Hausse de la violence dans les hôpitaux au Québec 

Par Salma Labiede 

 Une augmentation de 69 % des événements violents a été constatée entre 2019 et 2024 dans les hôpitaux du Québec. 

Derrière les salles d’attente bondées des hôpitaux québécois, une réalité préoccupante s’impose de plus en plus : la montée de la violence envers le personnel soignant. Alors que des patients attendent parfois pendant des heures avant de consulter un médecin, les tensions s’accumulent et, dans certains cas, dégénèrent en gestes agressifs. 

Les causes de cette violence sont multiples. Les enjeux de santé mentale, la toxicomanie, l’impatience et la frustration liée aux délais d’attente figurent parmi les principaux facteurs déclencheurs. Le docteur Elazhary, qui a lui-même été victime de plusieurs agressions, témoigne de la gravité de la situation. Il évoque notamment un coup à la tête, une fracture de l’orbite et un objet pointu lancé dangereusement près de son œil. Avec l’expérience, il a appris à reconnaître certains signes avant-coureurs : un regard inhabituel, un silence lourd, des cris soudains ou encore des blessures difficiles à expliquer. 

Si la violence physique marque les esprits, la violence verbale demeure la plus fréquente. Insultes, menaces et propos agressifs font désormais partie du quotidien de nombreux travailleurs de la santé. Bien que moins visibles, ces attaques laissent des séquelles psychologiques importantes et durables. 

Le triage : une source d’incompréhension  

Le fonctionnement même des urgences peut contribuer à exacerber les tensions. Les patients y sont pris en charge selon une échelle de priorité allant de 1 à 5, basée sur la gravité de leur état, et non selon leur ordre d’arrivée. Ainsi, une personne arrivée plus tard peut être traitée plus rapidement si son cas est jugé urgent, ce qui peut être difficile à accepter pour ceux qui attendent depuis longtemps. 

Des mesures de sécurité renforcées  

Face à cette montée de la violence, plusieurs établissements ont renforcé leurs mesures de sécurité. Depuis septembre 2025, des agents de sécurité du CIUSSS de l’Estrie portent par exemple des gilets anti-couteau afin de se protéger contre d’éventuelles agressions. De plus, de nombreux employés reçoivent une formation pour mieux désamorcer les situations de crise. Lorsqu’un incident survient, le personnel peut déclencher un « code blanc », un signal interne discret indiquant qu’une intervention est nécessaire sans alerter davantage la personne présentant des signes d’agressivité. 

Cependant, tous les hôpitaux ne disposent pas des mêmes ressources. Certains établissements ne comptent aucun agent de sécurité sur place et doivent faire appel aux forces policières en cas de débordement. Cette intervention implique souvent de vider temporairement la salle d’attente, perturbant encore davantage les services déjà sous pression. 

Selon des données rapportées par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), les incidents violents dans le réseau de la santé sont en forte hausse. En 2019, 1 508 événements avaient été recensés, contre 2 555 en 2024, soit une augmentation de 69 %. Ces chiffres incluent divers types d’agressions, allant des morsures aux voies de fait, en passant par les menaces verbales. 

Cette situation alarmante soulève des inquiétudes croissantes quant à la sécurité du personnel médical. Pour plusieurs, le climat de travail devient de plus en plus difficile, voire dangereux. Alors que le réseau de la santé est déjà fragilisé, la lutte contre la violence apparaît désormais comme un enjeu incontournable pour assurer la protection de ceux qui soignent.  


Source : MACSF

Salma Labiede
Journaliste at Journal Le Collectif   More Posts
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