Par Médéric Dens

Sous fond de mésententes budgétaires, Washington a envoyé des agents du U.S Immigration and Customs Enforcement, ou ICE, dans plus d’une dizaine d’aéroports pour assurer la sécurité. Le Parti démocrate dénonce fermement cette annonce, tandis que le Parti républicain de Donald Trump accuse les démocrates de vouloir briser et diviser le pays.
Des aéroports de Chicago, du New Jersey, de Porto Rico, de Houston et d’Atlanta, entre autres, ont récemment obtenu du support de la part du ICE pour contrebalancer l’absence de plusieurs personnes employées, absence due à des dissensions budgétaires survenues à la Chambre des représentants.
Lors de l’adoption du budget, les démocrates désiraient séparer le budget des personnes employées sous la Transportation Security Administration (TSA), département assurant la sécurité aéroportuaire, du budget du ICE. Cette démarche vise à éviter de mêler le trafic aérien aux enjeux liés à l’immigration, ce que le président Donald Trump dénonce fermement.
« C’est la faute des Démocrates si l’aéroport est dans un tel état. Ils veulent la ruine de notre pays. Ils veulent que notre pays échoue. Ils ont violé la loi déjà signée parce qu’ils veulent s’occuper des criminels entrés illégalement sur notre territoire, plutôt que des citoyens américains. Merci à nos formidables agents de l’ICE pour leur aide précieuse. Cela fait toute la différence. Je vais peut-être faire appel à la Garde nationale pour obtenir des renforts », a-t-il affirmé sur ses réseaux sociaux.
Une lourde congestion dans certains aéroports
Plusieurs vols sont retardés, voire annulés en raison de cette paralysie budgétaire. Mais pour Everett Kelly, président de la Fédération américaine des employés du gouvernement, notamment responsable des employés aéroportuaires, le déploiement du ICE ne suffit pas pour régler la situation : « Nos membres de la TSA se présentent chaque jour au travail sans être payés, car ils croient en la mission qui consiste à assurer la sécurité des passagers aériens », a déclaré M. Kelly lors d’une entrevue menée le 22 mars dernier.
Les méthodes employées par ICE dans les aéroports sont pourtant bien différentes de celles qu’utilise normalement le personnel. En effet, de nombreuses images circulent dans plusieurs médias, où l’on y voit des personnes souvent jeunes, portant des armes d’assaut à la ceinture, des pratiques peu habituelles et non normalisées dans les aéroports.
Le responsable des opérations du ICE dans les aéroports, Tom Homan, a directement mentionné les intentions du ICE, tandis que Donald Trump n’a pas encore osé l’exprimer aussi clairement. Questionné par le média Fox News, Homan a démontré toute la largesse opérationnelle dont bénéficient les agents du ICE : « Nous assurons une mission de sécurité dans les aéroports. Nous allons arrêter les criminels qui transitent par l’aéroport. Nous allons lutter contre le trafic d’êtres humains, le trafic sexuel et le blanchiment d’argent. »
Un premier regard vers les élections de mi-mandat
Les tensions entre démocrates et républicains montent depuis quelques semaines, donnant le ton à des élections de mi-mandat au coude à coude. Du côté démocrate, les critiques envers les agents du ICE sont vives, et le parti tente de limiter la portée de l’organisation. Depuis la mort de Renee Good à Minneapolis, le 7 janvier dernier, le parti fait effectivement tout en son pouvoir pour limiter les actions du ICE, expliquant d’ailleurs la paralysie budgétaire massive qui aura duré plusieurs jours.
Du côté de Donald Trump, c’est tout à fait l’inverse. Ce dernier tente de maximiser les actions du ICE dans plusieurs sphères et de centraliser les pouvoirs entre les mains de son administration. C’est d’ailleurs pourquoi le déploiement du ICE dans les aéroports s’est fait tout naturellement.
Les personnes élues démocrates mettent de l’avant des préoccupations liées aux droits civiques et aux pratiques parfois violentes du ICE, tout en proposant des mesures visant à encadrer davantage ses activités. À l’inverse, Donald Trump et les républicains défendent majoritairement un renforcement du rôle de l’agence, illustrant d’autant plus le contexte polarisant qui entourera les prochaines élections.
Le Save America Act, un moyen de limiter le vote des personnes immigrantes ?
Comme les élections de mi-mandat approchent à grands pas, Donald Trump tente de redorer son image, alors que les récents sondages démontrent qu’il est en voie de chuter lourdement si la tendance se maintient. C’est entre autres la raison de la mise en place du Save Act, ou HR22, forçant les personnes américaines à présenter, le jour des élections, une preuve de citoyenneté.
Cela inclut le permis de conduire, une preuve de service militaire, un passeport américain valide ou tout autre document présentant une photo et les informations clés (prénom et nom de famille, adresse, etc.). Pourtant, si les élections avaient lieu demain, c’est plus de 21 millions de personnes qui ne pourraient être en mesure de voter, faute de preuve d’identité, incluant les personnes immigrantes arrivées récemment, mais aussi tous ceux et celles qui ne détiennent pas de permis de conduire.
Pour Donald Trump, cette loi permet avant tout de centraliser les pouvoirs électoraux, mais aussi d’éviter la corruption électorale, principalement depuis la victoire de Joe Biden, qu’il considère comme une élection volée : « La loi Save America Act est l’une des lois les plus importantes et les plus lourdes de conséquences de l’histoire du Congrès et des États-Unis. Plus jamais d’élections truquées ! (…) Seuls des membres malades, déments ou déséquilibrés de la Chambre ou du Sénat pourraient voter contre la loi Save America Act. Si tel est le cas, chacun de ces points, pris séparément, sera utilisé contre eux lors de leur campagne électorale : défaite assurée ! », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.
Source : Getty Images
Médéric Dens
Médéric Dens est le chef de pupitre SOCIÉTÉ, mais il aurait tout aussi bien pu diriger la section Sports, passionné de hockey et de tennis depuis l’enfance. Récemment, la politique est devenue son nouveau centre d'intérêt. Il poursuit un baccalauréat en études politiques appliquées, cheminement politiques publiques.
