Par Frédérique Maysenhoelder

L’Université de Sherbrooke (UdeS) franchit une étape déterminante en recherche médicale avec la création d’une chaire de recherche interdisciplinaire en restauration neurologique. Cette initiative vise à développer des solutions innovantes pour redonner le contrôle du mouvement à des personnes vivant avec une paralysie ou des troubles neurologiques sévères.
Elle s’inscrit dans une volonté plus large de transformer la manière dont la médecine aborde les atteintes du système nerveux, en passant d’une logique de compensation à une approche de réparation.
Portée par la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) en collaboration avec le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), la chaire s’attaque à un enjeu de taille : permettre à des patients de retrouver certaines fonctions motrices perdues à la suite d’un accident, d’une maladie ou d’une lésion de la moelle épinière.
La neuromodulation au cœur des solutions
Au centre de cette initiative se trouve la neuromodulation, une approche en plein essor qui consiste à stimuler électriquement certaines régions du système nerveux afin de réactiver des circuits neuronaux. Ces technologies, qui incluent notamment des implants et des dispositifs de stimulation, ouvrent la porte à des percées impressionnantes dans le traitement de la paralysie.
Contrairement aux traitements traditionnels, souvent limités à la gestion des symptômes, la neuromodulation permet d’envisager une récupération partielle, voire significative, des capacités motrices. Les chercheurs espèrent ainsi améliorer concrètement l’autonomie et la qualité de vie des patients et des patientes, en leur permettant de retrouver certains gestes du quotidien.
Une expertise multidisciplinaire
À la tête de la chaire, le neurochirurgien Christian Iorio-Morin dirigera une équipe composée de spécialistes issus de plusieurs disciplines, allant de la neurochirurgie à l’ingénierie biomédicale, en passant par la réadaptation et les sciences sociales. Cette approche collaborative est essentielle pour relever les défis complexes liés au développement et à l’implantation de ces technologies.
L’objectif n’est pas seulement de faire avancer les connaissances, mais aussi de traduire rapidement les découvertes en applications cliniques concrètes. Cela implique la mise en place d’essais cliniques, l’évaluation des technologies auprès de patients et l’adaptation des approches en fonction des résultats obtenus.
Combler un retard au Canada
Bien que des avancées importantes aient été réalisées en Europe et aux États-Unis dans ce domaine, le Canada accusait jusqu’à récemment un certain retard, notamment en raison du manque d’infrastructures spécialisées. La création de cette chaire permet de combler ce vide et de positionner le Québec comme un acteur crédible et innovant dans le domaine de la restauration neurologique.
En offrant un environnement propice à la recherche et à l’expérimentation, l’Université de Sherbrooke contribue à attirer des talents, à former une nouvelle génération de chercheurs et à renforcer les capacités du réseau de la santé à intégrer ces innovations.
Des enjeux éthiques au cœur du projet
Au-delà des avancées technologiques, la chaire intègre également une réflexion approfondie sur les enjeux éthiques et juridiques liés à l’utilisation de ces dispositifs. L’implantation de technologies dans le système nerveux soulève des questions importantes, notamment en matière de consentement, d’accessibilité, de sécurité et d’équité.
Les chercheurs souhaitent ainsi encadrer le développement de ces innovations de manière responsable, en s’assurant qu’elles bénéficient au plus grand nombre tout en respectant les droits et la dignité des patients.
Un soutien essentiel pour l’innovation
La mise en place de cette chaire a été rendue possible grâce à l’appui de partenaires philanthropiques, dont la Fondation du CHUS et le Fonds Famille Jean Morin. Leur contribution financière permet non seulement de soutenir la recherche, mais aussi d’acquérir des équipements spécialisés, de financer des projets cliniques et de former la relève scientifique.
Vers une médecine de la réparation
Avec cette nouvelle chaire, l’Université de Sherbrooke confirme son rôle de leader en recherche en santé et son engagement envers l’innovation. Plus qu’un projet scientifique, il s’agit d’un changement de paradigme : la médecine ne se limite plus à traiter ou à compenser, elle aspire désormais à réparer.
En redonnant espoir à des personnes atteintes de paralysie, cette initiative ouvre la voie à une transformation profonde des soins neurologiques. Elle témoigne d’un avenir où les avancées technologiques et scientifiques permettront non seulement de prolonger la vie, mais aussi d’en améliorer significativement la qualité.
Crédit : Mathieu Lanthier UdeS
Frédérique Maysenhoelder
Frédérique occupe le pupitre de la section Culture pendant son baccalauréat en communication appliquée. Passionnée par les médias écrits bien avant son entrée à l’université, elle a d’abord complété un DEC en journalisme au Cégep de Jonquière, où elle a aiguisé sa plume et son regard critique.
