Par Rebecca Gagné

L’actrice et autrice Lyraël Dauphin était de passage à l’Université de Sherbrooke dans le cadre de la 6e édition de la Semaine arc-en-ciel pour l’inclusion de la diversité sexuelle et de genre. L’artiste multidisciplinaire a pris part à une discussion menée par deux personnes étudiantes le 31 mars dernier, soit lors de la journée internationale de la visibilité trans.
C’est par sa passion pour le théâtre que Lyraël Dauphin a entamé l’exploration de son identité de genre, dans sa mi-vingtaine. Alors étudiante à l’École de Théâtre Professionnel du Collège Lionel-Groulx, Lyraël Dauphin a connu un enseignant « incroyable » qui l’a amenée à jouer des rôles féminins.
« Avec mes collègues de classe, on a fait un exercice où j’ai fait de la violence qui était très emblématique à la violence que j’ai vécue dans mon enfance, pour finalement la canaliser et [en] faire une performance de Médée la sorcière [tragédie de Racine]. C’est à partir de là que j’ai commencé à explorer mon identité de genre. »
Il faut dire que jusque-là, Lyraël Dauphin vivait sa vie différemment : « J’ai vécu la plupart de ma vie comme un homme gay, si on veut, en ayant toujours senti que c’était un peu incorrect [et] que ce n’était pas vraiment ce que j’étais, mais c’était comme ça que j’étais perçu, donc j’acceptais cette réalité-là. »
L’opportunité de se découvrir s’est d’abord traduite par l’exploration de la non-binarité, qui lui est avérée une révélation dans laquelle elle sentait pouvoir exister en-dehors des normes. L’isolement imposé de la pandémie lui a notamment permis de faire face à de nombreux questionnements qui l’habitaient.
« Je pense que j’avais de la misère à comprendre ma transidentité par le fait que je n’étais pas en adéquation avec tout ce que j’étais. Je n’étais pas mal à l’aise avec mon corps nécessairement, j’étais juste inconfortable. Finalement, la transition m’a fait comprendre qu’on pouvait être confortable, chose que je ne pensais pas. »
Des discours qui dérangent
D’un point de vue sociétal, l’artiste déplore l’utilisation médiatique des identités, particulièrement en politique où celles-ci sont utilisées pour diviser et créer des problèmes non-fondés. « La sécurité des personnes trans est vraiment importante à valoriser, et on se perd un peu dans tous ces discours-là; on se perd souvent dans des choses qui ne sont basées sur rien, qui sont plus de peur que de réalité. Si on écoute les discours politiques, c’est très rarement basé sur des faits. »
Afin de contribuer à la visibilité des personnes trans, Lyraël Dauphin souligne la nécessité de se tourner vers elles plutôt que de s’arrêter à l’intention de les représenter.
« Les gens pensent que la représentation va aider, alors que [ce qui aide davantage] c’est plutôt de donner la parole aux personnes trans, de leur offrir un soutien financier, d’être là physiquement pour les aider, de prendre leur défense quand [elles] ne sont pas là dans la pièce. » L’idée est donc d’abord et avant tout de veiller à la création d’un climat inclusif et sécurisant tout en décentralisant la vision d’une réalité qui est hétérocisnormative, selon l’artiste.
Alors qu’une personne trans ne vit pas nécessairement un parcours binaire, tracé et clair, Lyraël Dauphin insiste sur l’importance d’accompagner les personnes en transition, mais aussi d’accepter, tout comme elles, la constante évolution du processus. « Prendre le temps et écouter, ça reste une denrée inestimable. On en a besoin. »
Source : Rebecca Gagné
