Par Frédérique Maysenhoelder-Gosselin

Une vaste étude dirigée par un chercheur de l’Université de Sherbrooke (UdeS) vient de recevoir un financement majeur de 5 millions de dollars pour mieux comprendre les transformations des lacs au Canada. Ce projet ambitieux, soutenu par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), pourrait changer notre manière de protéger les écosystèmes d’eau douce.
Intitulé Altered Lakes Transformed Roles (Lacs modifiés, rôles transformés), le programme de recherche est piloté par le professeur Yannick Huot du Département de géomatique. Pendant cinq ans, son équipe analysera les effets de l’activité humaine sur les lacs, un enjeu environnemental devenu critique dans un contexte de changements climatiques accélérés.
Comprendre ce qui échappe encore à la science
Si l’état de santé de plusieurs lacs est déjà documenté, les mécanismes précis qui expliquent leur dégradation restent encore mal compris. Le projet vise à combler cette lacune en s’attaquant à trois objectifs principaux : comprendre l’évolution des lacs sous pression humaine, développer de nouveaux outils pour mesurer ces changements et évaluer leurs impacts sur les écosystèmes.
« On sait identifier les facteurs qui nuisent aux systèmes d’eau douce, mais on comprend encore mal les processus environnementaux en jeu », souligne le professeur Huot. Cette méconnaissance limite la capacité des scientifiques à prédire l’évolution des milieux aquatiques.
Parmi les principales pressions identifiées : le réchauffement climatique, l’urbanisation, l’apport excessif de nutriments et la transformation des paysages.
Une collaboration scientifique d’un océan à l’autre
Le projet repose sur une collaboration pancanadienne réunissant 17 cochercheurs et 18 collaborateurs issus de plusieurs universités et organismes gouvernementaux. Des expertises variées — hydrologie, limnologie, biogéochimie et chimie analytique — sont mobilisées pour offrir une vision globale des transformations en cours.
Au cœur de cette initiative, la formation de la relève occupe une place importante. Pas moins de 57 étudiantes, étudiants et stagiaires participeront au projet, une occasion unique de contribuer à une recherche d’envergure tout en développant leurs compétences.
Des lacs québécois à l’étude
Dans le cadre de cette étude, 18 lacs situés dans le sud du Québec seront analysés en profondeur. Les chercheurs utiliseront des technologies de pointe, combinées à des campagnes d’échantillonnage menées tout au long de l’année. L’objectif : développer de nouveaux indicateurs capables d’évaluer plus précisément la santé des lacs et leur rôle dans les écosystèmes.
Ces données permettront de mieux comprendre les dynamiques à l’échelle des bassins versants, un élément clé pour adapter les stratégies de gestion de l’eau.
Un enjeu national
Avec près de trois millions de lacs, le Canada possède l’une des plus grandes réserves d’eau douce au monde. Les résultats de ce projet pourraient donc avoir des retombées majeures, tant pour la protection de l’environnement que pour la gestion des ressources naturelles.
À l’heure où les écosystèmes aquatiques subissent des pressions sans précédent, cette recherche positionne l’Université de Sherbrooke au cœur des efforts scientifiques visant à préserver l’eau douce pour les générations futures.
Crédit : UdeS
Frédérique Maysenhoelder
Frédérique occupe le pupitre de la section Culture pendant son baccalauréat en communication appliquée. Passionnée par les médias écrits bien avant son entrée à l’université, elle a d’abord complété un DEC en journalisme au Cégep de Jonquière, où elle a aiguisé sa plume et son regard critique.
