Mer. Mai 29th, 2024

Par Alexandre Ménard 

Le mandat de Liz Truss est passé à l’histoire, mais pour de bien tristes raisons. En effet, au Royaume-Uni, aucun premier ministre n’a eu un règne plus court que celui de l’ex-première ministre. 

Le 20 octobre dernier, après quarante-quatre jours au pouvoir, Liz Truss s’avance devant le 10, Downing Street pour s’adresser aux journalistes. « Vu la situation, je ne peux pas remplir le mandat sur lequel j’ai été élue par le Parti conservateur », explique la première ministre. C’est ainsi que prend fin un piètre mandat marqué notamment par un plongeon historique de la livre sterling. 

Un mandat chaotique  

Liz Truss succède à Boris Johnson alors que ce dernier a dû démissionner des suites du « Party Gate». Le 6 septembre dernier, au terme d’une rencontre avec la reine Élizabeth II, Liz Truss est officiellement devenue première ministre. Les débuts du gouvernement Truss sont complètement éclipsés par le décès de la souveraine deux jours plus tard.  

La présentation, deux semaines après sa nomination à titre de première ministre, d’un « mini-budget » par son ministre des Finances Kwasi Kwarteng a été le premier revers du gouvernement Truss, rapporte le 24 heures. Ce « mini-budget » avait pour but de relancer la croissance notamment par l’extraction du pétrole et du gaz et promettait une baisse d’impôts de dizaines de milliards de livres ainsi qu’un gel des prix pour les particuliers et les entreprises.  

Financé par la dette publique, ce plan a contribué à l’affolement des marchés économiques selon plusieurs experts. Ceci a créé une « envolée du coût du crédit et la livre plonge à un niveau historique, signe de l’inquiétude grandissante des investisseurs. » La Banque d’Angleterre a dû intervenir en urgence sur le marché obligataire face à un « risque important pour la stabilité financière du Royaume-Uni », selon le journal 24 heures.  

« Même le Fonds monétaire international (FMI) s’en mêle et décrit la politique monétaire du gouvernement en période inflationniste », rapporte la journaliste Anne-Sophie Roy. Ainsi, la hausse du taux directeur décrétée par la Banque d’Angleterre entraîne une hausse des taux hypothécaires rajoutant une pression de plus sur les Britanniques qui doivent faire face à une inflation de 10 %. Ainsi, après un faux départ aussi désastreux, le Parti travailliste, qui forme l’opposition officielle au Royaume-Uni, connaît depuis une envolée dans les sondages. 

Cette situation difficile fait plonger la cote de popularité de Liz Truss et du Parti conservateur au plus bas depuis 1990. Le 5 octobre dernier se déroulait le congrès du Parti conservateur sous un fond de tension. Certains membres du Parti doutent de Liz Truss et souhaitent même déjà une nouvelle direction à la tête du pays. Durant ce congrès, Liz Truss renonce à plusieurs mesures, mais conserve la baisse d’impôts. 

Les tensions et les critiques persistent. Le 14 octobre, le ministre des Finances est sacrifié et remplacé par Jeremy Hunt qui annonce dès son arrivée l’annulation d’une vaste majorité du programme de Liz Truss. Elle reconnaît le 16 octobre l’échec de son « mini-budget » et mentionne avoir écouté et compris que le pays souhaite une nouvelle direction économique. Cependant, les tensions à l’intérieur de son Cabinet et du Parti voient la popularité de celui-ci dans le pays être en chute libre depuis l’arrivée de Liz Truss. Lesdites tensions ont raison de cette dernière qui, quelques jours après avoir dit en chambre qu’elle n’est pas une perdante, mais une battante, annonce sa démission.  

Rishi Sunak, le nouveau premier ministre  

Âgé de 42 ans, ex-banquier et ministre des Finances sous Boris Johnson, Rishi Sunak est devenu le 25 octobre dernier le troisième premier ministre britannique en 2 mois. Récemment en poste, il a commencé aussitôt à former un nouveau gouvernement. Son but est de fournir « des gages aux marchés, à fleur de peau depuis les annonces budgétaires de septembre, et rassembler une majorité très divisée après 12 ans de pouvoir. » Ce dernier a beaucoup de travail devant lui.  

Dans sa première rencontre avec son nouveau Cabinet, le premier ministre Sunak dit vouloir que « la stabilité économique et la soutenabilité budgétaire soient au cœur de la mission de son gouvernement ». Concernant le volant économique, le nouveau premier ministre a reconduit le ministre des Finances Jeremy Hunt et a annulé presque l’ensemble des baisses d’impôts annoncées par Liz Truss. Cette annulation est la première action du nouveau premier ministre visant à rassurer les marchés. Le premier ministre Sunak s’est également entouré d’alliés dont James Cleverly aux Affaires étrangères, Ben Wallace à la Défense nationale et Dominic Raab à la Justice et au poste de vice-premier ministre. 

En somme, la situation reste assez tendue au Royaume-Uni et il sera définitivement intéressant de voir si le nouveau premier ministre s’inscrira dans la continuité de Liz Truss ou bien s’il réussira à ramener une stabilité au pays afin de faire face à la crise actuelle.  


Crédit image @Reuters web

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