Pleurer à La Senza, les tabous de l’adolescence féminine 

Par Elizabeth Gagné 

Pleurer à La Senza propose une poésie en prose qui interroge les normes sociales pesant sur les personnes féminisées, la difficulté d’habiter un corps très tôt scruté, contrôlé. 

Le titre Pleurer à La Senza réfère à un moment charnière pour les jeunes adolescentes où le corps d’une fille se transforme peu à peu en celui d’une femme. Une période de transformations qui n’est pas réglée à la minute près et qui, pour plusieurs, se traduit par le premier soutien-gorge. Le nouvel ouvrage de Maxime Desmeules plonge dans le monde tabou de l’adolescence féminine. 

Artiste littéraire, performeuse et chroniqueuse, Maxime Desmeules traite, dans ses textes comme ses ateliers, de l’intime, du banal et de la solidarité. Lauréate de Première Ovation, elle participe à Walking: Holding, présenté au Théâtre Périscope, ainsi qu’à Mécaniques des corps, poésies queer, à la Maison de la littérature. Outre une incursion en documentaire visuel, on peut la lire dans Le Sabord et la voir animer des rencontres d’auteurs. 

Une lecture intime, mais qui ouvre à la conversation 

« Cour d’école. Sixième année. Après une partie d’anneau, ceux qu’on appelle des garçons s’amusent à tirer sur les bretelles de soutien-gorge des autres. Le pincement produit les rend hilares. Dans mon dos, on fouille mon chandail, sans résultat. Je voudrais tellement qu’ils puissent me faire mal à moi aussi. » 

Cet extrait du livre rend compte d’une anecdote qui peut paraître insouciante au premier abord, mais qui cache sous ce cliché une réalité faite de normes implicites, de corps en transformation et d’un besoin constant de se conformer, précise l’autrice. « Cette période charnière, souvent banalisée, est pourtant marquée par des injonctions silencieuses et une honte qui s’installe tôt. » 

À travers Pleurer à La Senza, l’autrice prête voix à une expérience à la fois intime et universelle. Par fragments, elle dévoile sans détour les tensions, contradictions et blessures qui façonnent l’adolescence des personnes féminisées. Accessible et profondément humain, le récit agit comme un miroir nécessaire — autant pour celles qui s’y reconnaîtront que pour les proches et les adultes qui gagneraient à mieux comprendre une réalité encore trop souvent passée sous silence. 

Pleurer à La Senza interroge les normes imposées aux personnes féminisées et la difficulté d’habiter un corps sans cesse scruté et contraint. À travers une centaine de fragments en prose, l’autrice esquisse le portrait d’une jeunesse marquée par le regard des autres, tiraillée entre attentes relationnelles et quête d’identité. Intime et éclaté, le texte donne à voir la honte, la solitude et le désir d’appartenance dans une écriture à la fois brute et sensible. Entre révolte et vulnérabilité, l’œuvre revisite le récit d’apprentissage en mettant en lumière la violence silencieuse du conformisme — et la possibilité, peut-être, d’une réparation. 


Source : Maxime Desmeules

Elizabeth Gagné
Cheffe de pupitre CULTURE  culture.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts

Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Depuis 2022, elle travaille de pair avec ses collègues à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la Faculté d’éducation.

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