Mer. Juin 19th, 2024

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Des femmes comme Chantal Machabée dans des postes importants au sein d’équipes sportives ou des performances incroyables des athlètes féminines lors des Jeux olympiques des dernières années font avancer grandement la place des femmes dans le sport. Malheureusement, plusieurs stéréotypes, préjugés et marques de sexisme n’ont pas quitté le monde sportif pour autant. 

Adopter une vision telle que celle énonçant qu’il y ait des sports de filles et des sports de gars doit cesser. Selon Joël Beaulieu, consultant, formateur, coach et conférencier spécialisé en motricité de l’enfant et en psychologie sportive, « on doit éviter les stéréotypes de genre dans les sports dès le jeune âge. Il faudrait, par exemple, arrêter de réserver les jouets du genre un ballon ou un bâton de hockey aux garçons ». Il propose de donner la même chose à une petite fille; si elle est exposée très jeune aux mêmes sports que les garçons, en éliminant tous les stéréotypes, elle s’adaptera autant qu’eux.  

Suzanne Laberge, professeure et responsable du Laboratoire de sociologie du sport et de promotion de l’activité physique à l’Université de Montréal, abonde dans le même sens en disant que les enfants sont immergés dans une société où le sport est genré. « S’ils ne l’étaient pas, ils n’auraient probablement pas la conception que tel sport est fait pour les gars et tel autre pour les filles », explique-t-elle.  

Fini, les étiquettes! 

Suzanne Laberge a mené une étude qui démontrait que les jeunes garçons peuvent être très durs envers ceux qui désirent pratiquer des sports qu’ils qualifient « des sports de filles ». Pour eux, selon La Presse, ce n’est pas assez athlétique de vouloir s’adonner au patinage artistique ou à la gymnastique, par exemple.  

Du côté des filles, comme elles sont souvent exclues des sports dits plus masculins dès leur jeune âge pour la majorité, elles ont une sorte de barrière de compétence qui apparaît vers neuf ou dix ans. « Elles se sentent maladroites, elles ont peur de l’échec et la perception des autres autour devient très forte, explique Joël Beaulieu, alors elles ont peur du jugement et se bloquent. Elles s’autoexcluent des activités et des sports. » Cette perception que les jeunes filles ont d’elles-mêmes peut se transposer chez les petits garçons aussi. Ceux qui n’ont pas été stimulés autant que les autres à pratiquer des sports de toutes sortes se sentiront aussi exclus et craindront le jugement extérieur. 

Les filles, négligées? 

Derrière certaines pratiques et dans certains milieux se cachent des enfants dont le développement global a été négligé. Au Québec, les filles sont un peu mises de côté dans l’évolution de l’environnement sportif. Selon des statistiques tirées de questionnaires de perceptions chez les enfants et adolescents, 33 % des filles disent qu’elles bougent assez contre 50 % des garçons. La recommandation officielle c’est de faire bouger tous les enfants de cinq à dix-sept ans, filles et garçons, pendant soixante minutes chaque jour.  

Il y a également une diminution d’activités physiques ou de sports chez les filles en vieillissant. Elles sont exposées à la culture du physique parfait et vouloir perdre du poids arrive très tôt dans le développement des jeunes filles, raconte monsieur Beaulieu. « Les stéréotypes, et le sexisme dont elles sont victimes depuis toutes petites sont en cause. Elles ont un manque de confiance en elles en général plus élevé que les garçons. » Il n’est pas rare, surtout au secondaire, de voir des filles mal à l’aise de jouer au hockey ou au soccer avec les garçons dans les cours d’éducation physique pour ces raisons.  

Quelles sont les solutions? 

Malgré le chemin qu’il reste à faire, fournir des efforts collectivement reste la meilleure solution au problème des stéréotypes de genres dans les sports. Les parents, mais aussi les intervenants et le personnel entraîneur doivent faire leur part pour éviter tous types de préjugés, et ce, très tôt dans le développement des enfants. Il doit y avoir de la diversité partout, autant à la maison, qu’à l’école, que durant les cours de sports auxquels les enfants sont inscrits.  

Les jeunes doivent aussi être mélangés pour que les filles développent une confiance devant les garçons et que les garçons ne soient pas gênés de pratiquer d’autres sports. Joël Beaulieu propose aussi d’exclure les discours qui associent la transformation du corps des filles aux pratiques sportives, donc de ne pas les exempter d’un cours d’éducation physique, par exemple, parce qu’elles ont leurs règles.  

« On voit quand même une bonne progression avec les années, c’est sûr, mais il faut continuer dans cette voie pour qu’un jour, on ne voie plus de différence. Il y a beaucoup d’organismes qui prônent le sport chez les filles, surtout au secondaire. Ils y proposent plein de ressources et d’outils et il y a un réel avancement dans le monde du sport au féminin grâce à eux. » 

Modèles féminins 

Des athlètes comme Marie-Philip Poulin ou Kim Boutin, qu’on a pu admirer il y a quelques semaines à Pékin, sont la preuve que persévérer et foncer dans des sports qui ont longtemps été perçus comme plus masculins peut les amener loin. Des modèles pour les jeunes filles qui cherchent à se faire confiance parmi les garçons de leur classe. Ces jeunes filles qui rêvent de compter des buts dans une équipe féminine de hockey sans pour autant se faire traiter de tomboy.  

Les journalistes et analystes sportives féminines y sont pour beaucoup aussi puisqu’il y en a de plus en plus et qu’elles prennent la place qui leur est due. Chantal Machabée, qui a ouvert la voie il y a plus de 35 ans avec son travail exceptionnel, et maintenant, des Geneviève Tardif, des Nancy Audet, des Élizabeth Rancourt, des Daphnée Malboeuf prouvent que non seulement les femmes peuvent être aussi intéressantes et connaisseuses que leurs homologues masculins, mais qu’elles ont de l’aplomb également. Les jeunes filles ont de plus en plus de modèles féminins forts dans tous les aspects du monde sportif et il faut absolument les exposer à tout ça dès la petite enfance pour éviter le sexisme et le manque de confiance qu’elles pourraient ressentir en vieillissant.  


Crédit image @ Pixabay

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Rédactrice en chef et directrice générale, auparavant cheffe de pupitre SPORT ET BIEN-ÊTRE pour le journal Le Collectif | Site web

Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et bien-être du journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.  

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