Par Médéric Dens

Après 16 ans sous l’égide de Viktor Orbán, la Hongrie change de cap, en élisant Peter Magyar, chef du Tisza (Parti Respect et Liberté), à la tête du pays. Remportant 138 sièges sur 199 avec 53,56 % des voix, Péter Magyar défait donc le Fidesz de Viktor Orbán, qui ne se contente que de 55 sièges pour 37,86 % des voix. Un vent de changement émerge au pays, tandis que le nouveau premier ministre se dit soulagé d’avoir « libéré la Hongrie ».
Le 12 avril dernier, les personnes hongroises étaient appelées à se prononcer sur la volonté de changer, ou encore de conserver, le régime politique actuel. C’est ainsi que Péter Magyar, chef du Tisza et ancien membre du Fidesz, devient le nouveau premier ministre hongrois, après 16 ans de règne sous Orbán, marqués par une critique de l’immigration, une transition vers une démocratie illibérale et un rapprochement russe et américain. La population désirant manifestement du changement, le taux de participation aux élections s’établit à 79,50%, un record historique.
Pour Péter Magyar, cette victoire représente beaucoup, surtout pour les jeunes, qui n’ont pratiquement connu aucun autre parti au pouvoir que Fidesz : « Environ 3,3 millions de personnes ont voté pour nous, ce qui nous confère un mandat important et ouvre d’immenses perspectives. Le Fidesz détenait auparavant une majorité des deux tiers, mais il ne compte plus qu’un cinquième des sièges », a-t-il mentionné lors de son discours victorieux.
Le nouveau premier ministre critique toutefois les moyens entrepris par le Fidesz pour tenter de rester au pouvoir : « Je tiens à souligner que si ce parti a remporté autant de sièges, c’est grâce à une machine de propagande colossale qui dépense des centaines de milliards en diffusion de mensonges. »
À noter que plusieurs affiches propagandistes étaient postées partout au pays, dont à Budapest, des affiches illustrant Péter Magyar comme étant sous l’emprise du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Le parti de Viktor Orbán avait même menacé de divulguer une vidéo sexuelle compromettante, dans laquelle figurerait possiblement Péter Magyar.
Des enjeux variés
Plusieurs enjeux étaient au cœur des débats. D’abord, les critiques virulentes adressées envers l’Ukraine par Orbán ont fait diminuer sa crédibilité à l’international. Quant à lui, Magyar prônait un soutien à l’Ukraine pour défendre les intérêts hongrois, mais surtout européens pour faire face à une Russie toujours plus agressive grâce à ses frappes stratégiques de drone.
Puis, Magyar, comme lors de son départ du parti d’Orbán, misait sur plusieurs mesures anticorruption, phénomène contribuant au cynisme politique bien ancré dans la réalité des personnes hongroises.
Sur le plan de l’immigration, Magyar proposait des mesures semblables à celles que met de l’avant Orbán, même si le chef du Tisza inclut une vision centraliste et européenne, en pleine cohérence avec son désir d’intégrer la zone euro.
De son côté, l’Union européenne s’est réjoui de cette victoire du Tisza : « La Hongrie a choisi l’Europe, et l’Europe a toujours choisi la Hongrie », a affirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, par voie de communiqué.
Qui est Péter Magyar ?
Âgé de seulement 45 ans, le nouveau premier ministre hongrois détient un pedigree politique étoffé. D’abord, il grandit en côtoyant son grand-oncle, qui fut président de la Hongrie de 2000 à 2005. Impliqué auprès du Fidesz dès 2006, Magyar est nommé fonctionnaire au sein du ministère des Affaires étrangères. Il est ensuite nommé au sein d’entreprises publiques gouvernementales, notamment au sein du Centre pour les prêts étudiants.
Entre 2023 et 2024, de nombreux scandales de corruption éclaboussent le parti de Viktor Orbán, mais Magyar se présente comme un porte-étendard de la cause anticorruption, aux côtés, entre autres, de son ex-femme, Judit Varga, ancienne ministre de la Justice. Magyar finit par démissionner pour devenir chef du Tisza, prônant un parti politique plus éthique et axé sur la transparence.
Par la suite, Péter Magyar rejoint la formation politique Tisza, parti de centre-droite opposé à la corruption d’abord et avant tout. Lors de la dernière campagne, ce dernier misait sur des marches militantes réunissant des dizaines de milliers de personnes, pour critiquer l’inaction du gouvernement Fidesz, mais aussi pour changer le discours politique hongrois.
Les implications américaines
Si nous nous sommes habitués aux stratagèmes utilisés par la Chine et la Russie pour influencer les élections, les États-Unis commencent eux aussi à s’impliquer dans les élections, surtout européennes. Ce fut entre autres le cas lors des dernières élections législatives allemandes, où JD Vance et Elon Musk avaient expressément démontré leur soutien à l’AFD, un parti populiste d’extrême droite.
Pour les élections hongroises, le président Trump a encore une fois misé sur son vice-président, JD Vance, pour soutenir le candidat au poste de premier ministre, Viktor Orbán. C’était aussi l’occasion d’éloigner son vice-président en raison des négociations entourant la guerre en Iran, que JD Vance avait ouvertement critiqué.
« Nous devons faire réélire Viktor Orbán premier ministre de Hongrie (…) Je lui ai demandé (à Orbán), aujourd’hui, si nous pouvions bénéficier de certaines des généreuses subventions familiales, mais il a malheureusement répondu M. le vice-président, il n’y a que quatre Hongrois qui en bénéficient », a mentionnée le vice-président américain devant une foule enflammée.
Fidèle allié de Viktor Orbán, Vladimir Poutine a également été accusé d’ingérence par plusieurs médias internationaux. The Washington Post a d’ailleurs publié une enquête dévoilant des stratégies russes visant à simuler une tentative d’assassinat sur Viktor Orbán pour rehausser sa popularité, stratégie surnommée « gamechanger ».
Source : Getty Images
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
