Par Rebecca Gagné

Lorsque l’été bat son plein, les activités de plein air atteignent elles aussi leur point culminant. Dès que le beau temps et la chaleur se pointent le bout du nez, les parcs nationaux fourmillent de partout, et ce, autant sur la terre ferme que sur l’eau : randonnée, cyclisme, course, baignade et une multitude de sports nautiques animent l’été de plusieurs. Mais cette période achalandée est aussi synonyme d’un plus grand risque de non-respect des bonnes pratiques de plein air, qui veillent à la conservation du territoire naturel.
Question d’assurer la pérennité de l’environnement et des activités extérieures que celui-ci permet, les sept principes Sans Trace deviennent une référence pour toute personne adepte de plein air.
Le premier principe : bien planifier et préparer ses sorties
La première étape se réalise bien avant de franchir la porte, soit la planification de l’activité. On ne s’en tient pas uniquement ici à décider de son accoutrement ou de quelles collations seraient les plus alléchantes; il est plutôt question d’étudier le parcours visé, comme sa réglementation, son trajet et son risque d’achalandage.
Investir du temps de préparation dans ces recherches préliminaires à l’excursion permet d’éviter de mauvaises surprises, et surtout de nuire à l’état de certains milieux naturels. Par exemple, les périodes de forte fréquentation contribuent à l’accentuation de la pollution, autant matérielle que sonore. Effectivement, lorsqu’un grand nombre de personnes se trouvent sur un même site naturel – même s’il est aménagé pour accueillir diverses activités humaines – le risque de dérangement faunique monte en flèche.
C’est ce qui a été vécu par le marais de la rivière aux Cerises de Magog, à l’été 2021. Alors que la pandémie dictait encore les activités estivales, plusieurs voyageuses et voyageurs se sont vus cloués au sol québécois. Le résultat n’a pas été sans conséquences pour l’écosystème, comme l’a rapporté l’Association du Marais-de-la-rivière-aux-Cerises (LAMRAC) : les déchets étaient plus nombreux, les berges davantage érodées puis les plantes souvent arrachées. Mis à part les impacts sur la flore, ce dérangement a aussi occasionné un fort stress sur la faune, nullement habituée à autant de perturbations.
Bien que l’exemple du marais constitue une situation d’exception qui appartient au passé, celui-ci reste un apprentissage quant aux effets directs des activités humaines sur les milieux naturels, surtout en saison achalandée. Ainsi, planifier une sortie en dehors des heures les plus occupées favorise le bien-être écosystémique des milieux naturels et permet d’autant plus d’en savourer la quiétude.
Le deuxième principe : rester dans les aménagements désignés
Une fois sur place, il convient de respecter les installations mises en place pour les usagères et usagers. Celles-ci ont été préalablement pensées, dessinées et construites pour ne pas nuire à la préservation du site. Beaucoup de travail en amont se cache derrière chaque aménagement, contrairement aux raccourcis créés par monsieur et madame Tout-le-Monde. Même s’ils apparaissent inoffensifs, ou banalisés en « un mal qui est déjà fait », ces raccourcis constituent une pratique illégale en raison de leur destruction de la flore.
En ce sens, il prévaut de toujours circuler dans les sentiers aménagés, et ce, même s’ils sont boueux. Après tout, si l’envie était de ne pas salir ses chaussures, pourquoi sortir en nature?
Ce principe s’étend jusqu’aux campements; la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) conseille notamment de restreindre l’activité dans les endroits dépourvus de végétation pour éviter sa détérioration.
Le troisième principe : ramasser ses déchets
Ce principe est en écho au tout premier, soit celui de bien planifier l’activité. Le meilleur truc pour ramasser ses déchets le plus optimalement possible? En amener moins! Lorsque vient le temps de préparer la nourriture, les repas cuisinés et les collations achetées en vrac sont les solutions préconisées pour réduire son impact environnemental – et elles ne se limitent pas qu’au plein air!
C’est la même chose pour le matériel, surtout en camping : amener le plus possible des choses lavables et réutilisables de la maison diminue le poids écologique de l’activité.
Dans le cas où quelques déchets sont générés, prévoyez-vous un sac ou un contenant pour faciliter leur entreposage durant votre sortie. Des poubelles ne sont pas toujours à proximité (surtout sur les plans d’eau!), et les accumuler dans les poches peut devenir dérangeant, sans mentionner que cela augmente le risque de les échapper en cours de route.
Autre règle à ne pas négliger, qui peut sembler des plus évidentes, est celle de l’utilisation des toilettes : il est fréquent – surtout auprès d’une certaine clientèle – de préférer uriner entre les arbres, loin des regards. Rappelons que le corps humain ingère bien des choses qui ne se trouvent pas à l’état naturel, comme une multitude d’aliments transformés, ou même des médicaments. Bien que cela paraisse futile, le fait d’uriner où bon nous semble peut affecter l’écosystème visé, qui n’est pas habitué à assimiler de telles composantes.
En cas d’urgence, il serait préférable, selon la SÉPAQ, d’utiliser des surfaces minérales pour uriner afin d’éviter d’attirer des animaux attirés par le sel, et qui endommageraient la végétation par leur déplacement.
Pour ce qui est de la vaisselle, mieux vaut utiliser les infrastructures installées lorsqu’elles sont disponibles. Lorsque rien n’est accessible, il convient de s’éloigner au maximum de tout ruisseau ou lac et d’utiliser une quantité minime de savon biodégradable. Après avoir disposé de votre eau souillée, ramassez les résidus alimentaires que celle-ci aura laissé.
Le quatrième principe : laisser les découvertes intouchées
Oui, bien des trésors de la nature se trouvent en excursion, que ce soit lors d’une courte baignade ou d’une longue randonnée. Même si la tentation peut être forte, il importe de laisser intact tout ce qui se trouve en milieu naturel protégé.
Un autre enjeu souvent méconnu est celui des espèces exotiques envahissantes (EEE). Par définition, une EEE est une espèce non indigène – qui a donc été importée – accidentellement introduite en nature. Son organisme n’étant pas soumis aux dangers qui ont façonné son évolution, elle ne rencontre aucun frein (ou très peu) à sa croissance ici, en sol québécois. Sa prolifération représente alors une menace pour l’écosystème : n’ayant pas les prédateurs qu’elle a l’habitude d’attirer dans son territoire indigène, une EEE prédomine tout endroit où elle se trouve.
De ce fait, une EEE qui est cueillie, qui s’est répandue ou qui s’est accrochée sur les vêtements, contribue à la multiplication de ses dangers sur la biodiversité. On ne parle effectivement pas ici que d’espèces floristiques : les EEE englobent aussi certaines espèces fauniques, comme l’escargot des bois, la limace noire ou le scarabée japonais.
Règle générale, espèces exotiques envahissantes ou non, on opte pour une observation plutôt qu’une appropriation.
Le cinquième principe : minimiser l’impact des feux de camp
Lors d’une escapade de plein air, il prévaut de respecter les aménagements pour les feux de camp en tout temps. D’autres pratiques à adopter sont de prioriser un réchaud à gaz pour cuisiner, de garder le feu le plus petit possible pour réduire les émanations de la combustion de bois, de brûler le bois jusqu’à ce qu’il soit réduit en cendre et de veiller à bien éteindre le feu. La SÉPAQ rappelle que l’utilisation du bois mort est interdite dans les parcs nationaux. Gardez également l’œil ouvert sur les interdictions de feux émises par la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU).
Le sixième principe : respecter la vie sauvage
Non loin du quatrième principe, le respect de la vie sauvage s’établit autant dans l’idée de ne pas nuire à l’état naturel de l’écosystème que d’avoir un comportement exemplaire durant une sortie de plein air.
Pour éviter tout dérangement et stress inutile sur la faune, les animaux sauvages doivent être observés à une distance raisonnable, et encore moins être approchés. Dans la même lignée, la SÉPAQ réitère l’importance de ne jamais donner de nourriture à un animal sauvage, ce qui peut nuire à ses chances de survie en raison du degré de dépendance qu’il risque de développer envers l’humain comme source d’alimentation. Faut-il aussi rappeler que certains aliments sont néfastes pour la santé des animaux; même s’ils semblent anodins, ils sont, pour la majorité, issus de transformations non naturelles ou non originaires de leur habituel garde-manger.
Une autre pratique à adopter est celle de laisser les animaux domestiques à la maison, ou du moins, de respecter les sites où leur présence est tolérée. Si l’on prend l’exemple des chiens en milieu naturel, ceux-ci occasionnent des facteurs de stress importants sur l’environnement : leur aboiement, leur odeur, leur urine et leurs piétinements (souvent hors sentiers) consistent en des éléments sonore, olfactif, chimique et physique inhabituels pour la faune et la flore.
Le septième principe : respecter les autres
Enfin, le septième principe et non le moindre se résume à respecter le reste de la communauté tout autant désireuse de se ressourcer en nature. Outre le respect des six premiers principes, la courtoisie dans les sentiers et aires nautiques est de mise, de même que l’adoption d’une voix basse pour éviter d’altérer l’expérience des autres.
Crédit : Rebecca Gagné
