Mer. Avr 24th, 2024

Par Hélène Bughin

Vous l’avez peut-être aperçue lors d’une virée au centre-ville : la murale de la Diversité trône avec fierté sur le mur extérieur de l’organisme Estrie Aide depuis quelques semaines déjà. Guillaume Cabana et Boris Biberdzic, les artistes derrière cette œuvre, ont voulu réfléchir aux enjeux autour de la pandémie, notamment au niveau du racisme anti-asiatique. La murale érigée depuis le début du mois d’octobre se veut un dialogue sur la question de la représentation de la diversité, des valeurs sociales et de l’importance de l’art dans le paysage urbain.  

Habités par un désir d’inscrire dans le paysage une murale urbaine ouvrant un dialogue, ils ont contacté l’organisme Estrie Aide. Avec l’aide de l’organisme Actions interculturelles, le projet d’envergure appelé murale de la Diversité et qui se veut aussi une manière de sensibiliser la population s’est déployé sur les 3000 pieds carrés de la façade du bâtiment rue Wellington. Les passants et passantes peuvent y voir des corps déconstruits, en situation d’entraide ou de support. Mains tendues, mouvements de danse et gestes de solidarité, le duo a voulu représenter concrètement ses valeurs sociales, surtout caractérisées par le vivre-ensemble, l’entraide et le sentiment de communauté.

Faire de l’art avec des enjeux sociaux

 Plusieurs sorties médiatiques dans la dernière année constatent une augmentation considérable du racisme anti-asiatique. L’enjeu a même fait l’objet d’une manifestation en mars dernier. Si le phénomène existait déjà, le contexte de la pandémie l’a exacerbé. Guillaume Cabana explique que pour lui, il était primordial de poser une action qui allait à l’encontre de ce mouvement, en créant une murale qui encapsule autant son expérience personnelle que son désir d’établir des ponts entre les communautés. Pour lui, si chaque communauté est différente, chaque membre de cette communauté est tout aussi différent. La murale est en l’honneur de cette nuance qui rassemble.

« On se ressemble plus qu’on pense »

 En effet, l’artiste, aussi libraire à la librairie Appalaches, en partenariat avec le muraliste Boris Biberdzic avec qui il crée depuis une quinzaine d’années déjà, a voulu représenter la diversité… différemment. « Lorsqu’on voit des campagnes de promotion, c’est toujours un peu la même représentation qui revient. Ce sont les mêmes codes qui sont utilisés. On a voulu aller ailleurs », souligne-t-il en décrivant les couleurs choisies. Il a préféré une palette avec un fort impact visuel pour les vêtements et a choisi une teinte de gris pour la peau des personnages. Il est parti du principe qu’il n’est pas nécessaire de représenter des codes réels, mais d’en réinventer, pour éviter un effort d’inclusion seulement symbolique. Des clins d’œil ont été laissés dans les motifs des vêtements, faisant souvent référence à certaines cultures, sans tomber dans le stéréotype.

Assurer une pérennité dans le quartier

 La récupération fait aussi partie des valeurs que prône le collectif dont fait partie Guillaume Cabana. Pour cette raison, il est fier d’avoir pu apporter sa touche personnelle au paysage du centre-ville, sur le mur d’Estrie Aide, organisme reconnu pour sa revalorisation d’objets de seconde main. Aussi, il trouve important de poser de nouveaux lieux pour se rassembler. Ce qui l’a particulièrement marqué du processus, ce sont les deux semaines de réalisation. Les personnes qui passaient dans la rue n’hésitaient pas à lui envoyer la main, à lever le pouce en l’air ou à klaxonner pour montrer leur soutien. Il y a eu beaucoup de retours positifs dans le non verbal des gens, confie Guillaume. « Mon souvenir préféré, c’est cette dame qui est passée plusieurs fois… qui regardait l’évolution du projet. Sans rien dire, elle a simplement fait un pouce en l’air. C’est à ce moment-là que j’ai compris que le dialogue était ouvert ». Il espère que son œuvre rappelle ce genre de scènes de société, de moments humains entre individus.

L’importance de valoriser l’art local et inclusif

Si Sherbrooke est reconnue pour ses trompe-l’œil et ses murales historiques, pour Guillaume Cabana, inclure une murale issue de démarches personnelles ou artistiques ajoute une touche à l’imaginaire collectif d’une ville. L’œuvre s’inscrit dans une démarche artistique, mais résonne par la problématique qu’elle aborde. Pour l’avenir, le duo d’artistes compte réaliser une murale pour une école secondaire. Quelques projets les amèneront également au Mexique, cet hiver. Quoiqu’il en soit, le désir de s’inscrire dans la scène des murales sherbrookoises est bien présent. Ce désir s’inscrit dans une mouvance qu’on observe en ce moment, alors que le mouvement muraliste prend de l’ampleur. Tandis qu’à Montréal, le festival MURAL commence à se faire reconnaître à l’international, pour Guillaume, il serait judicieux que la Ville de Sherbrooke développe des politiques culturelles et des budgets conséquents permettant de proposer des murales issues de démarches personnelles.

Les artistes tiennent à remercier Agropol, une jeune entreprise sherbrookoise d’alimentation végane, pour les avoir soutenus durant l’élaboration du projet. Ils remercient également le Sherwin-Williams pour les avoir fournis en matériaux. Ils saluent au passage Jacqueline Belleau, directrice régionale chez Actions interculturelles pour son implication, ainsi que les conseillères municipales pour leurs initiatives respectives : Dialogue+, qui a pour but de favoriser le dialogue interculturel, et Tags et graffitis. Guillaume Cabana précise que sans l’apport de partenaires, la murale n’aurait pas pu voir le jour dans toute son ampleur.


Crédit photo  @ Guillaume Cabana

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