Par Médéric Dens

Au Québec, comme ailleurs dans le monde, les enjeux sociaux ont évolué depuis l’avènement du 21e siècle. Parallèlement, le militantisme a lui aussi évolué, passant d’une vague de manifestations vers des formes d’engagement en ligne. Or, même si une part croissante de la jeunesse retrouve l’envie de militer, les résultats, eux, semblent plus difficiles à obtenir.
Du mouvement « Québécoises deboutte ! » dans les années 1970 au Printemps érable de 2012, en passant par la justice climatique et communautaire, le militantisme a connu des changements drastiques dans l’histoire du Québec. Quant à lui, le militantisme jeunesse occupe à nouveau une place centrale dans un contexte plus complexe et tendu.
En 2020, plus de 17,9 % des 15 à 34 ans affirmaient avoir participé à une manifestation ou à une marche de protestation selon Statistique Québec. Chez les 35 à 64 ans, ces chiffres s’établissent plutôt à 7,5 %, un écart considérable.
En comparaison avec les données de 2013, on observe une augmentation générale de 6,4 % chez les jeunes, tandis que les implications au sein de partis politiques ont connu un essor de plus de 15 % en sept ans. L’éclatement des nombreuses causes soutenues par la jeunesse, mais surtout l’éventail des techniques employées fait croire à une tendance marquée chez cette tranche d’âge.
Pourquoi la jeunesse milite-t-elle ?
La jeunesse semble être porteuse d’une voix populaire, et ce, pour la majorité des enjeux nécessitant une mobilisation. Pour Jean-Patrick Brady, chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, doctorant de l’École nationale d’administration publique et ancien président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), « la jeunesse incarne un changement dans la façon de communiquer et de militer. C’est faux de dire que les jeunes ne se mobilisent plus, ils ne se mobilisent simplement plus de la même façon qu’auparavant ».
Pour la première personne questionnée, bachelière en travail social, le militantisme ne devrait pas être exclusif à la jeunesse, bien au contraire. « À mon sens, ce n’est pas qu’à la jeunesse de faire œuvre de militantisme, ça devrait être tout le monde. Il n’y a pas d’âge pour être militant, et c’est justement la richesse du militantisme », a-t-elle mentionné au Journal.
« Il faut que ce soit intergénérationnel, enchaîne-t-elle. Ce n’est pas que les jeunes qui ont une réponse aux enjeux sociaux, clairement pas. Je ne considère pas que lorsque je ne serai plus jeune, que ce soit à la jeunesse de prendre le relais de la justice sociale. Cette volonté, j’espère à tout le moins la continuer et ne pas que m’en remettre à la jeunesse pour régler les problèmes sociaux. »
Le « slacktivisme », militer en ligne
L’explosion des médias sociaux pousse les jeunes à militer en ligne. Le « slacktivisme » (slacktivism), qui est défini comme un militantisme en ligne ou encore un militantisme mou dans sa traduction pure, devient donc une nouvelle option chez les jeunes, pour qui plus de 18 % affirment avoir exprimé une opinion politique sur différentes plateformes.
Selon Jean-Patrick Brady, le militantisme en ligne modifie quelque peu les rapports et les dynamiques sociales, sans toutefois affaiblir ou décrédibiliser le militantisme en personne. « C’est vraiment une technologisation du militantisme (…) les rapports sociaux sont différents avec les réseaux. Le contact humain fait vivre le militantisme (…) en réalité, le militantisme existe encore, mais l’identité militante devient plus difficile à définir ou à décrire », estime-t-il.
Dans cette même optique, la première personne ayant répondu estime qu’ « on peut militer en ligne », mais que de vrais changements nécessitent des contacts humains en personne ».
La deuxième personne questionnée par Le Collectif, bachelière en politiques appliquées, croit aussi que l’« espace public physique doit être investi pour faire bouger les choses », même si « Internet a une capacité assez importante à diffuser des messages rapidement et éveiller la conscience ».
Les causes à la mode
Comme mentionné plus haut, la diversification des luttes sociales pousse certaines personnes, souvent jeunes, à choisir un ou plusieurs axes qui leur tiennent à cœur.
La première personne questionnée par Le Collectif, elle, milite principalement pour le salariat étudiant et pour la reconnaissance de la valeur productive du travail de reproduction sociale dans la société. « Pour moi, il y a quelque chose de vraiment important dans la reconnaissance (…). C’est ça mon champ de bataille », s’est-elle confiée. Elle tente également d’intégrer ce militantisme dans une logique plus internationaliste, notamment en lien avec la division et la dévalorisation du travail des personnes migrantes.
De son côté, la seconde personne milite aussi pour la rémunération des stages au sein des cégeps et des universités depuis plusieurs années : « C’est la cause étudiante avec laquelle nous avons une plus grande fenêtre d’opportunité et de visibilité (…) à force d’échanger et de lire sur ce sujet, je me suis rendu compte que c’est une lutte fondamentale pour la justice sociale », affirme-t-elle. Elle baigne dans le militantisme depuis le secondaire, où les luttes environnementales ont éveillé son esprit et lui ont donné l’envie de militer.
Militer : simple tendance ou ancrage idéologique ?
À travers l’histoire du Québec et du Canada, le militantisme a évolué et l’adhésion aux diverses causes a elle aussi changé. Bien qu’il semble faire partie intégrante de notre génération, il reste à savoir si le militantisme est désormais un catalyseur des avancées sociales ou un engouement temporaire.
Pour Jean-Patrick Brady, le militantisme demeure ancré dans nos sociétés, mais un contexte plus difficile pousse ces mouvements à s’imposer davantage. « C’est vrai qu’aujourd’hui, il y a une inquiétude et un doute face au futur de la Terre et de l’humanité (…). Il semble y avoir, actuellement, une crise de conscience, mais je ne suis pas encore convaincu que cela perdurera. Ce sont des vagues, tant sur la forme que sur les champs d’intérêt. »
Ainsi, même si la jeunesse semble retrouver une passion militante, un possible apaisement des tensions sociales, politiques, économiques et environnementales pourrait ralentir cette tendance.
Source : Getty Images
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
