Par Nicolas Mathieu

Après deux mandats à l’Assemblée nationale, Christine Labrie ne sera pas candidate aux prochaines élections provinciales. Députée de Sherbrooke pour Québec solidaire depuis 2018, elle occupait notamment les responsabilités de porte-parole en matière d’affaires municipales, pour les aînés et pour la région de l’Estrie.
La fin de la législature est pour elle l’occasion de revenir sur ses huit années de vie politique, entre fiertés, dossiers inachevés et sentiment de limites face au rythme des changements.
Un bilan entre fiertés et sentiment d’impuissance
Christine Labrie dit avoir voulu être « la députée qu’elle aurait voulu avoir ». Dès son entrée en politique, elle souhaitait rester proche des gens et donner une voix à des personnes qui sont peu entendues. Elle se dit fière d’avoir porté des enjeux nationaux qui la rejoignaient, notamment ceux liés aux femmes et à l’éducation, tout en appuyant des projets locaux.
Parmi ses réalisations, elle mentionne le centre de crise L’Éclaircie à Sherbrooke, une ressource temporaire pour des adultes en période de crise. Ce projet était envisagé depuis plus de 20 ans dans le milieu communautaire, sans engagement politique clair. Christine Labrie estime avoir joué un rôle important pour le faire avancer jusqu’à son ouverture. Elle souligne aussi le travail réalisé autour du rapport « Rebâtir la confiance », qui propose de nombreuses recommandations pour améliorer l’accompagnement des victimes de violence conjugale ou sexuelle, et la mise en place de la ligne Rebâtir, offrant des conseils juridiques gratuits à des milliers de personnes.
Elle demeure cependant marquée par certains dossiers qu’elle juge inachevés. L’accès aux services pour les familles d’enfants à besoins particuliers, handicapés ou autistes reste, selon elle, insuffisant. Elle se dit particulièrement frappée par le sentiment d’impuissance qu’elle a ressenti en travaillant sur ces enjeux. Elle évoque aussi les difficultés rencontrées dans le dossier du Centre de réadaptation Val‑du‑Lac, où des jeunes se plaignaient de leurs conditions de vie. Malgré une visite conjointe avec le ministre responsable, elle estime ne pas avoir eu accès à toutes les informations souhaitées, ce qui a renforcé son impression de « parler dans le vide » lorsque les alertes ne trouvent pas d’écho.
Ce mélange de fierté et de frustration l’a amenée à décider de ne pas briguer un troisième mandat. Elle juge que le rythme des changements en politique est souvent plus lent que ce qu’elle espérait et que les nombreuses luttes menées ne débouchent pas toujours sur les résultats souhaités. Elle dit avoir craint de devenir trop cynique si elle continuait dans ce rôle pour quatre années supplémentaires.
Christine Labrie reconnaît aussi que la dynamique politique peut être source de désillusion. Elle affirme ne pas toujours avoir été fière de ce qu’elle voyait à l’Assemblée nationale, comme citoyenne, et que certains comportements ne correspondaient pas à sa vision de ce que devrait être la vie parlementaire. Elle se sentait parfois « contaminée » par ce climat, ce qui a pesé dans sa décision de quitter.
Sur le plan partisan, elle note un changement de ton depuis l’arrivée de Christine Fréchette comme première ministre. Elle considère que cette dernière est davantage à l’écoute de la population et des partis d’opposition. Elle souligne notamment l’adoption en fin de législature de lois comme celles liées aux dossiers Gabie Renaud et Zachary Miron, portées par l’opposition et acceptées par le gouvernement. Elle estime que si cette attitude avait été présente plus tôt, elle aurait pu envisager de rester plus longtemps. Pour la suite, elle souhaite que les propositions provenant de tous les partis, incluant l’opposition, soient mieux entendues, peu importe le gouvernement en place.
Avant son élection, Christine Labrie était chargée de cours en histoire à l’Université de Sherbrooke et doctorante en études féministes. Elle a aussi agi comme leader parlementaire de Québec solidaire, participé à l’étude de plusieurs projets de loi et déposé des propositions pour prévenir la violence à caractère sexuel dans les écoles. Réélue en 2022, elle a continué de travailler sur la dignité des aînés et sur les dossiers municipaux. Pour la suite, elle prévoit d’abord un temps de repos, avant de réfléchir à ses prochains engagements.
Source : Page Facebook de Ruba Ghaza
