Par Salma Labiede

Compter les calories, sauter des repas, culpabiliser après avoir mangé, ou ressentir une obsession constante envers son apparence : pour plusieurs jeunes adultes, la relation à l’alimentation est influencée par une pression sociale omniprésente. Entre les standards de beauté véhiculés sur les réseaux sociaux, les commentaires sur le corps et la culture de performance physique, les troubles alimentaires représentent un enjeu de santé de plus en plus visible dans les milieux universitaires.
Anorexie, boulimie, hyperphagie ou comportements alimentaires restrictifs : les troubles alimentaires prennent différentes formes, mais ont souvent un point commun, celui d’un rapport difficile au corps et au contrôle. Bien qu’ils soient complexes et multifactoriels, plusieurs spécialistes soulignent l’impact important des pressions sociales dans leur développement.
Des réseaux néfastes
Les réseaux sociaux occupent notamment une place centrale dans cette réalité. Sur TikTok, Instagram ou Pinterest, les corps minces, les routines sportives intensives et les contenus liés à la perte de poids circulent massivement. Même lorsque les publications se présentent comme du « bien-être » ou du « self-care », elles peuvent renforcer des standards physiques difficiles à atteindre. À force d’être exposés à des images retouchées ou idéalisées, plusieurs jeunes développent une comparaison constante avec leur propre apparence.
Cette pression ne vient toutefois pas uniquement du monde numérique. Les commentaires banalisés sur le poids, les remarques sur l’alimentation ou la valorisation de certains corps demeurent très présents dans la vie quotidienne. « Tu as maigri, ça te va bien » ou « tu devrais faire attention » peuvent sembler anodins, mais participent souvent à renforcer l’idée qu’une valeur personnelle est liée à l’apparence physique.
Dans les milieux universitaires, cette réalité s’ajoute à d’autres formes de pression déjà importantes. Le stress académique, l’anxiété de performance et le besoin de contrôle peuvent influencer la relation à l’alimentation. Pour certaines personnes, contrôler ce qu’elles mangent devient une manière de gérer un malaise plus large ou de retrouver un sentiment de stabilité dans un quotidien exigeant.
Un enjeu qui touche tout le monde
Le problème est aussi difficile à repérer. Contrairement aux idées reçues, les troubles alimentaires ne correspondent pas toujours à une apparence physique précise. Plusieurs personnes concernées maintiennent des habitudes qui semblent « normales » de l’extérieur. Cette invisibilisation contribue à retarder les demandes d’aide et à banaliser certains comportements dangereux.
Les spécialistes rappellent également que ces troubles touchent des personnes de tous genres, même si les femmes restent davantage exposées aux standards corporels imposés socialement. Les hommes et les personnes non binaires peuvent aussi vivre une relation difficile avec l’alimentation ou développer une obsession liée au corps, souvent dans le silence en raison des stéréotypes entourant la santé mentale.
Depuis quelques années, les discours autour de la diversité corporelle et de l’acceptation de soi gagnent en visibilité. Plusieurs créateurs et créatrices de contenu et organismes tentent de déconstruire les standards irréalistes diffusés en ligne. Malgré cela, les pressions liées à l’apparence restent profondément ancrées dans la culture populaire et dans les interactions quotidiennes.
Parler des troubles alimentaires demeure essentiel, non seulement pour sensibiliser, mais aussi pour rappeler qu’ils ne relèvent pas d’un simple manque de volonté ou d’une question d’esthétique. Derrière ces comportements se cachent souvent de la détresse, de l’isolement et une souffrance psychologique réelle. Dans une société où l’image occupe une place centrale, apprendre à développer une relation plus saine avec son corps devient un défi collectif autant qu’individuel.
Crédit : Antonio Diaz via Shutterstock
