L’Iran au pied du gouffre 

Par Meg-Anne Lachance 

L’Iran connaît une vague de manifestations monstres depuis le 28 décembre dernier. 

Des manifestations sans précédent sévissent en Iran depuis le 28 décembre dernier. Le gouvernement a, le 8 janvier, procédé à une coupure totale des communications du pays, compliquant du même coup l’accès à l’informations. Voici ce que Le Collectif sait. 

Sans communication internet, l’Iran est complètement isolé depuis alors que les autorités tentent de mettre un terme aux manifestations. L’absence de communication avec le monde extérieur permet difficilement de connaître la réalité terrain. Selon l’Organisation non gouvernementale (ONG) norvégienne Iran Human Rights (IHR), les contestations auraient déjà fait 650 morts et plus de 10 000 personnes seraient actuellement détenues. Le régime, quant à lui, dénombre une centaine de décès parmi les forces de l’ordre.  

Le ministre des Affaires étrangères du régime islamique, Abbas Araghchi a assuré lundi que le gouvernement avait réussi à reprendre le « contrôle total », une affirmation qui reste toujours sans preuve. Contrairement aux manifestations de 2022, le mouvement de cette année se déroule alors que la population iranienne a atteint le fond du baril. La baisse en popularité du régime iranien propage la vague de contestation dans des régions généralement en faveur du gouvernement. 

L’origine de la situation 

Ce sont des commerçants du Grand Bazar de Téhéran, qui ont ouvert la voie, en fermant leur boutique en signe de contestations des politiques économiques. « Aucun responsable ne nous a soutenus ou n’a cherché à savoir comment le cours du dollar affectait nos vies. Il a fallu manifester notre mécontentement », a exprimé un commerçant au journal Etemad.  

Accusé d’avoir développé un programme nucléaire, l’Iran est de nouveau la proie de sanctions occidentales depuis septembre 2025, dix ans après que ces dernières ont été levées. Trois mois après ce revers, et davantage depuis le 8 janvier dernier, le rial est au plus bas, avec un taux de 1,4 millions pour un dollar américain et 1,7 millions pour un euro. Il ne cesse de fluctuer. Selon le Centre de statistiques d’Iran, les prix ont bondi en moyenne de 52%, un chiffre qui serait selon l’organisme, beaucoup plus élevé pour les produits de nécessité. Depuis la pandémie de COVID-19, l’Iran connait une inflation d’environ 40% par année. À titre de comparatif, l’inflation canadienne se situe aux alentours de 2%. 

Parallèlement à cette crise économique, le pays est dévasté par des mois de sécheresse records, tuant les récoltes. « C’est un pays qui, depuis toujours, est connu pour son riz. Mais il n’y avait même plus de riz dans les marché », a expliqué à Radio-Canada Sami Aoun, directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient de la Chaire Raoul-Dandurand. 

Mais bien que débutées par un désir de changement économique, les manifestations ont pris une tournure importante avec l’entrée en jeu de la communauté étudiante d’une dizaine d’universités iraniennes. « Ce que demandent les personnes qui manifestent aujourd’hui, c’est carrément la fin du régime », soutient la politologue spécialiste de l’Iran associée à la Chaire Raoul-Dandurand, Hanieh Ziaei, toujours à Radio-Canada. 

De l’ouverture aux coupures 

Au départ, le gouvernement s’est montré clément et ouvert aux revendications. « J’ai demandé au ministre de l’Intérieur d’écouter les revendications légitimes des manifestants en dialoguant avec leurs représentants afin que le gouvernement puisse agir de toutes ses forces pour résoudre les problèmes et agir de manière responsable », avait écrit le président iranien, Massoud Pezeshkian sur X.  

Or, alors que le président affirmait « comprendre la légitimité des revendications », la répression policière avait déjà commencée. «  La répression s’étend et devient chaque jour plus violente », a dénoncé le directeur d’IHR, Mahmood Amiry-Moghaddam. Les ONG rapportent l’utilisation de gaz lacrymogènes ainsi que l’utilisation de balles sur les manifestants. Des vidéos partagés sur les réseaux sociaux montrent des agents des forces de l’ordre entrer dans des hôpitaux et arrêter des manifestants blessés. Amnistie internationale rapporte un « usage illégal de la force » et affirme que « les forces de sécurité iraniennes ont blessé et tué » des témoins en plus des manifestants.  

L’ouverture du gouvernement a fait un 360 quelques jours plus tard, et Téhéran a justifié sa réponse en accusant des « terroristes » et des « émeutiers armés » de vouloir déstabiliser le pays. 

Le gouvernement a finalement donné un coup dur le 8 janvier dernier, en coupant tout accès à internet à l’échelle du pays. « Cet incident fait suite à une série de mesures de censure numérique de plus en plus strictes visant les manifestations à travers le pays et entrave le droit du public à communiquer à un moment critique », explique l’ONG de cybersécurité Netblocks.  

Qu’en est-il de la suite? 

En entrevue avec La Presse, le professeur à l’École supérieure d’affaires publiques internationales de l’Université d’Ottawa, Thomas Juneau, reconnait la possible chute du régime iranien. « Je continue à croire que la chute du régime n’est pas imminente, mais son niveau de vulnérabilité interne et géopolitique a tellement augmenté au cours des dernières années que je ne peux pas dire que c’est encore loin », estime-t-il.  

Les discours quant à une possible entrée des États-Unis dans le conflit viennent également brasser les cartes. Le président Donald Trump a déjà menacé de « frapper fort » l’Iran le 8 janvier. Mardi dernier, le président a encouragé les « patriotes iraniens » à « poursuivre les manifestations » et a promis de prendre des « mesures très fermes » contre le gouvernement en cas de pendaisons de manifestants. « L’aide est en route », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social. L’intervention américaine demeure pour le moment incertaine. Plusieurs experts considèrent les menaces du président Trump comme un moyen de dissuasion.  

Au Canada, la directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone demande au Canada « d’émettre des mandats contre les personnes qui se seraient rendues coupables de ces agissements [brutalité policière] ». Le premier ministre Carney a de son côté condamné les répressions meurtrières. 


Source : C. Suthorn

Meg-Anne Lachance
Cheffe de pupitre SOCIÉTÉ at Journal Le Collectif  societe.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts

Étudiante en politique, Meg-Anne a toujours été intéressée par les enjeux internationaux, sociaux et environnementaux. Après avoir occupé le rôle de journaliste aux Jeux de la science politique, elle a eu la piqûre des communications. Guidées par un sentiment d’équité, elle s’efforce de donner une visibilité aux actualités oubliées. Féministe dans l’âme, vous pourrez certainement retrouver cette valeur dans certains de ses textes!

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