Par Rebecca Gagné

*Cet article s’inscrit dans une série de textes dédiés à l’information retenue lors du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer, où Le Collectif était présent.
La 4e édition du Festival international de journalisme de Carleton-sur-Mer (FIJC) comptait dans sa programmation un panel au sujet des différentes tactiques journalistiques pour rejoindre les jeunes générations. Malia Kounkou (Chambre d’Écho), Mélanie Loubert (HugoDécrypte) et Julia Pagé (Rad) se réunissaient pour discuter de cette Nouvelle génération, nouvelle narration.
Les trois panélistes œuvrent au quotidien à transmettre les nouvelles aux différents publics des réseaux sociaux, principalement à la fourchette des 18-34 ans. Alors que Mélanie Loubert et Julia Pagé ont préféré s’associer à un média, Malia Kounkou a décidé de travailler à son compte. Le journalisme des médias sociaux questionne fondamentalement le journalisme traditionnel.
« J’ai l’impression qu’on essaie souvent de mettre une barrière, une grosse frontière entre la façon dont on fait du journalisme sur les réseaux sociaux et la façon dont on fait du journalisme dans les médias traditionnels. En fait, ce n’est pas nouveau, c’est juste qu’on s’adapte à notre public et là, notre public est jeune », précise Mélanie Loubert.
Julia Pagé renchérit sur la grande liberté qu’offre le Web, notamment quant à l’absence d’échéanciers serrés, qui dirigent normalement les grands médias. Selon la journaliste, le phénomène actuel se traduit par le désir de la nouvelle génération de s’informer différemment, soit de diverger de la méthode prônée par les générations passées. Cela dit, « il y a toujours au cœur de ça une mission qui reste la même, qu’importe la génération de journalistes, et c’est d’informer », explique Malia Kounkou.
Une génération à informer
Dans une ère numérique où le brainrot (contenu écervelant) est désormais caractéristique de ce que consomment de plus en plus de jeunes, il est primordial pour Julia Pagé de divulguer l’information au mieux. Malgré la difficile compétition avec ces contenus qui, à la longue, contribuent à l’altération des facultés cognitives, les journalistes tentent tant bien que mal de s’insérer dans ces algorithmes « impitoyables ». « On ne peut pas l’échapper cette génération-là, il faut les informer », insiste-t-elle.
Bien que partagée au sein des panélistes, l’idée d’attirer ce public par la mise en vedette des journalistes est une technique prisée sur les médias sociaux. « Je ne pense pas que ce soit si mauvais que ça de se mettre de l’avant si, encore une fois, on garde en tête l’objectif d’informer le public », soulève Malia Kounkou. Loin d’être un culte de personnalité selon elle, il s’agit plutôt d’un attachement de plus en plus fort de la part des gens envers la personne qui informe.
De son côté, Mélanie Loubert souligne la popularité de certains contenus chez HugoDécrypte qui sont pourtant dépourvus de toute figure journalistique. « Je n’ai vraiment pas besoin de me mettre de l’avant, et ça, je pense que ça prouve que la jeune génération a une soif de savoir et de s’informer. »
Mais cette volonté de développer le journalisme sur les réseaux sociaux est difficile en 2026, notamment, depuis que la multinationale Meta a bloqué les médias canadiens de ses plateformes en 2023. « On ne va pas les laisser dicter les règles : on va trouver des façons de les contourner pour remplir notre mission qui est d’informer les gens », clame-t-elle.
Les défis
« La réalité, c’est quand même que ce n’est absolument pas l’idéal de faire du journalisme pour ces plateformes-là, où on n’a aucun contrôle, poursuit Julia Pagé. On l’a, le site Web de Rad : il n’y a pas un chat qui va là. Maintenant, les gens ne vont pas chercher quelque chose, ça arrive à eux. »
Pour la journaliste de Rad, il s’agit d’une situation conflictuelle. « En réalité, je ne l’ai pas la solution parce que j’hésite entre : les jeunes sont sur les réseaux sociaux, allons les voir là où ils sont et les réseaux sociaux sont problématiques pour plein de raisons, essayons de les convaincre de sortir de là. »
Dans cette réalité numérique, Malia Kounkou déplore les algorithmes « extrêmement arbitraires et enrageants » qui forcent les journalistes à « devenir l’équipe de marketing au complet ». Entre recherches, entrevues, tournage, montage et déplacements, « il s’agit d’évoluer et de trouver des astuces pour continuer; c’est un challenge. »
Une des sources à l’origine de cette perte de repères informationnels chez les jeunes est, selon Mélanie Loubert, la disparité des exemples à suivre. « On n’a pas tous grandi avec le journal du dimanche sur la table, on n’a pas tous grandi avec la télé du matin, et donc, il y a une partie de la population qui a été un peu échappée dans cette habitude de consommer de l’info. »
C’est donc dans une quête de raviver l’intérêt pour les nouvelles que chemine la journaliste de HugoDécrypte. À son sens, une ouverture est toutefois nécessaire du côté de la production médiatique pour offrir aux jeunes une place qui saura répondre à leurs besoins. « [Il faut] une acceptation de revoir les codes, rajoute Julia Pagé. Faire des reportages où le journaliste est un peu mis en scène, pour certains journalistes d’expérience, c’est comme un affront total. Je pense qu’il faut qu’il y ait une ouverture parce qu’il y a eu, je crois, beaucoup de mépris envers les nouveaux publics en disant Ils ne veulent pas s’informer! Ça ne les intéresse pas!, mais on ne peut pas les échapper. »
Devant l’ouverture déjà palpable des médias indépendants, Malia Kounkou juge que la balle est davantage dans le camp des médias qu’elle qualifie d’ « institutionnels » quant à l’évolution et à l’avenir de la transmission d’informations.
Crédit : Rebecca Gagné
