Médéric Dens

Les tarifs douaniers, les menaces à la souveraineté et le doute quant à la renégociation de l’ACEUM poussent le premier ministre canadien, Mark Carney, à flirter avec l’Union européenne (UE), comme il l’a fait depuis le début de son mandat il y a un peu plus d’un an. Un nouveau poste semble se créer spécifiquement pour le Canada, tandis que Donald Trump se sent attaqué.
Mark Carney était de passage en Europe les 16 et 17 septembre derniers, à Strasbourg, en France. C’était notamment l’occasion pour le premier ministre de discuter d’économie et de sécurité internationale, mais aussi du rôle que devrait jouer le Canada dans l’Union européenne.
Le PM en a aussi profité pour proposer un appui plus fort du Canada à l’économie de l’UE, avec notamment un apport dans le domaine de l’espace, dans l’intelligence artificielle et la capacité de calcul et dans l’extraction et la transformation des minéraux critiques.
Cette visite servait, certes, à renforcir les liens UE-Canada dans une perspective à long terme, mais aussi pour diminuer indirectement la dépendance canadienne envers les États-Unis et son président, Donald Trump.
Mark Carney, grand romancier ?
Parallèlement à la visite de Mark Carney, les personnes dirigeantes étaient toutes réunies au parlement européen pour un discours sur l’état de l’Union européenne, réunion lors de laquelle le premier ministre canadien a prononcé un discours d’une durée d’environ 20 minutes. « Nos liens sont profondément enracinés dans la terre », affirme le premier ministre quant aux liens entre l’UE et le Canada.
Le PM, positionné directement face à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a ensuite fait allusion au romancier et poète allemand, Johann Wolfgang von Goethe, en rappelant l’importance de défendre nos valeurs : « À la fin de Faust, la vision du vieil homme est celle d’un peuple libre sur une terre libre. Seul celui qui doit les conquérir chaque jour mérite la liberté et la vie. La liberté et la vie doivent être gagnées chaque jour. »
Pour rappeler les liens canado-européens et la nécessaire coopération entre les deux parties, le premier ministre raconte qu’un jeune lieutenant canadien, Leslie Miller, a ramassé plusieurs glands d’un arbre pour les replanter au Canada, plus précisément en Ontario, créant une petite forêt appelée « Chênes de Vimy », à Scarborough.

Une coopération économique nécessaire
Après cette histoire racontée, le premier ministre a tenu à rassurer que le Canada et l’UE, malgré de très récents rapprochements, ne sont pas des « alliés de circonstances », même si le rapprochement se clarifie depuis 18 mois. « Nous croyons qu’une économie forte n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’atteindre une société plus juste. Nous sommes engagés dans notre patrimoine naturel. Nous croyons que notre prospérité s’accroit lorsqu’elle est partagée », continue-t-il.
Et même si le Canada ne répond pas à un critère essentiel, celui d’avoir des frontières en sol européen, c’est principalement une « affinité choisie, renouvelée et qui nous rend plus fort » qui uni l’UE et le Canada, selon le premier ministre canadien.
« La souveraineté et l’ouverture sont aujourd’hui difficiles à concilier. L’intégration économique est désormais utilisée comme une arme. Les droits de douane offrent des moyens de pression. Les mécanismes financiers ont été utilisés à des fins de coercition », affirme Mark Carney.
Nouveau poste créé pour le Canada spécifiquement ?
« L’Europe et le Canada sont chacun forts, mais l’Europe et le Canada, ensemble, sont encore plus forts […] Nous ne devons pas nous laisser intimider par l’ampleur perçue de la tâche, de même que la domination et l’arrogance de l’hégémonie, la perfection et l’ennemi du bien », continue le premier ministre. Puis ce dernier, vers le milieu de son discours, a finalement affirmé l’objectif principal de cette possible alliance, qui consiste en la « résilience collective ».
Ursula von der Leyen a ensuite fait part des intentions de l’UE de nommer le Canada comme « membre associé », un poste qui, pour le moment, demeure fictif et peu défini. Or, certains analystes et commentateurs politiques affirment que ce poste représentera principalement un moyen de faciliter les échanges et le développement dans les domaines manufacturiers, de la défense ou encore de la souveraineté numérique.
Autrement dit, sans être officiellement membre de l’UE, le Canada pourra agir comme un membre junior, lui permettant de se positionner et de ratifier plus rapidement les potentiels traités et alliances.
Un choc pour Donald Trump
Le président américain s’est empressé de réagir à la situation. Celui qui compte interdire l’importation de biens canadiens, principalement dans la fonction publique, perçoit cette nouvelle alliance Canada-UE comme une menace.
« Je pense que c’est ridicule. Le Canada a été un très mauvais partenaire commercial. S’ils font cela et si je considère que c’est un acte hostile, j’imposerai des droits de douane très importants ou je cesserai de commercer avec l’Europe sur de nombreux produits », affirme Donald Trump aux journalistes, quelques secondes avant d’entrer à bord de l’avion présidentiel. « Si c’est pour une bonne intention, c’est bien, mais si les intentions sont mauvaises, nous mettrons de lourds tarifs en place », ajoute-t-il.
Or, les échanges commerciaux entre États-Unis et Union européenne représentaient 1 770 milliards d’euros l’année dernière, soit 30 % du commerce mondial et 43 % du PIB mondial, un partenariat clé pour les deux parties.
Selon le Conseil de l’Union européenne, le partenariat UE-États-Unis demeure crucial pour les deux économies, allant jusqu’à affirmer que les deux partenaires « entretiennent les relations bilatérales en matière de commerce et d’investissement les plus développées et les relations économiques les plus intégrées au monde ».
Source image 1 : Compte X de Pedro Sanchez
Source image 2 : Le Canada se souvient
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
