détente en plein centre‑ville. 

Montreux fonctionne avec une billetterie plus classique, avec des concerts payants dans les grandes salles et de nombreux espaces gratuits ou ouverts sur les quais. Cette année, l’organisation insistait sur une expérience plus fluide, avec un parcours mieux structuré et des salles rénovées pour offrir un meilleur confort acoustique et pratique. Ce modèle s’inscrit dans une logique de grand festival international, tout en conservant des espaces accessibles sans billet. 

Deux façons de faire vivre la musique dans la ville 

Finalement, le Sherblues et le Montreux Jazz Festival partagent un objectif similaire : faire de la ville un espace de musique et de rencontres pendant quelques jours ou semaines. Le Sherblues le fait à l’échelle d’un centre‑ville québécois, avec une forte dimension locale, une billetterie solidaire et une programmation qui met de l’avant des artistes d’ici. Montreux le fait à l’échelle internationale, avec une programmation qui rassemble des légendes et des nouvelles voix du monde entier, dans des salles de grande capacité. 

Les deux événements montrent que les festivals ne se résument pas à des concerts. Ils deviennent des manières d’habiter la ville autrement, d’y circuler, d’y manger, d’y rencontrer des gens. Dans cette perspective, Sherbrooke et Montreux partagent une même idée : pendant quelques jours de juillet, la musique prend le contrôle de l’espace public. 


Source : Site internet du Montreux Jazz Festival

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