Par Rebecca Gagné

Le 12 mars dernier avait lieu le lancement du nouveau livre de Gérald Gaudet, S’émerveiller. C’est entre les murs de la librairie Appalaches que s’est déroulée la soirée intime parsemée de discussions poétiques sur l’art de voir le beau.
Dans un monde teinté de chaos, Gérald Gaudet a voulu refléter l’univers des possibles qui naît de la disparition de soi. Poète, essayiste, critique et intervieweur littéraire, l’homme aux nombreux chapeaux cherche à transformer ce qu’il nomme « mécanisme de défense » en acte de résistance. Par acte de résistance, il entend de parvenir à se retirer soi-même pour s’abandonner à ce qui nous est donné.
Cette position de retrait agit comme ligne directrice dans l’ouvrage de l’auteur qui, par sa nature éloignée, offre l’espace à la contemplation recherchée. Il contraste ce propos avec la confiance d’un enfant qui l’ouvre aux possibles et le sentiment d’urgence qui emprisonne l’adulte. D’un côté, l’être est si présent qu’il en perd ses repères. De l’autre, il est si éparpillé qu’il en devient cloué sur place.
Se qualifiant de « chercheur de grâce », Gérald Gaudet œuvre à mettre en lumière le jeu des différences que nous fait vivre l’expérience humaine. Désirant s’éloigner de la pensée mystique de la fusion amoureuse, de l’art de « s’oublier dans l’autre », l’auteur souligne l’humanité requise pour recevoir pleinement l’autre dans tous ses défauts. Selon lui, c’est lorsqu’on s’ouvre réellement à autrui que l’émerveillement s’installe.
Pour ce faire, il recourt à différentes paroles qui ne sont pas siennes. Fervent adepte des citations, Gérald Gaudet donne voix à ce qu’il appelle son « chœur de femmes », qui est pour lui particulièrement porteur de vérité.
Une distinction est à faire quant à la nouvelle œuvre de l’auteur, qui est la quatrième publiée chez les éditions Nota bene. Il ne s’agit pas là d’un récit romancé calqué sur les expériences humaines du quotidien, mais plutôt d’un essai qui s’inspire de l’émerveillement humain qui surgit des moments simples.
Au fil de ses écrits, Gérald Gaudet laisse transparaître sa croyance qu’il n’y a pas qu’une façon d’exister, qu’elle soit imposée par soi-même ou par les autres. Une autre croyance existe. « C’est une croyance des plus fondamentales et des plus belles, qui est une croyance en une certaine beauté, une certaine grâce qui vient de la vie. C’est une phrase de la vie que je suis capable de voir dans vos yeux, que je suis capable de voir dans son film, que je vois dans son poème, dans ses questions… ».
Crédit : Rebecca Gagné
