Jeu. Mai 23rd, 2024

Par Marilys Beaudoin 

En octobre dernier, l’Université de Sherbrooke a présenté une recherche menée par la docteure Mélissa Généreux, laquelle dépeignait les problèmes psychosociaux découlant des changements climatiques. L’urgence d’agir face à la dégradation de notre écologie se fait sentir et la communauté étudiante a un rôle à jouer.  

Ce projet de recherche multidisciplinaire avait pour but, à l’origine, d’intégrer des chercheurs en médecine, en sciences sociales de même qu’en communication et en philosophie, et de s’intéresser aux impacts psychosociaux de la pandémie. Progressivement, à l’aide de sondages menés dans plusieurs pays, les chercheurs ont ajouté la dimension des changements climatiques, de façon à déterminer si, face à la superposition de crises telle que la COVID-19, la préoccupation de la population face aux changements climatiques diminuait et si ces préoccupations avaient un impact sur la santé mentale. Devant cette recherche mesurant pour la première fois l’impact des changements climatiques sur les personnes et l’écoanxiété qui en découlait, l’équipe de la docteure Mélissa Généreux pense que plus les gouvernements vont repousser leurs agissements sur les changements climatiques, plus les impacts psychosociaux seront grands. 

L’écoanxiété chez les jeunes 

L’écoanxiété se traduit comme étant un état de stress causé par l’anticipation des changements irréversibles de l’environnement. Elle est plus particulièrement perçue chez les jeunes, puisqu’ils seront les principales victimes des conséquences du changement climatique. Elle joue également un rôle important sur la santé mentale puisqu’elle crée une source d’inquiétude constante pour l’avenir de l’humanité. Dans une nouvelle UdeS datant du 4 novembre dernier, il est mentionné qu’en plus d’être les plus touchés par la pandémie sur le plan psychologique (40 %), les jeunes adultes (18-24 ans) sont grandement affectés par les changements climatiques. Près de la moitié d’entre eux (49 %) ont exprimé avoir ressenti au moins une manifestation d’écoanxiété au cours des deux dernières semaines, comparativement à 26 % pour l’ensemble de la population.  

Le rôle de l’Université de Sherbrooke 

Devant l’urgence d’agir, Gabriel Blouin Genest, professeur à l’École de gestion, met de l’avant l’importance de faire sortir l’information du campus. « L’information ne peut pas seulement rester dans les revues scientifiques que seulement 10 personnes vont lire », mentionne-t-il. Il défend également l’importance de se mobiliser, autant pour la communauté étudiante que pour les membres du personnel, et d’utiliser l’université comme levier de pression afin de faire entendre les avancées scientifiques. La revue Climatoscope, mise sur pied par une équipe de professeurs et professeures de l’Université de Sherbrooke, permet d’ailleurs cette diffusion, en vulgarisant les connaissances scientifiques concernant les défis, les enjeux et les solutions entourant les questions climatiques tout en visant une approche plus positive de la situation. C’est une bonne manière de s’informer sur le sujet dans un contexte de faits vérifiés afin de se sentir plus en contrôle de la situation.  

Le professeur évoque également l’importance de faire pression sur l’Université de Sherbrooke qui peut établir des changements sur son terrain. Les solutions à proposer sont nombreuses : augmenter les tarifs pour le stationnement ou remplacer ces espaces de stationnement par des espaces verts, diminuant ainsi la quantité d’étudiants pouvant s’y rendre en voiture et favorisant l’utilisation de transports en commun. « Durant la pandémie lorsque la crise sanitaire était très grave, le gouvernement a établi des contraintes », confie monsieur Blouin Genest. Les situations climatiques urgentes devraient donc également contraindre la liberté des gens quant aux transports ou à la consommation qui sont, selon le professeur, les deux zones les plus importantes.  

Une communauté étudiante informée? 

En dehors du campus de l’Université de Sherbrooke, le professeur Blouin Genest allègue le pouvoir démocratique qu’a le corps étudiant, de même que les membres du personnel de l’Université de Sherbrooke, d’influencer les grandes décisions par le biais du vote aux élections pour le gouvernement. En effet, l’impact du vote pour un parti ayant un plan de changement précis et à court terme est un moyen de se responsabiliser socialement quant à la prise de décisions sur les changements climatiques.  

Ce sont paradoxalement les personnes se disant très informées sur le sujet qui seraient plus sujettes à l’écoanxiété, puisque devant la panoplie de problèmes et l’urgence d’agir, ils ne voient pas de changement.  

« Cela démontre bien l’importance de l’information, autant sur la réalité des changements climatiques, que sur les actions et comportements permettant de faire face à cette réalité, de s’y adapter et de proposer des solutions. »  Gabriel Blouin Genest 

Le système de santé alourdi par la situation climatique 

La recherche a aussi montré que les personnes ayant manifesté des préoccupations face aux changements climatiques étaient également impactées au niveau de leur santé mentale. En effet, les résultats indiquent que lorsque les gens sont conscients des changements aux alentours et de leur lien avec les changements climatiques, ils sont portés à développer des problèmes de santé mentale, des problèmes d’anxiété.  

Les chercheurs ont également tenté d’indiquer aux autorités que l’alourdissement du système de santé était étroitement lié aux changements climatiques. Lors d’une entrevue avec Le Collectif, le professeur Gabriel Blouin-Genest a affirmé que : « Si on veut se soucier de la santé organisationnelle et financière du système de santé, on doit se soucier des changements climatiques ». De son côté, la docteure Mélissa Généreux, chercheuse principale, explique que : « Agir sur les changements climatiques permettra non seulement de préserver la santé mentale des Québécoises et Québécois, mais également de préserver leur système de santé ». 


Source image @ Revue Climatoscope

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