Le Québec, l’endroit dans le monde qui écoute le moins ses artistes 

Par Nicolas Hamel 

La musique en français occupe une faible place dans les écoutes numériques au Québec, selon une étude du Commissaire à la langue française.

Le Québec est l’endroit dans le monde avec le plus de désintérêt envers les artistes qui ont la langue nationale. C’est du moins ce que révèle l’enquête du Commissaire à la langue française qui a comparé les données d’écoute numérique du Québec à celles du Canada et de 24 pays.  

Sorti le 13 octobre dernier, le rapport intitulé « L’exception québécoise » démontre notamment que le Québec est le territoire où la part d’écoute dans les langues nationales est la plus faible, avec 12 %. À titre comparatif dans la francophonie, la Belgique et la Suisse sont à 27 % tandis que la France arrive au 3e rang mondial avec 45 %. Seuls l’Italie au 2e rang et l’Espagne au 1er rang devancent l’Hexagone au podium. 

Les Cowboys Fringants sauvent la mise 

Entre 2022 et 2025, aucun artiste chantant en français n’a fait le top 10 des palmarès des artistes les plus écoutés, mis à part Les Cowboys Fringants en 2023, année marquée par la prestation mémorable du groupe au Festival d’été de Québec (FEQ) et par le décès de son chanteur, Karl Tremblay. Selon le Commissaire à la langue française, il s’agit d’une situation qui contraste avec celle observée dans les autres marchés. 

Une exception difficile à expliquer 

D’après le Commissaire, la situation ne peut pas s’expliquer d’une seule façon. Les plateformes de diffusion en continu et leurs algorithmes joueraient un rôle important, notamment en mettant de l’avant les contenus déjà populaires, souvent anglophones. Elles risquent alors de rendre la musique francophone encore moins visible. Si un artiste québécois part déjà avec moins d’écoutes, l’algorithme aurait tendance à moins le recommander, ce qui creuse l’écart davantage. 

Le rapport soulève aussi la question des représentations. La musique québécoise est souvent perçue comme un genre en soi, associé à une identité, plutôt que comme une musique qui peut simplement être pop, rap, rock ou électro. « Cette étiquette peut séduire certains auditeurs, mais en repousser d’autres, qui voient dans la chanson francophone un produit de niche plutôt qu’un choix naturel. » 

La connaissance de l’anglais constitue un autre facteur. Contrairement à plusieurs pays européens, le Québec vit à côté du plus grand marché musical au monde et une partie importante de sa population est bilingue et peut consommer plus facilement des contenus en anglais sans barrière linguistique. Cette proximité géographique et culturelle avec les États-Unis rend la concurrence particulièrement difficile pour les artistes d’ici. 

Le Commissaire propose de faire découvrir la musique québécoise et francophone dès l’école, dans les lieux publics et sur les plateformes numériques. L’objectif est de « faire en sorte qu’écouter un artiste qui chante en français cesse d’être l’exception pour devenir un réflexe ». C’est le nouveau ministre de la Culture, Pascal Bérubé, qui aura cette tâche, selon ce qu’a annoncé le premier ministre Paul St-Pierre Plammondon lors de la présentation de son conseil des ministres le 21 octobre dernier. 


Source : Kaboompics

Nicolas Hamel
Journaliste at Le Collectif • Nicolas.Hamel7@USherbrooke.ca •  More Posts
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