Par Médéric Dens

Les théories complotistes, la polarisation politique et la multiplication des technologies, comme les médias sociaux, les deepfakes et l’intelligence artificielle (IA), poussent à adopter un regard critique. Si notre génération est obsédée par la rapidité de l’information et la quête de résultats immédiats, elle est également obsédée par la remise en question et le scepticisme.
À l’époque où l’intégrité intellectuelle totale semble inaccessible, il devient facile de douter de tout, que ce soit d’une vidéo ou d’une image, d’une information ou encore d’une institution politique (ou de la politique au sens plus large).
Le scepticisme devient alors une manière courante d’aborder l’information chez de nombreux Occidentaux, et la jeunesse n’y échappe pas. Comme 90 % des Canadiens et Canadiennes âgés de 34 ans et moins détiennent un compte sur un réseau social quelconque, la jeunesse devient une cible de choix pour les remises en question, le doute et le scepticisme.
La technologie au service des sceptiques
En naviguant sur Internet, il devient presque impossible d’éviter des publications générées par l’IA. Personnalité politique qui insulte un opposant, joueur de hockey qui pleure faussement, animaux qui dansent, faux balados, etc., la liste est longue et chaque publication contribue à soulever une question : « Est-ce vrai ? ».
Mélissa Généreux, médecin spécialiste en santé publique et professeure agrégée à l’Université de Sherbrooke, s’est déjà penchée sur ce sujet. Elle croit que ces technologies, en particulier les réseaux sociaux, y sont pour beaucoup dans le scepticisme générationnel tant politique que scientifique.
« En combinant un contexte d’incertitude et d’ambiguïté avec les réseaux sociaux omniprésents, c’est comme la tempête parfaite pour nous amener à trouver des réponses faciles (…). Même les responsables de ces plateformes-là vont davantage utiliser les réseaux sociaux quand ça génère des émotions (…), ça rassure sur le coup et ça donne envie d’y retourner et d’y adhérer. »
La désinformation et les théories conspirationnistes
Comme 62 % des 15 à 24 ans obtiennent leurs nouvelles et leurs informations sur les réseaux sociaux, cela les place face à des théories conspirationnistes, voilées sous le couvert d’informations scientifiques : théorie de la Terre plate, planète gouvernée par des reptiliens ou encore théorie du Nouvel ordre mondial.
Puis, notre génération a connu un événement mondial majeur qui concorde avec la montée de l’IA et des deepfakes : la pandémie de COVID-19. Alors que 50 % des Québécois et Québécoises affirment avoir observé une hausse de la désinformation chez les médias traditionnels, les chiffres s’établissent à 83 % auprès des médias sociaux, selon une étude postpandémique menée conjointement par les chercheurs Simon Langlois et Florian Sauvageau.
Cette même étude a permis de démontrer que parmi les 20 % de Québécois et Québécoises se disant en accord avec de fausses informations circulant sur Internet, les jeunes, en raison de leur surutilisation des réseaux sociaux et de leur développement cognitif constant, sont ceux et celles qui y adhèrent le plus.
La politique, victime collatérale ?
Certaines théories, comme celle de la Terre plate n’affectent à première vue que l’imaginaire des individus. Or, le scepticisme se déplace désormais vers la politique, ses institutions et ses personnes élues, et non seulement vers les faits isolés. Mais pourquoi les jeunes perdent-ils confiance envers la politique ? Deux personnes se sont confiées à ce sujet sous le couvert de l’anonymat.
Le premier attribue principalement la faute aux personnalités politiques. « Une fois élues, ces personnes ne sont pas tenues responsables des promesses qu’ils ont tenues pendant leur campagne électorale, alors il y a une tendance qui se crée où les partis politiques vont tout dire dans le but de plaire au plus de personnes possible », a-t-il admis.
Le deuxième, de son côté, tempère davantage, même s’il va en ce sens sur la place des personnes élues. En effet, s’il comprend le scepticisme politique, il attribue la faute à la désinformation plutôt qu’au phénomène en soi. « Ce qui me rend sceptique, ça a principalement à faire avec la désinformation. Oui, il y a un scepticisme envers les institutions politiques, mais ça dépend toujours lesquelles. »
Il tempère toutefois son scepticisme. « Pour autre chose, comme Élections Québec ou Élections Canada, je pense quand même avoir une bonne confiance envers ces institutions-là, pareil pour le système de justice. Bien qu’il soit clairement imparfait, je ne pense pas qu’il nous ment. Je pense seulement qu’il est profondément inefficace », poursuit-il.
Enfin, sur une note plus positive, Mélissa Généreux demeure convaincue que la courbe de scepticisme numérique, tout comme celle de la polarisation, finira par revenir à la normale. « Je pense qu’on va se tanner. À chaque menace, on se dit que c’est une nouvelle opportunité. Je fais beaucoup confiance à la nouvelle génération que les erreurs des précédentes générations ne seront pas reproduites. »
Source : Fondation Jean Jaurès
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
